Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

réaction chimique

Opération fondamentale de la chimie, au cours de laquelle apparaissent dans un système matériel de nouvelles espèces chimiques ou se modifient leurs proportions.


Les réactions chimiques présentent un certain nombre de caractères, dont certains permettent une classification.

Un mélange qui est le siège d’une réaction chimique est un système thermodynamique échangeant avec le milieu extérieur de l’énergie sous diverses formes : chaleur, travail, énergie électrique ou électromagnétique... En particulier, l’échange de chaleur permet de définir des chaleurs de réaction (v. thermochimie) et de classer les réactions en réactions exothermiques, qui dégagent de la chaleur, et endothermiques, qui en absorbent ; certaines réactions peuvent être pratiquement athermiques.

Par une réaction chimique, un mélange initia de « corps réagissants » est transformé en un mélange de « produits ». Il peut arriver que, dans le mélange final, l’un au moins des corps réagissants ait complètement disparu : on dit alors que la réaction est totale. C’est le cas de beaucoup de réactions de combustion, par exemple celle de l’hydrogène au contact de l’oxygène de l’air. Mais, dans d’autres cas, également très nombreux, la réaction s’arrête alors que le mélange contient encore une plus ou moins grande quantité de tous les constituants du début : on dit que la réaction est limitée, et l’état du système obtenu après arrêt de la réaction est un équilibre* chimique.

Suivant les conditions (température, pression, présence de catalyseurs...) dans lesquelles une réaction s’effectue, un temps plus ou moins long s’écoule entre le début et la fin de la réaction. De cette constatation résulte la notion de vitesse de réaction (v. cinétique). Dans certains cas, cependant, la vitesse de la réaction est si grande que celle-ci apparaît comme instantanée ; c’est le cas, par exemple, des réactions explosives.

La connaissance d’une réaction chimique est d’abord celle des corps réagissants et des produits, de leur nature et de leurs proportions. C’est le rôle de l’équation de la réaction de nous renseigner à ce sujet, à l’aide des formules des corps et de leurs coefficients ; ceux-ci doivent être établis de façon que soit satisfait le principe de conservation de la masse de chacun des éléments qui interviennent. Cette équation, riche de renseignements d’ordre pratique, n’est, cependant, qu’un bilan, global et précis, de la transformation macroscopique qu’elle représente ; elle ne contient en général aucune indication sur le mécanisme microscopique des échanges (v. cinétique). Ces mécanismes consistent en des séparations et des regroupements d’atomes ou d’ions, rendus possibles par des déplacements de charges électriques.

Du point de vue du seul bilan, il est intéressant de considérer plusieurs types de réactions : réactions de synthèse et de polymérisation (ainsi que leurs inverses, réactions de dissociation et de dépolymérisation) ; réactions d’addition, de substitution, d’élimination... Du point de vue du mécanisme microscopique et du déplacement des charges, on distingue les réactions radicalaires (exemple : H2 + Cl2 → 2 HCl) et les réactions ioniques, groupe important où l’on rencontre les réactions acide-base, avec transfert de proton ou, plus généralement, de doublet électronique, et les réactions d’oxydoréduction, qui s’accompagnent du transfert d’un ou de plusieurs électrons.

R. D.

réalisme

« Réalisme » est d’origine récente. Il apparaît d’abord, semble-t-il, en Allemagne (Realismus), chez Kant* et les idéalistes allemands. Schiller*, disciple de Kant en matière esthétique, l’emploie dans une lettre à Goethe du 27 avril 1798 : « Il ne fait aucun doute que [les Français] sont de meilleurs réalistes qu’idéalistes, et j’en trouve une preuve victorieuse dans le fait que le réalisme ne peut pas faire de poètes. »


Généralités

D’Allemagne, il passe en Angleterre, où Coleridge, dont on sait la dette envers la philosophie et la poésie allemande, l’utilise dans ses Biographia literaria (1817). En France, le mot apparaît pour la première fois dans un article anonyme du Mercure du xixe s., en 1826, à propos de critique littéraire. En 1837, d’après Gustave Planche, « le réalisme est aujourd’hui si populaire qu’on ne saurait trop le combattre », phrase qui vise le roman-feuilleton et surtout Balzac*. Mais, à l’exception de Planche, ce sont surtout les critiques d’art qui se servent alors du terme de réalisme pour attaquer les tendances nouvelles de la peinture. Dans son Dictionnaire de la langue française, Littré mentionne le terme de réalisme, appliqué à la littérature et aux beaux-arts, comme « néologisme : en termes d’art et de littérature, attachement à la reproduction de la nature sans idéal ». Enfin, le mot entre en 1878 dans le Dictionnaire de l’Académie française : « Terme de philosophie scolastique : La doctrine réaliste. Il se dit aussi, en termes d’art et de littérature, d’une reproduction minutieuse et servile des choses : On trouve dans ses œuvres un réalisme choquant. »

Pour les historiens de la philosophie, à partir du xixe s., le réalisme est d’abord la doctrine des réalistes (reales), opposée à celle des nominalistes (nominales) dans la querelle des universaux (les scolastiques n’emploient jamais les termes de réalisme et de nominalisme). Pour les reales, les universaux existent indépendamment des choses dans lesquelles ils se manifestent, doctrine d’origine platonicienne. Pour Kant et ses disciples, réalisme ne s’oppose plus à nominalisme, mais à idéalisme. Ce binôme fera fortune dans la critique artistique et littéraire du xixe s.


Réalisme et réalismes

Les historiens de la littérature française ont coutume d’appeler réalisme la période 1850-1885. Le réalisme se situerait entre le romantisme* et le symbolisme*. Cette vue de l’histoire littéraire n’est pas généralement admise hors de France : les critiques anglais préfèrent l’expression littérature victorienne ; F. O. Matthiessen a baptisé cette période la Renaissance américaine ; en Italie, le terme de vérisme a prévalu, etc. Réalisme est utilisé par les critiques de tous les pays, mais dans des sens très variés. On a parlé de réalisme à propos d’Homère, de la littérature romaine (Satiricon de Pétrone, Satires d’Horace et de Juvénal, Épigrammes de Martial), des fabliaux du Moyen Âge, de Rabelais*, des romans de Scarron et de Charles Sorel au xviie s., de Richardson* et de Fielding* au xviiie s... Au xixe s., il existe de profondes différences entre le réalisme affiché de Champfleury et de Duranty, le « réalisme romantique » de Dickens*, le « réalisme fantastique » de Dostoïevski*, le « réalisme poétique » d’Otto Ludwig et d’Adalbert Stifter. Bien d’autres romanciers de ce temps ont été baptisés réalistes, pour des raisons diverses : Thackeray*, George Eliot* et Gissing en Angleterre ; Gottfried Keller* en Suisse ; Fogazzaro, le vériste Verga* et Capuana en Italie ; Jacobsen au Danemark ; Gogol*, Tourgueniev*, Tolstoï* et Gorki* en Russie ; William Dean Howells et Mark Twain* aux États-Unis... Mêmes différences profondes entre les dramaturges réalistes : Ibsen*, Bjørnson*, Strindberg*, Hauptmann*, Henry Becque... Au xxe s., dans les pays socialistes, le réalisme est la doctrine officielle. Il faut donc se contenter de voir en lui une tendance littéraire et artistique, qui se manifeste plus nettement dans la littérature mondiale aux xixe et xxe s., à partir des années 1830. Comme le dit Erich Auerbach (Mimesis), « le réalisme historique, pleinement conscient des problèmes socio-politico-économiques, est un phénomène purement moderne, commençant avec Stendhal ».