Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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réanimation (suite)

La lutte contre la douleur

Tous les patients relevant de la réanimation ne sont pas en état d’inconscience, et leur sensibilité peut ne pas être émoussée. Il convient — en même temps que sont exécutées les mesures salvatrices primordiales — de faire tout ce qui est médicalement possible pour soulager la douleur, sans pour cela compromettre les fonctions vitales. Les moyens qui sont aujourd’hui à notre disposition sont très nombreux et vont de l’usage des stupéfiants du type morphine à l’injection d’anesthésiques locaux ou à l’application locale d’un froid relativement intense.


La lutte contre le choc

Si l’on fait abstraction de ce qu’on a appelé naguère le choc chronique, qui relève des thérapeutiques déjà mentionnées plus haut, c’est le syndrome appelé choc qui pose le plus de problèmes, car la symptomatologie en est souvent difficile à déterminer et les signes en sont difficiles à interpréter. Les données actuelles accordent la plus grande place aux troubles neuro-végétatifs, c’est-à-dire, grossièrement, aux réactions engendrées dans les organes innervés par les systèmes sympathique et parasympathique. Ces réactions pouvant dépasser le but que la nature leur assigne, il convient parfois, mais non toujours, de les atténuer ou de corriger les effets déjà produits. En somme, il convient de faire pour la souffrance organique qui n’est pas ressentie comme une douleur, faute de conscience par exemple, ce qui est tenté pour le soulagement de la douleur chez le blessé conscient. C’est une action qui attend beaucoup de la pharmacologie, et tous les progrès de celle-ci demandent à être évalués en fonction des conséquences parfois lointaines, dans le temps et dans l’organisme, des très nombreuses drogues actuellement employées.

J. V.

 R- M. Hosler, A Manual on Cardiac Resuscitation (Springfield, Illinois, 1954 ; nouv. éd., 1958). / M. Goulon et M. Rapin (sous la dir. de), Réanimation et médecine d’urgence (Expansion scientif. fr., 1968 ; nouv. éd., 1972). / P. Mollaret (sous la dir. de), Réanimation et choc. Mesure des grandeurs physiques en réanimation (Arnette, 1968). / M. Chassaigne, C. Debras et Y. Louville, Pratique de la spécialisation en réanimation (Flammarion, 1970).

Réaumur (René Antoine Ferchault de)

Physicien et naturaliste français (La Rochelle 1683 - Saint-Julien-du-Terroux 1757).


Fils d’un conseiller au présidial, Réaumur commence ses études dans sa ville natale, les continue au collège des jésuites de Poitiers pour les achever à Bourges. Venu à Paris en 1703, il y publie trois mémoires de géométrie, qui lui ouvrent en 1708 les portes de l’Académie des sciences. Celle-ci le charge bientôt de diriger une importante publication, la Description des divers arts et métiers.

Car tout ce qui touche à la technologie intéresse au plus haut point Réaumur, Celui-ci adresse à l’Académie de multiples rapports et publie de nombreux ouvrages sur la fabrication des miroirs et celle des perles artificielles, sur le travail de l’ardoise, l’art de dorer le cuir, les propriétés filtrantes du papier, l’or alluvionnaire des rivières de France, les mines de turquoise, la conservation des œufs frais, la soie des araignées, etc.

Ses recherches sur les alliages ferreux sont particulièrement importantes. Dès 1722. Réaumur utilise le microscope pour l’élude de la constitution des métaux, fondant ainsi la métallographie*. Il montre la possibilité de transformer la fonte en acier par addition de fer métallique ou oxydé et étudie la cémentation et la trempe de l’acier dans son ouvrage l’Art de convertir le fer forgé en acier et l’art d’adoucir le fer fondu (1722). Ces travaux aboutissent à l’introduction en France de la fabrication de l’acier et valent à leur auteur une pension annuelle de 12 000 livres accordée par le Régent.

Réaumur étudie aussi la ductilité des métaux, la résistance des fils câblés, l’aimantation du fer. Puis, vers 1725, il met au point la fabrication du fer-blanc, autre produit jusqu’alors importé d’Allemagne. De 1727 à 1729, il fait des recherches analogues sur les porcelaines de Chine et d’Europe, et découvre le verre dévitrifié, connu sous le nom de porcelaine de Réaumur. Mais c’est surtout son thermomètre à alcool, qu’il construit vers 1730 et pour lequel il imagine l’échelle 0-80, qui va populariser son nom ; c’est en effet le premier appareil dont les indications sont comparables les unes aux autres.

Si la physique et les arts mécaniques doivent beaucoup au génie de Réaumur, celui-ci a aussi très largement participé aux progrès des sciences naturelles et a contribué à en répandre le goût. L’étendue de ses connaissances le fera d’ailleurs nommer le « Pline du xviiie siècle ».

Ses premières années, qu’il passe en partie au bord de l’Océan, lui donnent l’occasion d’étudier les coquillages fournissant la pourpre de Tyr, la régénération des membres des Crustacés, la locomotion des Astéries et des Oursins, l’appareil électrique de la Torpille, le développement des Zoophytes.

Fait très important et nouveau, c’est surtout sur les invertébrés que Réaumur se penche, et particulièrement sur leur vie et leurs mœurs. Sa grande œuvre en six tomes, malheureusement inachevée, Mémoires pour servir à l’histoire des insectes (1734-1742), l’occupe sur la fin de sa vie. Il y décrit les chenilles de toutes espèces, la série de leurs métamorphoses*, les Insectes qui pondent leurs œufs dans leurs corps, les larves qui percent des galeries dans les feuilles et produisent des galles, les mœurs des Fourmis-lions, des Pucerons, des Éphémères. Il élève des Abeilles* dans des ruches de verre pour mieux les observer et reconnaît le genre femelle de la reine.

S’il est avant tout entomologiste, il s’intéresse pourtant aussi aux Vertébrés. Sur ce sujet, on peut citer ses mémoires Sur l’art de faire éclore et d’élever en toute saison des oiseaux domestiques (1749) et Sur la manière dont se fait la digestion chez les oiseaux (1752) ; ce dernier mémoire, qui rapporte des études expérimentales faites sur les Rapaces, a permis, pour la première fois, de bien distinguer la part des actions mécaniques et des actions chimiques dans la digestion gastrique.

Nombreux sont les auteurs qui ont reçu l’appui ou l’inspiration de Réaumur : Charles Bonnet (1720-1793), Abraham Trembley (1710-1784), Karel de Geer (1720-1778), etc. En revanche, Buffon et Daubenton ont été l’objet de ses attaques, si, comme on le pense, les Lettres à un Américain (1751-1756) sont de sa main.

R. T.

 J. Torlais, Réaumur (Desclée De Brouwer, 1937) ; Un esprit encyclopédique en dehors de l’Encyclopédie : Réaumur (Blanchard, 1961). / La Vie et l’œuvre de Réaumur (P. U. F., 1962).