Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Renne (suite)

Les Rennes de Laponie sont des animaux semi-sauvages que les Lapons arrivent à contrôler tant bien que mal. Les Lapons sont obligés de nomadiser avec leurs animaux quand ceux-ci se déplacent pour la quête de leur nourriture. Pour les capturer, ils organisent de grands enclos protégés par de solides palissades et font entrer les animaux dans ces installations par un couloir en entonnoir. Là, on prend au lasso ceux que l’on veut exploiter. On les trie pour les abattre, pour les castrer ou pour leur couper les bois de façon à rendre les plus forts moins dangereux avant de les mettre au dressage. On marque aussi les jeunes et les femelles avec des pinces métalliques aux oreilles.

Le Renne d’Europe et de Scandinavie est un animal de plaine ou de plateau. C’est un coureur, qui vit entre 800 et 2 000 m ; il se nourrit de broussailles, de brindilles, d’herbe quand il peut en trouver, mais surtout de lichen. En automne, il mange aussi des champignons. Tout ce qui lui tombe sous la dent lui sert d’aliment : des oiseaux, des œufs, même des lemmings. Quand il va sur les plages, il mange du varech ou même des poissons morts rejetés par la marée.

Les Rennes vivent en troupeaux. Les femelles, les jeunes et les petits mâles forment des troupeaux conduits par une vieille femelle expérimentée. Les mâles adultes vivent à part en troupeaux moins grands. Tous ces animaux se déplacent en marchant au pas ou au trot, ne prenant le galop que lorsqu’ils sont effrayés par un être humain ou par des prédateurs : loups, gloutons, ours, qui sont leurs ennemis mortels. Mais les mouches et les moustiques sont encore plus dangereux pour eux. Les taons leur font des piqûres qui les affolent. Des mouches pondent leurs œufs dans leur épiderme, et les larves provoquent des abcès parfois mortels. Les Rennes souffrent souvent du parasitisme des fosses nasales, qui peut être aussi mortel. Pour échapper à ce terrible fléau que sont les insectes piqueurs du Grand Nord, ils recherchent la fraîcheur et repartent vers la montagne du centre de la Scandinavie.

Les Rennes sibériens vivent en troupeaux de plusieurs milliers, mais répartis par bandes de 200 à 300 ; ils vont aussi de la forêt à la toundra, migrant sans cesse pour trouver une bien maigre nourriture.

Les Rennes sauvages canadiens, ou « Caribous », deviennent de plus en plus rares. Ils étaient célèbres autrefois par leurs migrations massives et se déplaçaient par troupeaux imposants : femelles gravides suitées de leurs jeunes. Plus loin, d’autres troupeaux composés de mâles suivaient à deux ou trois jours de marche. Ces grands mouvements migratoires étaient déterminés par la recherche de pâturages. En été, les troupeaux allaient vers le nord dans les Barren Grounds et revenaient dès l’approche de l’automne se mettre à l’abri des grandes forêts pour y passer l’hiver, là où des herbivores ruminants trouvent toujours un peu de nourriture.

De nos jours, ces grands troupeaux américains ont disparu. On comptait 600 000 Rennes dans cette immensité désertique située entre la baie d’Hudson et l’Alaska, en 1947. En 1973, il n’en restait que quelques milliers. Cette diminution de l’effectif a provoqué une grande misère chez les Esquimaux et chez les Indiens, dont l’existence ne reposait que sur celle de ces animaux. Ils allaient attendre les Caribous à leurs lieux de passage et pouvaient se ravitailler. Depuis la fin de ces migrations, des tribus entières sont mortes de faim. La destruction des Caribous a ainsi provoqué une véritable catastrophe.

Pour les remplacer, les Américains importèrent de Norvège des Rennes semi-apprivoisés, que l’on expédia par péniches et que l’on débarqua sur la côte de l’Alaska : 3 000 animaux furent ainsi conduits de la côte ouest de l’Alaska jusqu’au territoire du Mackenzie. L’expédition, menée par quelques hommes et femmes, mit cinq ans pour arriver à son but. Mais cette tentative, décrite par le Canadien Allen Roy Evans dans son livre le Long Voyage des Rennes (1938), ne réussit que partiellement.

P. B.

 R. Hainard, Mammifères sauvages d’Europe, t. II (Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1950). / L. Heck, « les Rennes », dans le Monde animal, t. XIII, vol. 4 (Zurich, 1972).

Rennes

Ch.-l. du départ. d’Ille-et-Vilaine* ; 205 733 hab. (Rennais).


Capitale administrative de la Bretagne, Rennes est en pleine expansion démographique ; de vieille cité provinciale, elle s’est métamorphosée en l’une des villes les plus dynamiques de France, depuis que s’est ajouté, aux traditionnelles fonctions administratives, judiciaires, religieuses, commerciales et universitaires, un secteur industriel moderne.


L’histoire de la ville

D’abord appelée Condate sous les Gaulois, autrement dit « confluent », parce que l’Ille et la Vilaine y mêlent leurs eaux, Rennes porta le nom de cité des Redons, du peuple dont elle était la capitale au temps de la conquête romaine.

Au iiie s., son sénat érige à l’empereur Gordien III une stèle votive dont l’inscription se lit encore sur la porte Mordelaise. Peu après, les Romains ceinturent la ville de remparts où les rangs de brique alternent avec la pierre. Pour cette raison, les Bretons appelleront Rennes la ville rouge.

On ne sait pas exactement quand la ville est évangélisée. Son premier évêque historiquement connu est Arthénius († 465), mais le patron du diocèse est saint Mélaine († 530). Vers le milieu du ve s. et au vie s., les Bretons de l’île de Bretagne, fuyant les envahisseurs saxons et pictes, se réfugient en Armorique. Bientôt, des luttes incessantes les opposent aux Francs. Pensant en finir, l’empereur Louis Ier* le Pieux part de Rennes réduire ces remuants Bretons et institue Nominoë duc de Bretagne (837). Fidèle à l’empereur, Nominoë se révolte contre Charles II* le Chauve, successeur de l’empereur Louis, et proclame l’indépendance de la Bretagne, qui le reconnaît pour roi (846). Son fils Erispoë, qui lui succède à sa mort (851), reprend Rennes en 854, qui devient et reste bretonne.