Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Quaternaire (suite)

Les effets des glaciations sont sensibles très en avant du front des moraines dans un vaste domaine périglaciaire qui s’étend vers la zone arctique lors des déglaciations et vers les marges méridionales de la zone tempérée lors des glaciations. Des éboulis ordonnés, ou grèzes litées, ont été mis en place par les alternances de gel et de dégel au cours des hivers, et de multiples formes de solifluxion témoignent de réchauffements saisonniers ou interstadiaires. Mais ces phénomènes périglaciaires, bien conservés lorsqu’ils sont hérités du Würm, sont beaucoup plus rares pour les périodes antérieures. Les vents ont transporté loin au-delà des fronts d’inlandsis des particules fines de diverses origines (argiles, calcaires, quartz), qui, accumulées, forment les lœss.

Les paléosols ont parfois disparu ou sont tronqués. Leur présence dans les formations quaternaires est révélatrice d’un changement des conditions climatiques. Le ferretto des régions méditerranéennes, reconnaissable à sa coloration rouge vif, altérant les moraines et les alluvions fluvio-glaciaires du Mindel, date l’interglaciaire Mindel-Riss. Des sols bruns forestiers ont été légués par l’interglaciaire Riss-Würm dans l’ensemble de l’Europe. Des tchernozioms fossiles marquent l’expansion du domaine des steppes lors des phases froides du Würm et du Postglaciaire. Avec leurs interstratifications alluviales et colluviales, leurs altérations, signalées par les horizons décalcifiés des lehms, leur faune et leur flore fossiles, leurs industries préhistoriques, les paléosols forment de véritables complexes pédologiques qui ont donné des indications précises sur les séquences morphoclimatiques et bioclimatiques. Malgré les difficultés d’interprétation, certains complexes pédologiques du Würm, comme le gisement de Saint-Vallier (Drôme), du Mindel et du Riss, comme le gisement d’Achenheim (Bas-Rhin), permettent de reconstituer globalement le milieu.


La flore et la faune

Le début du Quaternaire est marqué par l’apparition de Bos, d’Equus et d’Elephas. Les modifications des aires d’occupation des Mammifères de grande taille, Proboscidiens, Rhinocérotidés, Équidés, Bovidés, Cervidés, Antilopes et Carnivores, et l’évolution* des espèces et des genres, leur essor ou leur extinction reflétant le rythme des oscillations climatiques, ont contribué à l’établissement de la stratigraphie. Mais la systématique des populations, dépassant l’étude purement morphologique, commence seulement. La fréquence insuffisante des gisements a accru l’intérêt des petits Mammifères comme les Lagomorphes, les Rongeurs, les Insectivores et les Chiroptères, dont les restes se sont accumulés dans les abris-sous-roche ou dans des fissures sous forme de brèches. Les Mollusques, qui n’évoluent guère au Pléistocène, n’ont pas une valeur stratigraphique de premier ordre, mais leurs associations sont très significatives en ce qui concerne le climat et l’écologie. Les modifications de la température des eaux marines sont marquées par la réduction de l’aire occupée par des fossiles d’eaux chaudes comme Strombus bubonius. Néanmoins, les témoignages de la faune ne sont pas toujours satisfaisants. Les fossiles les plus caractéristiques du Quaternaire, les Mammifères continentaux, n’abondent pas en dehors des interglaciaires ; les gisements ne sont pas mis en relation à grande distance ou raccordés aux étages marins sans difficultés.

Les restes macroscopiques des flores ont été conservés dans des cinérites, des argiles à Diatomées, des tufs, des travertins et des colluvions. Mais, les résultats les plus précis et les plus abondants concernant la paléobotanique* ont été livrés par la palynologie*. Protégés par leur gaine résistante, les pollens ont été conservés dans les tourbières ou les dépôts d’argile. Identifiés et comptés, ils ont permis la reconstitution des paysages végétaux et des oscillations climatiques qui commandent leur évolution. Toutefois, les diagrammes polliniques doivent être interprétés avec précaution ; il est nécessaire de tenir compte, entre autres, de l’abondance, de la mobilité et de la résistance des pollens, qui varient dans de larges proportions.


La préhistoire

Par la fabrication d’outils, par la construction d’un habitat, par l’aménagement de leur environnement, par l’accumulation des débris issus de leurs activités et par leurs propres restes, les Hominidés ont laissé des témoignages qui appellent une classification chronologique. Le Paléolithique*, l’âge de la pierre taillée, est divisé en trois périodes.

Le Paléolithique inférieur débute lorsque apparaissent les galets brisés (pebble culture) ; ensuite s’opposent les industries sans bifaces, localisées le plus souvent au nord de l’Eurasie, et les industries à bifaces, représentées par l’Abbevillien et par l’Acheuléen, qui s’épanouit lors de l’interglaciaire Mindel-Riss et au Riss, mais se poursuit jusqu’au début du Würm. Le Paléolithique moyen est l’époque du Moustérien. L’utilisation de l’os et la croissance de l’outillage dérivé des lames identifient le Paléolithique supérieur et ses différentes industries (Aurignacien ; Solutréen ; Magdalénien, contemporain de la fin du Würm). Au cours d’une période de transition, le Mésolithique, l’outillage se diversifie et se miniaturise, alors que la déglaciation commence. Dès le VIIe millénaire avant notre ère, le Néolithique* commence en Orient, alors que de nombreux groupes humains conservent encore à travers le monde des techniques désormais archaïques. Aussi, les divisions établies à partir de l’étude des techniques ne peuvent-elles être étendues sans précaution à de vastes espaces par suite des disparités d’évolution des différentes sociétés. Les disparités de la périodisation préhistorique, qui reflètent l’accélération de l’évolution des techniques, ainsi que la croissance et la diffusion de la population ne facilitent pas les corrélations que l’on peut rechercher avec les chronologies fondées sur l’examen du milieu.

Contrôlés et coordonnés, les résultats obtenus par la géologie, la préhistoire, la zoologie et la botanique ont permis d’établir par corrélation une chronologie relative.