Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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réalisme (suite)

Un effort semblable, mais fortement teinté d’expressionnisme et de cubisme, donne au Mexique* socialiste des résultats beaucoup plus convaincants, avec les immenses fresques de Diego Rivera (1886-1957), David Alfaro Siqueiros (1896-1974), José Clémente Orozco (1883-1949). Il en est de même au Brésil avec Cândido Portinari (1903-1962) et en Italie avec Renato Guttuso (né en 1912).


Nouvelles orientations

Après le règne de l’abstraction lyrique ou géométrique, une réaction se produit à la fin des années 50 avec des formes inédites de réalisme. L’offensive se dessine d’abord du côté de l’objet et de la technique de l’assemblage* avec le « nouveau réalisme* » ; quant au « pop’art* », il ne concerne guère le peuple : il est le plus souvent une glorification sophistiquée et emblématique des images de la publicité et des mass media.

Enfin, depuis une dizaine d’années, un courant qualifié d’hyperréaliste (en angl. new realism ou photo-realism) a fait son apparition, surtout localisé aux États-Unis. Mouvement trop récent pour qu’on puisse en traiter avec objectivité, et fort divers. Ses précurseurs sont des Américains comme Edward Hopper (1882-1967), Charles Demuth (1883-1935) et surtout Charles Sheeler (1883-1965), mais aussi des Allemands des années 20, en particulier Carl Grossberg (1894-1940), avec ses visions d’implantations industrielles désertes ; dans les générations plus récentes, on citera George Tooker (né en 1920), le Canadien Alex Colville (né en 1920) et un peintre considéré comme « académique », Andrew Wyeth (né en 1917). Froideur, distanciation vis-à-vis d’un monde sans présence humaine et traité le plus souvent à l’état de reflet (Richard Estes [né en 1936], Robert Cottingham [né en 1935], Ralph Goings [né en 1928], Don Eddy [né en 1944]) ; fragments déroutants dans leur isolement et la précision de leur traitement, qu’il s’agisse des immenses visages de Chuck Close (né en 1940), des ustensiles de Bruce Everett (né en 1942) ou des motos de David Parrish (né en 1939) ; recherches d’effet de trompe-l’œil (Howard Kanovitz [né en 1929], Stephen Posen [né en 1939], Paul Sarkisian [né en 1928]) : telles sont quelques-unes des dominantes de cette peinture.

La sculpture n’est pas en reste et, grâce aux matériaux synthétiques, elle produit des corps peints au naturel, grandeur réelle, avec parfois le système pileux rapporté, comme chez John De Andrea (né en 1941), ou habillés et installés dans un fragment reconstitué de leur environnement (fauteuils, caddy, détritus, etc.), comme chez Duane Hanson (né en 1925). Robert Graham (né en 1938) miniaturise au contraire les figures dans des espaces imaginaires.

En Europe, l’Italien Domenico Gnoli (1933-1970), avec ses gros plans plus vrais que nature, fait figure de précurseur isolé ; la figuration* est utilisée désormais dans les intentions les plus diverses : références très subjectives chez Jacques Monory (né en 1934) ou Gérard Gasiorowski (né en 1930) ; allusions politiques dans les vues de zoo de Gilles Aillaud (né en 1928) ou les enquêtes sociologiques de Gérard Fromanger (né en 1939) ; magnification esthétique chez Peter Stämpfli (né en 1937). Cette résurgence du réalisme a eu également des conséquences sur les techniques employées : retour à un dessin traditionnel, d’une précision ingresque, chez Wolfgang Gäfgen (né en 1936), Gérard Titus-Carmel (né en 1942), Alfred Hofkunst (né en 1942) ; emploi de procédés mécaniques de transposition de l’image (en général photographique), soit qu’elle soit projetée sur la toile pendant l’exécution, soit qu’elle fasse l’objet d’un report sur support émulsionné.

M. E.

➙ Classicisme / Expressionnisme / Romantisme / Symbolisme.

 E. Bouvier, la Bataille réaliste (Fontemoing, 1914). / W. Haftmann, Malerei im 20. Jahrhundert (Munich, 1954 ; nouv. éd. en 2 vol., 1965). / W. F. Friedländer, Caravaggio Studies (Princeton, 1955). / R. Hamann et J. Hermand, Naturalismus (Berlin, 1959). / F. Novotny, Painting and Sculpture in Europe, 1780-1880 (Harmondsworth, 1960). / R. Huyghe, l’Art et l’homme, t. III (Larousse, 1961). / B. Dorival, « Le réalisme » in Histoire de l’art, sous la dir. de J. Babelon, t. III (Gallimard, « Encyclopédie de la Pléiade », 1965). / C. Maltese, Realismo e verismo nella pittura italiana dell’ Ottocento (Milan, 1968). / U. Kultermann, Radikaler Realismus (Tübingen, 1971, trad. fr. Hyperréalisme, Éd. du Chêne, 1972). / Russischer Realismus, 1850-1900, catalogue de l’exposition de la Staatliche Kunsthalle de Baden-Baden (1972).

réalisme (nouveau)

Tendance plastique contemporaine propre à un groupe d’artistes dont les recherches furent systématisées et diffusées à partir de 1960 par le critique français Pierre Restany.


La fondation du groupe des « nouveaux réalistes » eut lieu le 27 octobre 1960, au domicile d’Yves Klein. Ses activités collectives cessèrent dès 1963, mais des expositions continuèrent à rappeler son existence jusqu’à la commémoration de 1970 à Milan.

Le nouveau réalisme n’a produit ni sculptures ni peintures dans le sens traditionnel du terme. Il ne s’agit plus, en effet, de représenter les aspects du monde visible, mais bien d’en présenter tels quels des éléments, dans leur aspect physique en principe non modifié. Les œuvres s’inscrivent dans le prolongement des collages*, des objets (ready-mades de Marcel Duchamp), des assemblages* que créèrent le cubisme* et dada* (cf. le texte de 1961 À quarante degrés au-dessus de Dada, l’un des trois manifestes rédigés par Restany), mais en utilisant ces techniques dans un esprit différent — que l’on peut rapprocher de celui d’un Américain comme Rauschenberg*.

Quatre de ces nouveaux réalistes furent des collecteurs (« décolleurs ») d’affiches. Vers 1949, Raymond Hains (né en 1926) abandonne ses photographies, qui faisaient éclater l’image au moyen de filtres prismatiques, pour recueillir dans les rues des superpositions d’affiches lacérées. Parfois, il déplace la palissade elle-même. Jacques Mahé de La Villeglé (né en 1926) se fait son complice et s’attache aux images, brouillées par les lacérations, d’une publicité agressive. En Italie, Mimmo Rotella (né en 1918) poursuivait une démarche parallèle avec des affiches de films, avant d’utiliser, à partir de 1967, les essais d’encrage des imprimeurs. Quant à François Dufrêne (né en 1930), poète phonétique et, comme Hains, grand désarticulateur du langage, il vient à la cueillette des affiches vers 1956, mais en utilisant cette fois le revers de la liasse, ce qui donne des effets moins violents et souvent d’une subtilité et d’une préciosité de couleurs remarquables.