Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Q

Québec (suite)

Vers 1870, de nouvelles industries prirent le relais de la construction navale : travail du cuir, confection, manufacture de tabac, industries alimentaires, travail du bois (pour la construction et l’ameublement). L’immigration des ouvriers et ouvrières issus des campagnes compensa le départ des Britanniques : la proportion de la population anglophone, déjà réduite à 40 p. 100 en 1861 (sur 58 320 hab.), tomba à 30 p. 100 en 1871 (sur 59 700 hab.) et à 16 p. 100 en 1901 (sur 68 840 hab.).

Au xxe s., la fabrication de la pâte et du papier devint, à la faveur du développement de l’hydro-électricité dans la province, la principale branche de l’industrie du bois à Québec (usine de l’Anglo Pulp établie près du port, par lequel elle reçoit ses matières premières). D’autre part, la construction navale prit un nouvel essor, notamment à la faveur des deux guerres mondiales (chantiers de Lauzon sur la rive droite).

Dans la fonction industrielle actuelle, les fabrications typiques de la structure économique de la fin du xixe s. (industries de main-d’œuvre et de faible valeur ajoutée) tiennent encore une place importante : produits alimentaires et boissons (17 p. 100 des emplois industriels), cuir (10 p. 100), confection (9,5 p. 100), textile et bonneterie (5,5 p. 100), tabac et cigarettes. À elles seules, les trois grandes usines modernes (construction navale à Lauzon, pâte à papier à Québec même et raffinerie de pétrole de Saint-Romuald) emploient 24 p. 100 de la main-d’œuvre et contribuent pour 30 p. 100 à la valeur de la production manufacturière de Québec. Le tiers restant des emplois se distribue entre un grand nombre d’entreprises, petites et moyennes : imprimeries et édition (journaux, presses universitaires), cimenterie, fabriques de charpente et huisserie en bois et en métal, notamment en aluminium, d’appareils mécaniques et électromécaniques, d’articles variés en bois, carton et papier (emballages, contre-plaqué).

La fonction manufacturière de l’agglomération en fait le deuxième centre industriel de la province, mais très loin derrière Montréal pour le nombre d’emplois (16 400 contre 197 000), pour la valeur de la production (459 M de dollars canadiens contre 6 310 M) et pour la valeur ajoutée (212,5 M contre 2 882 M). Au Canada, c’est le huitième centre industriel pour l’effectif des salariés, le onzième pour la valeur de la production industrielle et le dixième pour la valeur ajoutée.

Le port de Québec se place au quatrième rang des ports de la province pour le poids des marchandises manipulées après Sept-Îles-Pointe-Noire (port à minerai de fer), Montréal et Port-Cartier (port à minerai de fer). Le trafic de Québec varie notablement selon les années : 6 665 000 t en 1968, 14,1 Mt en 1972. En 1971, les exportations ont consisté surtout en pâte et papier-journal, céréales, minerais, concentrés et amiante, et les importations surtout en pétrole brut, mazout, acier semi-ouvré. Québec a reçu des autres ports canadiens des céréales (de Thunder Bay ; destinées à l’exportation et entreposées dans de grands élévateurs) ainsi que du bois à pâte (de la Côte Nord pour l’usine de l’Anglo Pulp) et des produits pétroliers (de Montréal ; pour Québec et sa région). Si le port souffre de l’absence d’arrière-pays industriel, il n’a pas, malgré des aménagements récents (quais à conteneurs), stimulé, à son tour, d’industries nouvelles.

La fonction religieuse, catholique d’abord, puis protestante et catholique, enfin surtout catholique à la suite de la refrancisation de la ville, demeure très importante ; d’innombrables églises, couvents et institutions marquent encore le paysage urbain québécois.

Les fonctions administratives, éducatives et celles qui concernent la santé sont les principales aujourd’hui et celles qui se développent le plus, faisant de Québec une ville d’activités tertiaires à un degré qui ne s’observe ailleurs qu’à Ottawa*. Le Parlement, les ministères et les administrations constituent le principal secteur d’occupation de la population active de la ville et de sa banlieue (plus de 35 p. 100). Dans le domaine de l’éducation, citons l’université Laval, fondée en 1852 ; longtemps spécialisée dans les humanités, elle s’est tournée vers les sciences, les techniques et le commerce ; ses effectifs se sont stabilisés à 12 000 étudiants (création de nouveaux centres universitaires dans sa zone de recrutement). Québec demeure un important centre hospitalier, comme elle l’a été de tout temps ; institutions de santé et de bien-être social s’y multiplient. On ne saurait oublier le tourisme, une des fonctions majeures de Québec ; le caractère français, les vieux quartiers et la beauté du site attirent des centaines de milliers de visiteurs, principalement américains.

Québec souffre de relations insuffisantes avec le reste de la province. Les voies ferrées et la route transcanadienne se sont établies sur la rive sud, évitant ainsi le noyau principal de l’agglomération. La plupart des relations aériennes de Montréal avec l’Est ne desservent pas Québec ; l’aéroport de Montréal l’emporte sur celui de Québec pour les relations avec le nord de la province. L’achèvement de la route Trans-Québec (lac Saint-Jean, Trois-Rivières, Sherbrooke) enlèvera prochainement à Québec son rôle de point de passage obligé pour les liaisons entre le lac Saint-Jean et le reste de la province et du Canada.

La population de Québec s’est accrue à un rythme très lent qui contraste avec la progression rapide de Montréal ; elle n’a franchi le cap des 100 000 habitants que vers 1925 ; elle s’est élevée à 151 000 en 1941, 164 000 en 1951, 172 000 en 1961, 187 000 en 1971. Si l’agglomération atteint 476 230 âmes en 1971, c’est grâce au développement récent des banlieues ; citons parmi les cas remarquables d’augmentation celui de Charlesbourg, qui comptait 5 734 habitants en 1951 et qui en compte 33 443 en 1971, et surtout celui de Sainte-Foy, qui est passée de 5 236 en 1951 à 68 385 en 1971.