Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Rabat

Capitale du Maroc.


Rabat est la capitale politique et administrative du Maroc, la deuxième ville par sa population (368 000 hab.), loin derrière Casablanca, capitale économique, avec laquelle elle partage le commandement du pays. Mais, aux temps modernes, et surtout depuis la construction, en 1960, sur le Bou Regreg (wadi Abū Raqrāq), du pont Ḥasan-II, Rabat est inséparable de Salé (Salā), huitième ville du royaume, avec 155 000 habitants ; l’agglomération rassemble ainsi plus d’un demi-million de personnes. Pour la période 1960-1971, avec un accroissement de population de 105,2 p. 100 pour Salé et de 61,6 p. 100 pour Rabat, ces villes ont connu les deux plus fortes croissances urbaines de tout le Maroc.

Ce n’est pas l’industrie qui peut fournir de l’emploi à la masse des arrivants. Certes, par le chiffre global de la main-d’œuvre employée (4,5 p. 100 du total national), l’agglomération est au troisième rang des villes industrielles du pays, après Casablanca et Safi, mais cette activité ne concerne finalement que 4 400 ouvriers (contre 52 700 à Casablanca), les principales branches étant les textiles (tissages de laine et coton, fabrication de somptueux tapis), les bois, les meubles et les papiers, la métallurgie (petite mécanique) et l’alimentation (minoteries).

La douceur de vivre des bénéficiaires de l’époque coloniale apparaît dans l’étalement des quartiers de l’ancienne « ville européenne » et dans la sobre élégance de ses constructions. L’axe de l’activité urbaine est l’avenue Muḥammad-V (anciennement Dār al-Makhzen), qui s’étire sur un kilomètre entre la médina et le Palais royal. Vers le sud, dans les quartiers résidentiels des Orangers et de l’Agdāl, les agréables villas des hauts fonctionnaires et des étrangers se nichent dans les jardins, derrière les haies de bougainvillées, tandis qu’entre la route de Casablanca et la mer se situe le quartier populaire de l’Océan.

L’hétérogénéité de la banlieue traduit l’ampleur des mouvements migratoires qui, dans les vingt dernières années, ont porté vers la capitale une centaine de milliers de « blédards » : alignements de petites villas pour employés et fonctionnaires, groupements compacts de maisonnettes à trames simplifiées des quartiers d’habitat de reclassement, en particulier au sud de la route de Casablanca, noualas et baraquements misérables des bidonvilles des douars Dūm et Dabārh.

Le développement des fonctions politiques fait que ministères, services administratifs, bureaux techniques et ambassades, à l’étroit dans les édifices de l’ancien quartier de la Résidence, débordent sur le reste de la ville.

L’université avec ses annexes, instituts scientifiques, grandes écoles, cités pour étudiants, anime tout un quartier entre le Méchouar et l’Agdal.

Quant à Salé, elle doit sa croissance démographique record moins à son traditionnel commerce des tissus et des babouches qu’à sa qualité de « réceptacle des émigrants du bled, ville-refuge aux loyers moins élevés que dans la capitale..., gigantesque faubourg de Rabat, vivant dans son ombre » (J. F. Troin).

L’un des grands charmes de l’agglomération est dans le paysage que l’on découvre du haut de la tour Ḥasan dominant l’ouverture du Bou Regreg (que deux jetées dérisoires n’ont pu sauver de l’ensablement) vers le va-et-vient des barcasses qui continuent à relier les deux villes en aval du pont Ḥasan-II, la ligne crénelée des fortifications se faisant face : la casbah des Oudaïa et l’imposante Bāb al-Mrīsā (« porte du petit port »), qui rappelle le souvenir de la course salétine, tandis que le voisinage des colonnades de la mosquée almohade Ḥasan et du mausolée de Muḥammad V expriment la continuité de l’histoire chérifienne.

J. L. C.


L’art à Rabat

Rabat s’est développée à partir de 1150 autour du ribāṭ al-Fatḥ (« le couvent de la Victoire »), érigé sur la rive méridionale du Bou Regreg. Ce fut cependant à la fin du xiie s. et plus particulièrement après 1195 que de grands travaux y furent entrepris. Une vaste surface (450 ha) fut alors enfermée dans une puissante enceinte flanquée de tours carrées s’étendant sur plus de 5,5 km. Deux portes monumentales, la Bāb al-Ruwāḥ et la porte de la qaṣba des Ūdāya (casbah des Oudaïa), font sa gloire. La première, défendue par deux massifs rectangulaires, doit surtout sa célébrité à ses quatre coudes successifs dans quatre tambours, la seconde à son admirable décor, un des plus beaux de ceux qu’on puisse trouver du Maroc médiéval.

À la même époque fut mise en chantier la plus grande mosquée du monde occidental (183,10 × 139,40 m), dépassée seulement, en Orient, par celle de Sāmarrā. Enfermée dans de hauts murs en pisé percés de 16 portes, la mosquée Ḥasan a un plan complexe à 21 nefs limitées par plus de 200 colonnes en marbre formées de tambours cylindriques, que viennent interrompre trois cours rectangulaires. Elle ne fut jamais terminée, et n’est plus qu’un souvenir d’où émerge le minaret, lui aussi inachevé. Ce monument, connu sous le nom de tour Ḥasan, est proche parent de la Giralda de Séville et du minaret de la Kutubiyya de Marrakech, mais il est construit en belles pierres de taille roses. Haut de 44 m, sur plan carré (16,20 m de côté), il est sobrement orné à son sommet d’un treillis de losanges, en fait de petites arcades polylobées superposées (v. Almohades) : ce motif décoratif aura un grand succès au Maghreb et on le retrouvera aussi bien à Tlemcen qu’à Tunis.

Les principales mosquées encore debout datent des xviie et xviiie s. : on mentionnera en particulier la Djāmi’ al-Sunna.

Comme toutes les grandes cités marocaines, Rabat tire une partie de son charme de ses villas et de ses jardins. Mais elle affirme sa personnalité par l’usage de la pierre, qui permet des constructions aux lignes élancées et parfois audacieuses : on y voit des colonnes hautes de 3 ou 4 m et d’un diamètre à peine supérieur à 0,30 m. Les portes sur rues sont souvent ornées de pilastres que surmonte un arc en plein cintre à archivoltes. Le plâtre étant aussi rare que la chaux est abondante, le décor, à la polychromie plus discrète qu’ailleurs, est réalisé sur mortier par un travail proche de la sculpture sur pierre. Le bois, dur, ne convient guère aux menuisiers, mais les charpentiers ont créé des œuvres solides (coupole du palais royal, fin du xixe s.).