Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

artifices (suite)

Artifices militaires

Les plus importants sont ceux qui servent à l’amorçage de munitions, dont certaines comprennent toute une succession d’artifices (amorce, tube fusant, dispositifs à retard, relais, renforçateurs, etc.) appelée chaîne pyrotechnique, qui aboutit à la charge principale de l’engin. Le Génie emploie des allumeurs à traction et, pour les destructions d’ouvrages, des artifices de tir (amorces, cordeaux détonants) semblables à ceux qu’utilisent les carriers et les mineurs.


Artifices agricoles

Ils servent à produire soit des fumées tièdes pour la protection des arbres fruitiers contre le gel, soit des gaz toxiques qui tuent, dans leurs terriers, les renards ou autres animaux nuisibles ; ils servent aussi à émettre des fumées ou des aérosols insecticides, et à éloigner, par le bruit, des animaux causant des dégâts.

Les fusées paragrêles comprennent, outre la charge propulsive habituelle, une charge d’éclatement qui était, jusque vers 1910, de la poudre noire, remplacée depuis par un explosif chlorate ou tout autre explosif. Son explosion empêche la grêle de se former, d’une part en faisant cesser, par l’ionisation des fumées de l’explosion, la surfusion de l’eau dans les nuages générateurs de grêle, d’autre part en disloquant les tourbillons dans lesquels la grêle se nourrit. Chaque année, dans le Beaujolais, on utilise un nombre considérable de fusées paragrêles.


Artifices industriels

Ils sont très variés et de toutes sortes. Un des premiers, qui joue encore un rôle important dans les travaux de minage, est la mèche lente, dite aussi « mèche de sûreté », pour mineur, ou enfin cordeau Bickford, du nom du mineur de Cornouailles qui l’inventa en 1831. Elle est constituée par une âme de poudre noire en grains fins, contenue dans une gaine de coton tressé, puis enduite de goudron pour la rendre imperméable ; un tronçon de cette mèche étant allumé à un bout, l’âme de poudre déflagre à la vitesse très régulière d’un mètre en quatre-vingt-dix secondes, et crache un petit jet de flamme à l’autre extrémité.

Les rivets explosifs, généralement en alliage d’aluminium, ont une tige creuse renfermant entre 20 et 300 mg d’une composition pyrotechnique ; ils sont mis en œuvre au moyen d’une sorte de pistolet qui maintient le rivet en place, tandis que la charge est amorcée : la tige du rivet gonfle, ce qui assure le serrage des deux pièces à assembler.

Les cartouches pour pistolets de scellement sont de petits tubes de quelques millimètres de long, comprenant une charge propulsive et une minuscule charge creuse ; ils servent à forer des trous réguliers, peu profonds, dans le béton ou la maçonnerie.

Dans les rupteurs de câbles ou de tiges, une charge de poudre projette violemment une pièce métallique à arête vive contre la tige ou le câble à couper, qui est ainsi sectionné presque instantanément.

Les chandelles génératrices de gaz fonctionnent en dégageant une certaine quantité d’un gaz déterminé ; les chandelles à oxygène, dont l’amorçage est obtenu par le choc d’un percuteur agissant lors de l’enlèvement d’une goupille, sont employées à bord des avions volant à haute altitude pour procurer aux passagers, dans le cas de baisse accidentelle et soudaine de la pression, une centaine de litres d’oxygène pur, grâce auquel ils peuvent respirer pendant le temps nécessaire à l’avion pour descendre à basse altitude. Les chandelles à anhydride sulfureux sont utilisées pour la dératisation des cales de navires.

Le ruban pyrotechnique, dont le fonctionnement produit une température de 250 °C pendant une dizaine de secondes, sert à vulcaniser, in situ, le néoprène en ruban avec lequel on confectionne des joints d’étanchéité.

Les artifices chauffants, tels que les plaques de composition chauffante, sont employés dans la construction métallique pour soumettre à un traitement thermique des appareils de grande dimension, qu’il serait très difficile ou impossible de traiter dans un four.

Parmi les autres artifices industriels figurent les cartouches pour le lancement des pistons des gros moteurs Diesel, les engins qui fournissent aux avions, au moment de leur envol, une poussée supplémentaire, les charges pour perforation des chemises métalliques des puits de pétrole, les artifices qui déclenchent le fonctionnement d’extincteurs d’incendie placés à poste fixe, enfin les artifices (détonateurs, cordeaux, etc.) servant à l’amorçage et au tir des chargements de trous de mine.


Artifices domestiques

En premier lieu figurent les allumettes* ; mais on doit citer aussi les petits pots fumigènes servant à neutraliser les moustiques dans les habitations, et les artifices dits « antivols », placés sur une automobile ou à la porte d’un poulailler.

L. M.

➙ Poudre / Pyrotechnie.

 A. Lotz, Das Feuerwerk (Leipzig, 1940). / A. St. H. Brock, A History of Fireworks (Londres, 1949).

artillerie

Ensemble des matériels de guerre comprenant les bouches à feu, les munitions, les véhicules chargés de leur traction ou de leur transport, ainsi que du transport du personnel affecté à leur service.


Initialement, le terme n’est pas lié à l’emploi de la poudre. On le rencontre dès l’époque des croisades pour désigner des machines de guerre ou des armes lourdes de toutes catégories (névrobalistiques, incendiaires, contondantes, etc.). Ces armes, connues depuis la plus haute antiquité, ressortissaient à l’emploi de la force ou à celui de la ruse. Au Moyen Âge, le premier groupe comprenait le bélier, la baliste, la catapulte, puis la bombarde. Le deuxième, imaginé et réalisé sur place, avait reçu le nom d’engins. Ceux qui les inventaient et en dirigeaient le service étaient nommés « engeigneurs » ; ils sont les ancêtres des officiers du génie*. Ces engeigneurs, comme le personnel chargé du service des armes du premier groupe, appartenaient au corps de l’artillerie, qui ne constituait alors qu’une spécialité de l’infanterie.