Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Randstad Holland (suite)

Le milieu naturel et l’occupation humaine

À l’exception du cordon dunaire et des collines morainiques du Gooi et de la province d’Utrecht, l’ouest des Pays-Bas est une région de polders, conquis depuis le Moyen Âge sur les terres basses et marécageuses qui occupaient jadis la plus grande partie du territoire. Les premiers noyaux de colonisation agricole et les centres urbains les plus anciens s’établirent sur les sols les mieux drainés ; la mise en valeur du reste du pays était tributaire des progrès techniques dans la maîtrise des eaux : la construction de digues, l’assèchement des marais et des étangs permettent progressivement l’exploitation des terres basses, où, dès la fin du Moyen Âge, se développe un élevage laitier renommé ; une seconde génération de villes apparaît, en particulier là où le barrage (dam) des petits cours d’eau oblige au transbordement des marchandises.

Les aptitudes agricoles de ce milieu sont assez diverses ; les sables donnent des sols légers, faciles à travailler, mais naturellement peu fertiles : les landes et les bois y tenaient encore une grande place au siècle dernier, et l’extension récente des défrichements y a été limitée par la concurrence de l’urbanisation (ce cadre résidentiel présente beaucoup d’attrait) et la nécessité de préserver des espaces de loisirs. Sur le revers des dunes, un travail séculaire de bonification a permis le développement d’une agriculture intensive, où l’horticulture joue le principal rôle, notamment dans le Westland et les environs de Haarlem. Les prairies occupent la plus grande partie des polders, la faible profondeur de la nappe phréatique gênant en effet la mise en culture de ces sols très humides ; toutefois, dans la « nier de Haarlem », asséchée au xixe s. avec l’aide de la machine à vapeur, un drainage plus profond a facilité l’extension des labours.

D’une façon générale, les terres basses apparaissent peu propices à l’urbanisation : la nécessité de fondations sur pilotis (en bois et maintenant en béton) a longtemps empêché la construction d’immeubles à plusieurs étages et en grève encore aujourd’hui très lourdement le coût ; d’autre part, la monotonie du paysage des polders et leur humidité en faisaient un cadre résidentiel moins attrayant que celui des dunes et des collines. Malgré ces obstacles, l’urbanisation a fortement progressé depuis un siècle dans la région : les raisons tiennent à des facteurs historiques qui ont concentré en Hollande une proportion importante de la population et des activités économiques néerlandaises.

Deux villes moyennes du Randstad : Leyde et Hilversum

Une des originalités du Randstad Holland est de comprendre plusieurs villes de 50 000 à 100 000 habitants que l’on ne peut assimiler à des communes-dortoirs, car elles exercent des fonctions importantes dans les secteurs secondaire et tertiaire, malgré leur proximité des grands centres urbains. Très différentes tant par leur origine que par leurs activités, Leyde et Hilversum en fournissent des exemples.

Leyde* (en néerl. Leiden) [Hollande-Méridionale], une des villes les plus anciennes de Hollande, resta jusqu’au xviiie s. plus peuplée que Rotterdam et La Haye. Centre de la région rurale du Rijnland, elle acquit une notoriété internationale grâce à son industrie textile, dont il ne reste que des vestiges aujourd’hui, et à son université, fondée en 1575 et qui rayonne encore actuellement sur toute la Hollande-Méridionale. Ville universitaire et foyer culturel (avec de nombreuses maisons d’édition), Leyde demeure un marché rural et un centre industriel où la métallurgie et l’industrie alimentaire ont en grande partie relayé la draperie traditionnelle.

Hilversum (Hollande-Septentrionale) n’était vers 1860 qu’un gros village, où l’industrie textile à domicile apportait des ressources complémentaires à une population occupée en quasi-totalité dans l’agriculture. L’attrait du milieu naturel et la liaison ferroviaire avec Amsterdam en firent alors un des lieux d’établissement privilégiés des riches citadins de la capitale ; après une période où une grande partie de la population active travaillait à Amsterdam, le nombre des emplois s’accrut sur place avec le développement des activités commerciales et de services et l’implantation dans la commune du centre néerlandais des télécommunications. Ville de la radio et de la télévision, Hilversum constitue aujourd’hui le principal foyer commercial et culturel du Gooi et compte plusieurs établissements industriels dans les secteurs de pointe comme la chimie et l’électrotechnique. Ses relations avec Amsterdam, moins étroites que par le passé, restent cependant très importantes dans de nombreux domaines.


La constitution du Randstad Holland

Vers 1870, au moment où reprend l’expansion des villes néerlandaises après une longue période de marasme, la trame urbaine de l’ouest du pays comprend un dense réseau de villes historiques, très proches les unes des autres, mais inégalement réparties, les principaux centres s’étant développés sur le revers du cordon dunaire et le long des voies navigables les plus importantes. Dans un premier temps, la croissance urbaine présente des aspects tout à fait classiques, les villes s’étendant hors de leur enceinte à l’intérieur du territoire communal ; mais, dès la fin du xixe s., une partie des catégories sociales aisées, renouant avec une tradition ancienne, fait construire en milieu rural des résidences temporaires ou permanentes, surtout dans les régions vallonnées et boisées. L’achèvement du réseau de voies ferrées et de tramways, l’augmentation de la fréquence des services permettent bientôt à une population plus nombreuse de bénéficier d’un cadre de vie agréable tout en pouvant se rendre chaque jour à la ville. C’est l’époque où naissent les agglomérations de « villas » des environs de Haarlem et de La Haye, du Gooi et des collines d’Utrecht, qui déterminent une transformation profonde du paysage et des fonctions de communes où sévissait jadis l’exode rural. Après 1920 et surtout après 1945, la suburbanisation devient un phénomène de masse ; les riches et les membres des classes moyennes ne sont plus les seuls à rechercher une résidence extra-urbaine ; la saturation du territoire des villes (où les bureaux remplacent les logements), le coût élevé des loyers entraînent l’émigration de dizaines de milliers de familles populaires, pour lesquelles on construit des habitations individuelles et, de plus en plus, collectives dans les espaces proches des villes et laissés vacants par l’extension antérieure, c’est-à-dire surtout les polders.