Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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République (Ve) (suite)

La majorité rassemble deux groupes parlementaires : celui de l’Union démocratique pour la Ve République (201 élus) et celui des républicains indépendants (43), qui peuvent compter sur le concours occasionnel des 41 députés (dont 3 apparentés) du groupe Progrès et démocratie moderne (P. D. M.) de Jacques Duhamel. Elle soutient le quatrième gouvernement de Georges Pompidou (6 avr. 1967 - 31 mai 1968) et repousse trois motions de censure qui réunissent pourtant 236 suffrages le 20 mai et le 9 juin, et 238 le 10 octobre. Ainsi le gouvernement peut-il réaliser d’importantes réformes économiques et sociales avant le 31 octobre 1967 sans être obligé de solliciter trop souvent une majorité qui se doit, tant elle est restreinte, de rester cohérente sans défaillance : la cohésion est difficile à maintenir, comme le montrent la démission, dès le 26 avril, du ministre de l’Équipement et du Logement, Edgard Pisani, hostile à la procédure des pouvoirs spéciaux, ainsi que le rejet, par l’Assemblée nationale, du projet d’amnistie politique le 28 novembre. La majorité reste pourtant solidaire sur l’essentiel, imposant notamment l’adoption définitive, le 15 décembre, de la loi d’orientation foncière et, le 17, de la loi sur la régulation des naissances. La dégradation de la situation économique la contraint, d’ailleurs, à maintenir cette cohésion. La stagnation de la production industrielle et de la construction, la hausse des prix (3,1 p. 100), l’accroissement du chômage et la dégradation du commerce extérieur favorisent en effet l’action critique de l’opposition, dont les deux composantes essentielles, P. C. F. et F. G. D. S., réussissent à s’accorder sur une plate-forme commune le 24 février 1968.

Rien, pourtant, ne laisse prévoir l’explosion révolutionnaire qui, au printemps 1968, secoue le régime et dont celui-ci sort finalement victorieux et renforcé à la suite de l’intervention décisive du chef de l’État, qui annonce dans son intervention radiodiffusée du 30 mai sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale.

La gauche perd les élections des 23 et 30 juin ; la seule U. D. R. détient, alors, à l’Assemblée nationale la majorité absolue avec 294 élus, auxquels il faut joindre 64 républicains indépendants, tandis que les groupes de l’opposition ne réunissent plus que 129 députés au maximum (34 P. C. F., 57 F. G. D. S., 3 divers gauches, 30 P. D. M. et 5 divers droites).

Mais, convaincu que la révolte étudiante et la grève ouvrière du printemps 1968 sont les marques visibles d’une crise plus profonde de la civilisation, due à l’inadaptation des hommes à l’évolution des mœurs et des techniques, qui les écarte des organes de décision, le général de Gaulle fonde, dès lors, sa politique sur l’idée de la participation. Il remplace, au poste de Premier ministre, Georges Pompidou par Maurice Couve de Murville (10 juill. 1968 - 20 juin 1969) et confie au nouveau ministre de l’Éducation nationale, Edgar Faure, le soin d’élaborer un projet de loi d’orientation de l’enseignement supérieur (adopté le 11 octobre). Cette loi est fondée sur la participation des étudiants et des enseignants à la gestion des universités, qui obtiennent une large autonomie. Les universités se trouvent confrontées à de redoutables problèmes au cours de l’année universitaire 1968-69 (à Paris, occupation du rectorat par des étudiants le 23 janvier 1969), tandis que l’agitation se développe dans les lycées à l’instigation des Comités d’action lycéens.

Responsable, en fait, de la promulgation des trois ordonnances sur l’intéressement du 17 août 1967, le chef de l’État étend le champ d’application de la participation au domaine économique et social par la loi du 27 décembre 1968 sur l’exercice de droit syndical dans l’entreprise. Enfin, dans le même esprit, il décide de réformer les structures politiques du pays : le 2 février 1969, il annonce qu’il soumettra à référendum la création de 22 régions dotées chacune d’un conseil comprenant des membres de droit (les députés), des élus territoriaux et des représentants des catégories socio-économiques. Composé de la même manière et devenu de ce fait le conseil des régions, le Sénat se verrait réduit à un rôle consultatif, son président perdant, par contrecoup, l’intérim de la présidence de la République, confié au Premier ministre. Enfin, le Conseil économique et social, devenu inutile, serait supprimé.

En fait, la situation économique et sociale pèse lourdement sur la campagne référendaire. La fuite des capitaux et la hausse des prix, consécutives aux événements de 1968, ont mis le franc dans une situation difficile ; les mesures économiques et financières décidées en novembre pour en pallier les conséquences rejettent les classes moyennes (commerçants, etc.) dans l’opposition.

Après avoir été déclaré inconstitutionnel par le Conseil d’État le 18 mars 1969 pour des raisons de procédure, le projet de loi référendaire, élaboré et présenté par le ministre d’État Jean-Marcel Jeanneney, est rejeté par l’ensemble des partis de gauche et du centre, par les républicains indépendants regroupés autour de Valéry Giscard d’Estaing et même par quelques parlementaires U. D. R. Quant aux sénateurs la quasi-totalité le condamne. De ce fait, la réforme, soumise à référendum le 27 avril, est repoussée par la majorité du corps électoral, soit 12 007 102 électeurs (53,17 p. 100 des suffrages exprimés), alors que le nombre de « oui » n’est plus que de 10 901 753 (46,83 p. 100). Conformément à ses déclarations des 10 et 25 avril, le général de Gaulle annonce, le 28 avril, que sa démission prend effet le même jour à midi. Une page importante de l’histoire de la Ve République est tournée.

Les événements de mai-juin 1968

Malgré l’action de plus en plus incisive de l’opposition de gauche au sein du Parlement, malgré l’attitude critique de Valéry Giscard d’Estaing et de ses clubs Perspectives et Réalités à l’égard du gouvernement, malgré les menaces qui pèsent sur l’emploi du fait de l’augmentation du chômage réel, malgré, enfin, l’agitation de quelques groupes contestataires en milieu étudiant, la France semble un pays calme et prospère, bénéficiant d’une nette reprise économique, de finances saines et d’une monnaie solide lorsque éclate la révolution étudiante de mai 1968.