Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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République (IIIe) (suite)

En fait, celui-ci reste très solide. La stabilité des institutions républicaines, amendées par la coutume, est même telle que la tentative faite par le président de la République, Casimir-Perier, pour utiliser réellement ses pouvoirs aboutit à un échec sans conséquences politiques. Après six mois d’exercice de la présidence, Casimir-Perier adresse sa démission au Parlement le 16 janvier 1895. Le modéré Félix Faure entre alors à l’Élysée. La querelle religieuse se calmant et l’affaire de Panamá ayant écarté de nombreux laïcs intransigeants au profit d’une nouvelle génération d’hommes politiques moins sensibles aux querelles religieuses qu’aux problèmes économiques (R. Poincaré, T. Delcassé, G. Leygues, L. Barthou), le gouvernement passe, entre 1894 et 1898, aux républicains modérés, dont l’« esprit nouveau », ennemi de tout sectarisme, est un moment incarné en Eugène Spuller (1835-1896).

Mais l’année 1898 est marquée par un brusque réveil des luttes politiques, sociales et religieuses. Le « J’accuse » de Zola* dans l’Aurore (13 janv. 1898) fait éclater l’Affaire Dreyfus*, qui déchire et bientôt coupe en deux le pays. En mai, les élections législatives amènent à la Chambre — fait nouveau — un lot important de députés socialistes (57). En septembre-novembre, l’affaire de Fachoda met la France à deux doigts de la guerre avec la Grande-Bretagne. Le gouvernement (Henri Brisson, puis Charles Dupuy) se refusant à toute révision constitutionnelle, les manifestations nationalistes (Paul Déroulède) se multiplient ; la plus importante se déroule durant les obsèques du président Félix Faure (23 févr. 1899).

C’est l’époque des ligues antagonistes. À la Ligue des droits de l’homme (1898), anticléricale et pacifiste, s’opposent la Ligue des patriotes (1882), la Ligue de la patrie française (1898), l’Action* française (1898).


La République radicale et la marche vers la guerre (1899-1914)

L’Affaire Dreyfus détermine un glissement à gauche de la majorité, la constitution d’un ministère de Défense républicaine dirigé par Waldeck-Rousseau* (juin 1899 - juin 1902) et le regroupement des républicains en un Bloc des gauches, à l’intérieur duquel les socialistes — dont Alexandre Millerand, inspirateur d’une importante législation sociale — et les radicaux s’unissent. La loi du 1er juillet 1901 sur les associations, qui refuse la liberté aux seules associations confessionnelles, porte un coup très dur aux congrégations religieuses enseignantes. Soutenu par le Bloc républicain, qui englobe les socialistes, Émile Combes (1835-1921) accentue la politique anticléricale (1902-1905), faisant repousser toutes les demandes (sauf cinq) d’autorisation présentées par les congrégations (mars 1903), puis interdire l’enseignement à tout congréganiste (7 juill. 1904). À la suite du voyage du président Loubet à Rome auprès des souverains italiens (avr. 1904), le gouvernement rompt les relations diplomatiques avec le Saint-Siège (juill. 1904). Mais, en raison des critiques suscitées par la politique de son ministre de la Marine, Camille Pelletan, et de son ministre de la Guerre, le général André (affaire des Fiches), Combes doit démissionner (janv. 1905) avant que soit votée la loi qui, sur le rapport de Briand, institue la séparation* des Églises et de l’État (9 déc. 1905).

L’âpreté des querelles religieuses n’a pas ralenti l’activité de la diplomatie française. Dirigée depuis 1898 par Théophile Delcassé*, celle-ci s’est d’abord employée, au prix de très importants concours financiers, à resserrer l’alliance franco-russe (protocole d’état-major de 1900), puis elle s’est attachée à améliorer les relations franco-italiennes (accords de 1898, de 1900 et de 1902) et franco-britanniques : l’accord colonial du 8 avril 1904 liquide les questions sur lesquelles la France et la Grande-Bretagne étaient en rivalité, ce sera le fondement de l’Entente cordiale, bientôt élargie en une Triple-Entente, qui regroupe, autour de la France et grâce à sa médiation en 1907 (accord colonial russo-britannique), ses alliés, la Grande-Bretagne et la Russie.

La Grande-Bretagne et l’Italie ayant laissé les mains libres à la France au Maroc, Guillaume II, qui craint d’être encerclé, déclare à Tanger qu’il ne permettra pas qu’il soit porté atteinte à l’indépendance marocaine (31 mars 1905). Delcassé ayant poursuivi sa politique sans se soucier de l’état de l’armée française, Maurice Rouvier (1842-1911), alors président du Conseil, sacrifie son ministre des Affaires étrangères sous la pression de l’Allemagne (6 juin 1905), de peur d’une guerre désastreuse ; il doit, en plus, accepter la réunion de la conférence d’Algésiras (janv. - avr. 1906).

À l’intérieur, la séparation des Églises et de l’État a épuisé le vieux programme radical. Le développement de l’industrie pose des problèmes économiques et sociaux que les anciennes équipes républicaines sont mal préparées à résoudre. Les ouvriers et les petits fonctionnaires multiplient leurs revendications ; leur action est facilitée par leur adhésion aux Bourses du travail et à la Confédération générale du travail (C. G. T.), née en 1895 ; les syndicalistes créent une agitation sociale qui les oppose au pouvoir (charte d’Amiens, 1906). Si l’opposition conservatrice est réduite à l’impuissance, les socialistes (Guesde et Jaurès), qui se sont regroupés en un parti socialiste unifié en 1905, à la suite du congrès de l’Internationale socialiste d’Amsterdam de 1904, se font agressifs et rompent avec les radicaux ; la rupture s’aggrave quand Clemenceau*, devenu président du Conseil (oct. 1906 - juill. 1909), brise par la force les grèves ouvrières, celles des fonctionnaires et les manifestations des vignerons du Midi.

L’ancien socialiste révolutionnaire Aristide Briand* perçoit clairement que le traditionnel clivage entre « républicains » et « réactionnaires » est dépassé. Chef du gouvernement (24 juill. 1909 - 27 févr. 1911), il cherche, sous le signe de l’« apaisement », des combinaisons nouvelles entre les partis et les groupes parlementaires, qui acquièrent la représentation proportionnelle au sein des différentes commissions (1910). Cependant, l’Allemagne, pour protester contre l’occupation de Fès par les Français, envoie un navire de guerre en rade d’Agadir (1er juill. 1911), suscitant une réaction française extrêmement vive. Joseph Caillaux*, alors président du Conseil (27 juin 1911 - 11 janv. 1912), redoutant une guerre européenne, cède à l’Allemagne une partie du Congo français contre la liberté d’action de la France au Maroc (accord du 4 novembre 1911), ce qui permet à celle-ci d’y proclamer son protectorat (traité de Fès, 1912). Mais cette transaction provoque des protestations, et Caillaux doit céder le pouvoir à Raymond Poincaré* (janv. 1912), qui accède à la présidence de la République en février 1913.