Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Reims (suite)

Cette évolution est soutenue par l’activité de la construction, mais tend aussi à accentuer les contrastes entre les quartiers. On livre en moyenne plus de 3 000 logements par an ; le secteur bâtiment et travaux publics est le premier employeur avec près de 10 000 salariés ; l’effort est ancien grâce au dynamisme d’organismes promoteurs semi-publics, mais il repose sur les aides de l’État : Reims détient le record de France de la proportion de logements aidés, ce qui la fait dépendre trop étroitement des subventions, lui donne un parc de logements peu diversifiés et un nombre réduit de logements individuels. Cette situation avantageuse en période de démarrage — on s’y logeait facilement, ce qui a pu contribuer à attirer des emplois — est un inconvénient quand la demande devient plus exigeante en qualité.

Enfin, Reims apparaît assez bien équipé sur les plans culturel, social et sportif : c’est en partie l’héritage d’une tradition de christianisme social, de paternalisme patronal et de mutualisme ouvrier, épanouie au xixe s.


La structure urbaine

La ville était double à l’origine : un vieux centre en forme d’ellipse, avec la cathédrale, axé sur l’ancienne croisée romaine (R. N. 31/51 et 44) ; un bourg autour de l’abbaye Saint-Remi, au sud. Ces deux groupes furent, avec des jardins et des couvents, englobés au xive s. dans une grande muraille dont le tracé, au milieu du xixe s., donna les boulevards et fixa celui du canal (de l’Aisne à la Marne) et de la voie ferrée. Des faubourgs, devenus axes commerçants, mais dont l’habitat est bien vieilli, se sont développés en patte d’oie à partir de la plupart des portes. Dans ces anciens quartiers dominent les « particuliers », maisons jointives d’un étage à façade étroite et à petite courette, qui ont mal vieilli. Les industries s’étaient concentrées le long du chemin de fer et des boulevards, les plus anciennes ayant occupé, sous la Révolution française, les couvents de la vieille ville.

La ville, qui a dû être presque entièrement reconstruite après 1918, ne s’est pas beaucoup agrandie dans la première moitié du xixe s., à l’exception de quelques cités-jardins à l’anglaise, alors rares en France. Presque toute l’expansion récente s’est faite sous forme de grands ensembles, inégalement réussis : Wilson (3 000 logements), Orgeval (2 400), Europe (2 300), qui passe pour un modèle, les Châtillons (3 000). Le grand chantier actuel est celui de la Croix-Rouge, à l’ouest, qui doit compter 18 000 logements en trois quartiers. En même temps, trois groupes universitaires se dispersaient (sciences-I. U. T. au sud-est, médecine-pharmacie au sud, droit-lettres à l’ouest), deux zones industrielles s’ouvraient le long du canal, cependant que le vieux quartier Saint-Remi était rasé sur 25 ha, dans le cadre d’une coûteuse rénovation urbaine portant sur 2 400 logements. L’initiative privée se borne à des implantations de logements neufs et de bureaux dans le tissu urbain ancien ainsi que de blocs dans le tissu lâche de la fin du xixe ou du début du xxe s., cependant que les entrepôts s’étirent le long des principales sorties.

Aussi l’agglomération souffre-t-elle de quelques coupures majeures (voies ferrées, canal) et de la juxtaposition brutale de grandes masses d’âge et de structure différents, pas toujours bien associées. L’élaboration de plans d’urbanisme successifs, qui en est en partie responsable, s’efforce, cependant, d’y remédier grâce à d’importants travaux de voirie. Le grand chantier de l’autoroute Paris-Metz-Strasbourg (A 4) sera, à cet égard, décisif : l’autoroute va traverser toute la ville le long du canal, avec plusieurs échangeurs ; cette traversée sera, plus tard, empruntée aussi par l’A 26 (Calais-Dijon).

Dès lors, Reims, qui est jusqu’ici sur des voies ferrées secondaires (Paris-Charleville-Luxembourg par Épernay ou La Ferté-Milon, Calais-Dijon) et dont le canal est limité à 280 t malgré un trafic notable (environ 2,5 Mt par an, le port de Reims en manipulant 900 000 t), deviendra un carrefour de premier ordre. L’extension de la zone industrielle sud-est (150 ha nouveaux), l’existence de deux aérodromes, dont un de classe B servant parfois de dégagement à Paris, l’équipement d’un vaste ensemble groupant, assez près du centre de l’agglomération, maison de la culture, stade, piscine, patinoire et bientôt espaces verts et terrains de jeux (parc Courlancy), des projets de rénovation du centre-ville préparent une nouvelle phase d’expansion. Mais celle-ci devra se faire en harmonie avec les développements de Châlons-sur-Marne et d’Épernay, unies à Reims dans la zone d’appui nord-champenoise, un des points forts du développement du Bassin parisien.

R. B.

➙ Capétiens / Champagne / Champagne-Ardenne / Foire / Marne.

 G. Boussinecq et G. Laurent, Histoire de Reims depuis les origines jusqu’à nos jours (Matot-Braine, Reims, 1934 ; 3 vol.). / P. Ferron, Reims, ville des sacres à travers les âges (Impr. Coulon, Reims, 1957). / D. Vidal, Changements industriels et productivité. Crise et décentralisation à Reims (Mouton, 1968). / G. Crouvezier, la Vie d’une cité : Reims au cours des siècles (Nouv. Éd. latines, 1971).


L’art à Reims

De l’époque romaine datent la porte de Mars, ancien arc triomphal, le forum avec ses portiques voûtés d’arêtes du iiie s., des cryptoportiques gallo-romains en cours de dégagement, le tombeau de Jovin, consul du ive s., des mosaïques de pavement, des stèles et des sculptures. La crypte mérovingienne, dégagée sous la cathédrale après la Première Guerre mondiale, et les vestiges du baptistère voisin rappellent les débuts de la royauté franque. Les fouilles de la cathédrale et de Saint-Remi ont mis en évidence l’importance de la cité carolingienne.

L’abbatiale élevée au-dessus des restes de saint Remi date des xie et xiie s. L’immense nef à tribunes et le transept, avec leurs chapitaux de stuc sculpté, appartiennent à l’église dédiée par le pape Léon IX en 1049. La façade et le chevet sont des œuvres du premier art gothique, qui interprètent la lumière et l’espace d’une manière novatrice en utilisant les ressources de l’élévation à quatre étages, de la voûte sur croisée d’ogives et de l’arc-boutant. Les vitraux du chœur, dont la Crucifixion de la tribune, comptent parmi les témoins les plus précieux de l’art pictural du xiie s. Les bâtiments conventuels adjacents datent du xviiie s. et englobent l’ancienne salle romane et gothique du chapitre. Restaurés, ils abritent les collections lapidaires de la ville et les tapisseries Renaissance de la Vie de saint Remi, sœurs de la tenture de la Vie de la Vierge de la cathédrale.