Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Randstad Holland (suite)

Malgré des mesures de protection du milieu naturel relativement précoces, cette évolution amène rapidement la coalescence d’agglomérations qui n’étaient souvent distantes que d’une dizaine de kilomètres. Depuis les années 1960, l’usage croissant de l’automobile a partiellement libéré les mouvements pendulaires des contraintes des transports collectifs ; les catégories sociales aisées recherchent toujours l’habitat individuel en milieu « naturel », ce qui entraîne un développement très diffus des résidences principales dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour des centres d’emploi : cela correspond à la plus grande partie de l’ouest du pays.


Les fonctions

Les trois provinces de Hollande-Septentrionale, Hollande-Méridionale et Utrecht, qui représentent 20 p. 100 de la superficie des Pays-Bas, groupent 45 p. 100 de la population néerlandaise et contribuent pour 60 p. 100 environ au produit national brut et aux recettes fiscales de l’État. Cette concentration des hommes et des activités repose essentiellement aujourd’hui sur le secteur tertiaire ; malgré la place de choix tenue par l’horticulture, la population active du secteur primaire ne dépasse pas 5 p. 100 du total ; le taux d’industrialisation est actuellement inférieur à la moyenne nationale, même si certaines branches comme la chimie, l’imprimerie, les industries de luxe sont très fortement représentées ; en revanche, avec plus de 58 p. 100 des personnes actives, le secteur tertiaire domine nettement le marché de l’emploi. Cette prépondérance tient à plusieurs facteurs :
— le quasi-monopole (95 p. 100) du trafic portuaire maritime, acquis à la fin du xixe s. par Amsterdam et surtout Rotterdam, et dont les conséquences intéressent d’autres activités économiques, le commerce de gros en particulier ;
— la localisation dans l’ouest (à La Haye surtout) des fonctions administratives et paraadministratives de niveau national, qui ont attire les sièges de nombreux organismes et associations appartenant tant au secteur public qu’au secteur privé ;
— la domination financière d’Amsterdam, sensible dès le xviie s. et qui a fait de la ville la capitale économique du pays et le principal centre des services destinés aux entreprises.

Pris dans son ensemble, le Randstad constitue une métropole polynucléaire, les équipements tertiaires de niveau national et régional étant répartis entre de nombreuses villes et pas seulement les trois plus importantes : Utrecht possède ainsi la Monnaie (institut d’émission) et le siège des Chemins de fer néerlandais, Hilversum, le centre des télécommunications... Les courtes distances et surtout la qualité des communications (autoroutes, voies ferrées électrifiées avec un train de voyageurs toutes les demi-heures) permettent des rapports faciles entre ces divers noyaux, pas plus éloignés, en temps de parcours, que les différentes parties d’une grande agglomération. Bien que le sentiment d’appartenance à telle ou telle ville reste très vif, cette région urbanisée connaît un système complexe d’interrelations : voyages d’affaires, démarches administratives, migrations de travail et de loisirs, fréquentation des centres commerciaux tissent des flux entrecroisés qui renforcent l’impression d’un ensemble fonctionnel unique.

La centralisation n’a jamais atteint aux Pays-Bas l’ampleur qu’on lui connaît en France (en particulier dans la localisation des sièges sociaux des grandes entreprises), mais les disparités régionales dans la répartition des activités et des revenus se sont accentuées au cours de la première moitié du xxe s., instituant un déséquilibre préjudiciable à un développement harmonieux de l’ensemble du territoire. Les pouvoirs publics ont pris après 1945 des mesures de décentralisation dont les effets apparaissent maintenant très sensibles dans le domaine de l’industrie ; en revanche, les résultats obtenus dans le secteur tertiaire sont encore modestes, malgré le départ ou l’implantation en province d’organismes comme la caisse des retraites, les services de la fiscalité sur les automobiles, l’administration des polders du Zuiderzee, les nouveaux centres de chèques postaux ou une partie du Bureau central de statistique. De 1960 à 1969, la Hollande a présenté un déficit de 46 000 personnes dans les migrations intérieures, ce qui atteste un renversement des flux traditionnels et une tendance des salariés de l’ouest à accepter plus facilement l’installation dans une autre province ; mais, s’il est exact que l’industrialisation postérieure à la Seconde Guerre mondiale a diminué l’attraction du Randstad, il ne faut pas oublier qu’une fraction importante de la main-d’œuvre d’origine étrangère se dirige toujours vers l’ouest. D’autre part, la « décentralisation » est souvent toute relative : en dix ans, la province d’Utrecht a gagne 35 000 habitants par le jeu des migrations intérieures et l’on assiste plus à une extension du Randstad vers l’est (notamment en Veluwe) qu’au renforcement de l’autonomie fonctionnelle des centres urbains plus lointains.


L’évolution récente

De 1963 à 1972, on peut évaluer à près de 300 000 le nombre de personnes qui ont quitté les trois plus grandes villes, la majorité d’entre elles s’installant dans d’autres communes de l’ouest. En outre, l’émigration ne compense pas le croît naturel, et, chaque année, la population des provinces de Hollande et d’Utrecht augmente de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Enfin, les voies de communication, les zones industrielles (portuaires notamment), les implantations tertiaires (bureaux, entrepôts, supermarchés) utilisent de vastes espaces en bordure des villes, soustrayant à l’agriculture des superficies importantes. Dans ces conditions, il serait irréaliste de vouloir arrêter l’extension du Randstad ; mais on peut essayer de l’organiser, de manière à éviter une prolifération urbaine anarchique et, à terme, la submersion complète du milieu naturel. On cherche ainsi à préserver des « zones vertes » entre les unités constitutives de la région urbaine, en empêchant la fermeture complète de l’anneau (déjà bien avancée entre Leyde et Haarlem ou Amsterdam et Hilversum) et en implantant des pôles attractifs nouveaux à quelque distance des noyaux anciens, grâce à des plans d’extension de petites villes ou de villages du « cœur vert » ou des marges du Randstad (Hollande-Septentrionale au nord de l’IJ, en direction d’Alkmaar et de Hoorn ; Hollande-Méridionale au sud de Rotterdam-Europoort). La protection du « cœur vert », prévue dans les années 1960, n’est plus systématiquement envisagée aujourd’hui, ce changement d’optique tirant les leçons d’une urbanisation spontanée difficile à enrayer ; de même, la croissance du Randstad vers l’est, dans les régions sableuses d’Utrecht et de Gueldre (jusqu’au-delà d’Arnhem) témoigne d’une évolution naturelle dont la forte attraction actuelle d’Apeldoorn constitue le meilleur exemple. Pour discipliner l’extension future, on compte beaucoup sur les polders du Zuiderzee, Flevoland-Méridional et Markerwaard, susceptibles d’accueillir le trop-plein de population et d’activités des provinces de l’ouest dans des « villes nouvelles » dont les projets sont déjà bien avancés.

J.-C. B.

➙ Amsterdam / Delft / Haarlem / Haye (La) / Rotterdam / Utrecht.

 G. L. Burke, Greenheart Metropolis (Londres, 1966). / G. R. P. Lawrence, Randstad Holland (Oxford, 1973).