Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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reliure (suite)

• Le format d’un livre est l’indication numérique (format 24 × 32) ou conventionnelle (format in-4° raisin) des dimensions (largeur et hauteur) des pages d’un livre. Jusqu’au xve s., le cahier du livre manuscrit était formé d’un nombre variable de feuilles de parchemin ou de papier pliées en deux et encartées les unes dans les autres pour former un cahier. Il en fut de même au début pour les livres imprimés, mais le développement de la production incita, à la fin du xve s., à imprimer une feuille entière, à la plier en plusieurs plis croisés perpendiculaires les uns à la suite des autres pour former le cahier. Le terme d’in-plano fut réservé à la feuille conservée entière à plat dans la reliure, celui d’in-folio se rapportant à la feuille pliée en deux et formant un cahier de 4 pages ; deux plis donnent un cahier de 8 pages, l’in-quarto (in-4°), et trois plis un cahier de 16 pages, l’in-octavo (in-8°). Le goût des volumes maniables et moins coûteux amena les éditeurs à proposer des formats plus petits. Le plus ancien exemple semble le format in-12 (in-douze), qui désigna en 1479 un livre composé de cahiers comprenant chacun 6 feuilles imprimées séparément, pliées en deux et encartées ; mais, dès 1525, sur chaque face de la feuille, on imprima trois rangées de 4 pages, soit 24 pages pour le recto et le verso. Un volume in-16 (in-seize) impliquant quatre plis formant des cahiers de 32 pages a été imprimé à Anvers en 1486. Un volume in-32 (in-trente-deux) relié en cahiers de 64 pages a été imprimé en 1505 à Venise. Christophe Plantin, imprimeur français installé à Anvers, proposa en 1567 le format in-24 (in-vingt-quatre) : la feuille est imprimée en 48 pages.

Mais ces termes ne renseignent que sur le nombre de pages imprimées dans chaque cahier : deux livres in-4° ont des dimensions différentes lorsque les feuilles employées pour les imprimer ont elles-mêmes des dimensions différentes. Pour avoir la dimension exacte, on ajoute à cette première indication l’appellation conventionnelle correspondant aux dimensions de la feuille employée. La feuille format raisin (50 × 64) donnera en in-4° un volume de 25 × 32 cm et en in-8° un volume de 16 × 25 cm, alors qu’en utilisant la feuille format carré (45 × 56) l’in-4° et l’in-8° seront respectivement de 22,5 × 28 cm et de 14 × 22,5 cm. Ces dimensions sont celles d’un volume dont les tranches n’ont pas été touchées. Il est difficile de donner de manière rigoureuse les dimensions d’un volume dont les tranches sont rognées, car l’éditeur ou l’imprimeur peuvent souhaiter laisser des marges plus ou moins grandes ou obtenir le format le plus grand ou le plus petit possible : suivant leurs instructions, la rognure retranchera une bande de papier plus ou moins large sur les tranches, de 3 à 5 mm en général, de sorte que le format d’un volume rogné sur les trois tranches de format in-4° raisin mesurera approximativement 24,5 × 31,2 mm.

P. Le R.


La reliure industrielle

Elle comporte les mêmes opérations que le brochage industriel, mais arrêtées au moment où l’on va poser les couvertures de brochure. Les cahiers ont été formés par la pliure des feuilles imprimées reçues à plat. On a procédé à la plaçure non seulement des hors-texte, mais aussi des gardes, à l’assemblage des cahiers ainsi complétés, et l’on emploie l’un des procédés en usage pour constituer le livre : piqûre au fil métallique pour les périodiques ; utilisation d’anneaux ou d’arceaux en métal ou en matière plastique pour les brochures publicitaires ou les reliures à feuillets mobiles ; reliure sans couture, par l’application, au dos du volume assemblé, coupé, meule et brossé, d’une couche de colle à prise rapide ; couture traditionnelle au fil textile.

La rognure des trois tranches, comme pour le brochage, est effectuée à l’aide de massicots trilatéraux. Le volume passe alors dans la chaîne des différentes opérations mécaniques, qui aboutiront à lui donner son aspect définitif ; l’arrondissure et la formation des mors sont réalisées par une masse cylindrique qui écrase et rabat les fonds des cahiers, serrés dans un étau. La tranchefile est collée en haut et en bas du dos par l’intermédiaire d’une bande de papier couvrant ce dos. Une lame métallique insère entre les pages le signet, dont l’une des extrémités est rabattue et collée au dos. La couverture est fabriquée à partir de deux plats de carton et d’une carte mince et souple correspondant au dos du volume cousu ; les trois éléments composant cette armature sont posés par des ventouses sur l’envers de la matière de recouvrement, qui a été encollé ; les bords en sont rabattus pour former les remplis. Enfin, le volume est emboîté dans sa couverture, la partie intérieure des plats étant appliquée sur les pages de gardes encollées. Il est ensuite pressé pour la consolidation du collage et repincé, c’est-à-dire pris entre des mâchoires qui forment, le long du dos et à la jointure de la couverture, le sillon destiné à faciliter l’ouverture. Dans ce procédé industriel, les plats ne sont donc pas liés, comme dans la reliure manuelle, au bloc des cahiers cousus : la couverture est maintenue sur le livre grâce au contrecollage sur les feuilles de gardes ; d’où la nécessité d’employer pour ces feuilles un papier résistant à la déchirure. Ce n’est, d’ailleurs, que la mécanisation du procédé manuel de l’emboîtage à la Bradel, du nom d’une famille de relieurs du xviiie s., dont l’un des membres en généralisa l’emploi à titre de cartonnage d’attente. La couverture est de dimensions légèrement plus grandes que celles du volume cousu et déborde sur les trois tranches d’un dépassement de 3 à 5 mm, qu’on appelle la chasse.


Matières de recouvrement

Parmi les nombreuses matières employées au cours des siècles, le cuir demeure la plus appropriée en raison de sa souplesse et de sa solidité. Le parchemin sur lequel était copié le manuscrit, fait de peaux de mouton ou de truie, servait aussi à couvrir le livre. Les peaux de chèvre sont très résistantes et d’aspects variés : soit maroquin, à gros grain, en provenance du Cap ou du Levant ; soit madras, peau des Indes à grain fin et de petite taille. Les peaux de veau sont unies, douces au toucher, mais fragiles au frottement. Les peaux de mouton sont employées unies (basane) ou gaufrées à la plaque. La plus utilisée, surtout en reliure industrielle, est sciée dans son épaisseur : le côté « chair » donne après traitements la peau dite « de chamois » ; le côté extérieur, la « fleur », sert, soit uni, soit gaufré, pour la couverture du livre.