Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

racine (suite)

Fixation de la plante

Le système radiculaire amarre solidement au sol le végétal, que, d’ailleurs, il stabilise. Il faut des vents forts pour déraciner un arbre ; habituellement, la stabilité des végétaux est très grande, surtout lorsqu’il s’agit d’un système pivotant ou fascicule verticalement. Les arbres à racines horizontales sont évidemment plus vulnérables (Cyprès de Lambert, Pins...).

Dans certaines espèces, une disposition particulière des racines aide la fixation : ainsi, les Palétuviers possèdent des racines arquées en grandes parties aériennes (racines-échasses). Chez le Figuier du Bengale, de nombreuses et fortes racines descendent verticalement jusqu’au sol et servent ainsi d’étai aux branches horizontales, qui s’étendent assez loin du tronc central.

J.-M. T. et F. T.

Racine (Jean)

Poète dramatique français (La Ferté-Milon 1639 - Paris 1699).



Tendre ou cruel ?

Racine embarrasse la postérité. Il ne s’est pas voué uniquement au théâtre comme Corneille et Molière, et pourtant il a composé de parfaites tragédies. Ce n’est pas un poète lyrique comme Malherbe et La Fontaine, et pourtant nous lui devons quelques-uns des plus beaux vers de notre langue. En pleine gloire, Racine a sacrifié sa carrière littéraire à son élévation sociale : l’historiographe de Louis XIV a fait taire le poète dramatique, qui n’a écrit ses deux tragédies sacrées que pour faire sa cour. Certains ont douté de la sincérité de sa conversion ; d’autres, au contraire, ont loué la vivacité de sa foi et sa sainteté morale. Enfin, l’homme lui-même, qui n’a pas laissé de documents intimes, reste un mystère. On a publié des volumes pour savoir s’il était tendre ou cruel, honnête ou dépravé, janséniste ou non, croyant ou hypocrite, ambitieux, méchant et jaloux de tous. Alfred Masson-Forestier et François Mauriac relient l’œuvre à la vie du poète et noircissent Racine à plaisir : il serait, à l’image de ses personnages, violent, sadique, féroce, égoïste, haineux. Giraudoux, en revanche, estime qu’il est tout à fait détaché de son œuvre quand il écrit, et l’abbé Bremond abonde dans son sens : « Dans les balances de la poésie pure, l’humain pèse peu [...]. Les aventures personnelles de Racine, jeune ou mûr, ni ne me regardent ni ne m’intéressent. Une foule d’êtres insignifiants lui ressemblent par cet endroit. C’est sa poésie que je défends. »

Racine demeure le plus joué de nos poètes tragiques, et, sauf à l’époque romantique, sa gloire n’a point varié. De nos jours, il continue à susciter, comme au début du siècle, commentaires et passions. On l’a étudié selon la méthode psychanalytique (Charles Mauron), structuraliste (Roland Barthes), socio-marxiste (Lucien Goldmann), selon la psychologie des profondeurs (Georges Poulet et Jean Starobinski). Le comportement de l’homme peut s’en trouver éclairé, mais il est aussi difficile d’établir un jugement éthique sur son caractère et sur son œuvre. Quant à l’énigme de Racine en tant que poète, elle reste entière. Faut-il en revenir à ce que disait Vauvenargues il y a plus de deux siècles ? « Personne n’est plus original, personne n’éleva plus haut la parole et n’y versa plus de douceur [...]. Serait-il trop hardi de dire que c’est le plus beau génie que la France ait eu ? »

Cette « douceur », c’est l’incantation verbale de ce qu’Henri Bremond appelait poésie pure. Dans Rhumbs, Paul Valéry, analyse la démarche de la méthode racinienne : « Prodigieuse continuité de Racine ! Il procède par de très délicates substitutions de l’idée qu’il s’est donnée pour thème [...]. Il n’abandonne jamais la ligne de son discours. » Tout soumettre au chant, c’est-à-dire à la magie sonore, est le charme majeur et le secret de Racine. Sa poésie dépasse de beaucoup l’action dramatique, si bien agencée soit-elle, la vérité des caractères et des situations, la mécanique des passions, si loin que pénètre son regard ; la magie des vers en dit plus long que le sens des mots, et c’est pourquoi les réalisations scéniques de Racine déçoivent un peu malgré le talent des comédiens : c’est que le poète dramatique sublime tout en chant de poésie pure et s’adresse plus à ce qui existe en nous d’instinctif et d’irrationnel qu’à notre intelligence et à notre raison, comme le faisait Corneille.


Un chant sans origine

L’étude du milieu provincial et des ancêtres de Racine, tant paternels que maternels, ne jette aucune lumière sur l’origine d’une vocation littéraire à laquelle rien ne le prédestinait : les deux familles occupaient des charges au grenier à sel de La Ferté-Milon, où est né le poète. Aucune fortune, aucune illustration, aucune singularité ne les distinguait : le génie de Racine ne s’explique pas. La mort précoce de ses parents infléchit pourtant le cours de sa vie : l’enfant, confié aux grands-parents Racine, quitte la Ferté-Milon pour Port-Royal, où il subira l’influence profonde des « solitaires » et de leur doctrine (v. jansénisme). Sa grand-mère, une fois veuve, se retire à l’abbaye où sa fille Agnès a fait profession, et le jeune garçon est admis en 1649 par charité aux Petites Écoles, où il fait les trois classes de grammaire et la première de lettres en recevant les leçons de maîtres comme Nicole et Lancelot. Ensuite, on l’envoie au collège de Beauvais, où les Messieurs de Port-Royal comptent des amis. Après avoir achevé là-bas sa seconde classe de lettres et de rhétorique, il revient aux Granges (1655), où il poursuit ses études, et surtout celles de grec, sous la direction d’Antoine Lemaistre. Excellent helléniste, Racine partage avec La Bruyère, Boileau et Fénelon le privilège de représenter de la façon la plus saisissante l’héritage d’Athènes parmi les classiques français. Mais, si sous les ombrages de Port-Royal, il annote les tragédies de Sophocle et d’Euripide, il y respire aussi ce terrible climat spirituel et cette conception pessimiste du monde, qui eurent sur un adolescent aussi avide et passionné que lui une action si décisive qu’on peut dire que, même pendant ses années de dissipation mondaine, il n’a jamais renié ni son Dieu ni sa foi. M. Hamon (Jean Hamon, 1618-1687), médecin des solitaires de Port-Royal, disait chaque matin cette prière : « Je vivrai avec toi, mon Dieu, parce que tout autre entretien est rempli de dangers. Je vivrai de toi, parce que tout autre aliment est un poison. Je vivrai pour toi, parce que celui qui vit pour soi et qui ne vit pas pour toi ne vit pas mais il est mort. » De M. Hamon, Racine a appris qu’il demeure un solitaire, un solitaire de Port-Royal ou du monde, aussi longtemps qu’il n’anéantit pas sa solitude en se délivrant en Dieu, en se livrant à Dieu. S’il préfère vivre pour soi, s’il préfère le vertige de l’angoisse et le tourment délicieux et coupable de l’inquiétude d’où proviennent tous les vices majeurs, il se retranche lui-même de la vie essentielle et de la rédemption. Dans une telle morale, l’amour ne peut être qu’une maladie terrible et fatale, qui accable Phèdre, Roxane, Hermione, puisqu’elle ne comporte ni sacrifice, ni don de soi et ne figure qu’une forme exacerbée de l’amour de soi.