Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

Ramsès II (suite)

Une extraordinaire activité architecturale marque d’ailleurs ce règne : achèvement de la grande colonnade de Karnak et du temple d’Amon-Mout-Khonsou à Louqsor, construction du temple funéraire, dit Ramesseum, à Thèbes, de l’Osireion à Abydos, notamment. Travaillant à ces constructions, des prisonniers de guerre et des populations ramenées en butin constituent un immense prolétariat (Phéniciens pour les constructions navales, Syriens dans les carrières, Hébreux briquetiers dans l’est du Delta). Ainsi, du cœur de l’Afrique aux rives de l’Oronte, d’innombrables monuments et documents attestent le prestige du souverain « élu de Rê, aimé d’Amon », souverain magnifique, nanti de cinq ou six grandes épouses et de nombreuses concubines, père de plus de 100 enfants royaux. Le luxe de la cour est sans précédent, qui fait dire que « à Thèbes, toutes les maisons regorgent d’or » (l’Odyssée, IV, 125).

Mais la fin du règne est assombrie par des événements menaçants pour l’avenir. Au-delà des frontières, une double rupture de l’équilibre international entraînera la ruine de l’Empire : sur terre, la dynastie assyrienne s’installe définitivement sur l’Euphrate (la grande voie commerciale reliant l’Asie Mineure à Babylone), défait les Hittites, occupe Babylone même et contrôle désormais toute la Mésopotamie. Sur mer, l’expansion achéenne prend, dans la mer Égée et la Méditerranée orientale, des proportions considérables. Le Hatti fait front, Ramsès II, vieilli, ne fait rien et temporise. Son pouvoir est d’ailleurs sapé de l’intérieur par la formation inévitable d’une nouvelle classe militaire (conséquence de la création d’une armée de métier, dotée de bénéfices fonciers inaliénables), par le développement de la classe cléricale (l’hérédité sacerdotale s’implante, les terres des temples prennent allure de domaines seigneuriaux) et par des troubles démographiques (dus à l’accroissement de la main-d’œuvre étrangère).

À la mort de Ramsès II, vers 1235, Mineptah, son quatrième fils et successeur, devra affronter une situation dangereuse.

C. L.

➙ Égypte / Hittites / Nouvel Empire / Nubie / Thèbes.

Ramuz (Charles Ferdinand)

Écrivain suisse de langue française (Lausanne 1878 - id. 1947).


Il naît et meurt « dans le pays de Vaud, qui est un vieux pays savoyard, c’est-à-dire de langue d’oc, c’est-à-dire français et des bords du Rhône, non loin de sa source ». Fils de négociant, l’écrivain connaît dans son enfance les travaux de la campagne, le contact direct avec la nature, souvenirs qu’il évoque dans Découverte du monde (1939), Vendanges (1927) et Questions (1935). Les récits bibliques de l’école du dimanche le marquent profondément, en dehors de toute orthodoxie protestante. Il fait ses études au collège, à l’université de Lausanne et obtient une licence de lettres. La vocation littéraire s’étant déclarée, il s’établit à Paris en 1902 pour y demeurer jusqu’en 1914, séjour qu’il retrace dans Paris, notes d’un Vaudois (1938) et René-Victor Auberjonois, peintre vaudois (1943). Après les vers libres du Petit Village (1903) paraissent les romans Aline (1905), les Circonstances de la vie (1907), où l’influence de Flaubert est avouée, Jean-Luc persécuté (1909), fruit de la découverte du Valais, Aimé Pache, peintre vaudois (1911), stylisation de l’évolution et du combat personnels de l’auteur, et Vie de Samuel Belet (1913), un de ses livres majeurs. Ces œuvres racontent l’histoire de personnages humbles, durement frappés par la vie et déçus dans leur amour. Les trois premières s’achèvent dans la mort ou la morne résignation. Dans les dernières, le sens de la vie peut se trouver pour l’homme, au-delà des inévitables désillusions, dans l’acceptation de son destin. Après le retour au pays en 1914, Ramuz subit intérieurement le choc des événements (guerre mondiale, révolution russe, rencontre d’Igor Stravinski*, avec qui il compose l’Histoire du soldat). S’en ressentent les romans unanimistes, apocalyptiques et visionnaires, le Règne de l’Esprit malin (1917), la Guérison des maladies (1917), les Signes parmi nous (1919), Présence de la mort (1922). L’esthétique de Ramuz au cours de ces années (et ses recherches formelles) est mise en évidence dans Raisons d’être (1914), l’Exemple de Cézanne (1914), Adieu à beaucoup de personnages (1914), le Grand Printemps (1917), Salutation paysanne (1921). Dans le Chant de notre Rhône (1920) et Passage du poète (1923), l’écrivain, apaisé, maître de son instrument, lance la « grande invitation », l’appel à la communion autour du verbe poétique. Dès 1925, les grands romans (ou plutôt les grands poèmes) se succèdent, situés alternativement dans un cadre valaisan où la montagne domine, écrase, et sur les bords du Léman. Les premiers s’intitulent la Séparation des races (1923), la Grande Peur dans la montagne (1926), Farinet ou la Fausse Monnaie (1932), Derborence (1934), Si le soleil ne revenait pas (1937). Les seconds : l’Amour du monde (1925), la Beauté sur la terre (1927), le Garçon savoyard (1936). Dans Adam et Ève (1932), le cadre est un jardin qui n’est, hélas, plus le jardin perdu de l’unité, l’Éden dont toute œuvre d’art authentique exprime la nostalgie. (Voir à ce propos les Souvenirs sur Igor Stravinski, 1929.) Il poursuit sa quête poétique, dans la Lettre à Bernard Grasset (1928), Une province qui n’en est pas une (1938) et surtout le Journal, tenu dès 1896. Son œuvre comporte enfin des ouvrages de réflexion, d’interrogation sur les problèmes contemporains : Taille de l’homme (1933), Questions (1935), Besoin de grandeur (1937).

Ramuz est le plus grand écrivain né en Suisse romande depuis Jean-Jacques Rousseau ; le créateur d’un univers plein, dense, où tout — chaque personnage, chaque objet, chaque idée, chaque inflexion de phrase — est marqué de sa griffe. Se proposant de donner au thème le plus universel l’expression la plus caractérisée, il dit l’éternelle histoire de la fille et du garçon, le jeu de l’amour, de la jalousie et de la mort dans une langue à l’image du relief et des hommes de labeur de sa province. Il exprime surtout l’inquiétude originelle, la solitude de l’homme fragile et menacé, sa soif de communion. Il donne un accent neuf aux mythes éternels.

A. B.