Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Reptiles (suite)

L’appareil circulatoire

L’existence des poumons introduit chez les Vertébrés Tétrapodes une petite circulation (pulmonaire) à côté de la circulation générale. À cet effet, l’atrium, unique chez les Poissons, se subdivise en deux oreillettes distinctes dès le stade Amphibien : l’oreillette droite reçoit le sang qui vient du corps, et l’oreillette gauche le sang qui vient des poumons. La séparation du sang des deux circulations au niveau des ventricules se fait plus tardivement dans la phylogénie des Vertébrés. Chez la majorité des Reptiles actuels, le ventricule est incomplètement cloisonné en deux chambres d’où partent les deux crosses aortiques d’une part, le tronc pulmonaire de l’autre. Une telle disposition, sans réaliser vraiment la séparation des deux sangs, envoie néanmoins la plus grande partie du sang hématosé dans les crosses aortiques, et la plus grande partie du sang réduit dans le tronc pulmonaire. Chez les Crocodiliens existent deux ventricules parfaitement distincts : du ventricule droit partent le tronc pulmonaire et la crosse aortique gauche, et du ventricule gauche part la crosse aortique droite ; une telle disposition semble aboutir à un mélange des deux sangs au confluent des deux crosses aortiques. Notons toutefois, d’une part, que les artères carotides ne reçoivent que du sang oxygéné, car elles partent de la crosse aortique droite, d’autre part que, à l’endroit où les crosses aortiques se croisent, elles communiquent par le foramen de Panizza. Ce foramen laisse passer le sang de la crosse aortique droite dans la crosse gauche quand l’animal respire normalement, si bien que les deux crosses aortiques reçoivent du sang oxygéné ; en revanche, quand l’animal est en plongée sous l’eau, la circulation pulmonaire est ralentie, ce qui augmente la pression sanguine dans la crosse aortique gauche ; le sang emprunte alors le foramen de Panizza en sens inverse, ce qui fait passer du sang réduit au niveau du glomus carotidien et permet de déclencher la remontée en surface quand la teneur en gaz carbonique atteint un certain seuil.

Bien que pœcilothermes, les Reptiles ont une température interne qui diffère de celle du milieu extérieur. Les processus métaboliques et l’exposition au soleil leur permettent d’élever leur température interne, tandis que le halètement, quand il fait trop chaud, ou la fuite dans un terrier leur permettent de supporter des températures externes élevées (jusqu’à 45 °C).


L’appareil excréteur

Les reins des Reptiles sont des organes pairs, assez massifs, situés dans la région postérieure de la cavité abdominale. Ils proviennent, comme ceux des Oiseaux et des Mammifères, de l’évolution d’une ébauche métanéphritique qui apparaît (dans l’espace et dans le temps) à la suite du rein embryonnaire, ou mésonéphros. L’urine, collectée par des uretères secondaires, aboutit, chez les Tortues et la majorité des Lézards, dans une vessie urinaire d’origine allantoïdienne. Le rein embryonnaire mésonéphritique et son uretère, le canal de Wolff, disparaissent chez la femelle adulte, alors qu’ils se mettent au service de l’appareil génital chez les mâles.

On connaît assez mal l’excrétion des Reptiles. Chez les Tortues, elle se fait sous forme d’urée et chez les Crocodiliens sous forme d’ammoniaque. Chez les Squamates, qui vivent souvent dans des biotopes secs et ont à économiser l’eau, l’excrétion se fait, comme chez les Oiseaux, sous forme d’acide urique et les urines sont presque solides.


L’appareil génital

Les Reptiles sont des animaux gonochoriques (à sexes séparés), et les gonades sont paires. Le testicule du mâle, situé en avant du rein, est évacué par le canal de Wolff, qui représente donc successivement l’uretère du mésonéphros embryonnaire puis le canal déférent. Ce dernier aboutit au cloaque. L’Hattéria mis à part, les Reptiles possèdent un organe copulateur pour pratiquer la fécondation interne. Cet organe est un pénis impair chez les Tortues et les Crocodiles ; il est représenté par deux hémipénis symétriques chez les Lézards et les Serpents.

L’ovaire de la femelle est également situé en avant du rein, au plafond de la cavité abdominale ; l’oviducte est un long ruban contourné, dans la lumière duquel l’œuf fécondé s’entoure successivement d’albumine (le blanc de l’œuf), puis d’une enveloppe calcaire ou parcheminée. Aux hémipénis des mâles correspondent les hémiclitoris des femelles.


Les organes des sens

Les téguments des Reptiles sont riches en terminaisons tactiles. Chez les Squamates, la langue mobile, rétractée dans une gaine à l’état de repos, est utilisée pour analyser tactilement le milieu extérieur. La langue porte également les bourgeons du goût, et elle intervient probablement comme vecteur pour l’analyse olfactive du substrat sur lequel l’animal se déplace. En effet, l’organe olfactif des Reptiles, qui s’ouvre à l’extérieur par les narines et dans la cavité buccale par les choanes, et que l’animal utilise pour suivre ses proies à l’odeur, est doublé d’un organe accessoire, l’organe voméronasal de Jacobson, surtout développé chez les Squamates ; cet organe s’ouvre au plafond buccal par deux orifices antérieurs aux choanes et dans lesquels s’enfoncent les deux pointes de la langue bifide quand elle est au repos ; on suppose que cet organe, qui analyse les odeurs de la cavité buccale, est également capable d’analyser les molécules odorantes qui ont pu venir au contact de la langue. Cette dernière, chez les Lézards et les Serpents, intervient donc simultanément par ses récepteurs tactiles, gustatifs et olfactifs.

Les yeux des Reptiles sont protégés par deux paupières horizontales et une nictitante verticale. La paupière ventrale, qui est la plus grande, est souvent transparente. Chez les Lézards nocturnes ou fouisseurs et chez tous les Serpents, les paupières mobiles sont remplacées par la lunette, membrane cutanée transparente qui recouvre la cornée et est éliminée et remplacée à chaque mue. La glande lacrymale manque chez la plupart des Serpents.