Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

pyramide (suite)

Le Moyen Empire

Après la fin de l’Ancien Empire, nous ne connaissons de la première période intermédiaire que la petite pyramide d’Aba à Saqqarah sud, fort dégradée, mais comportant encore des textes sur les parois de sa chambre sépulcrale. Plus tard, sous la XIe dynastie thébaine, le grand roi Mentouhotep se fit édifier à Deir el-Bahari un temple funéraire de type original, dont le centre, massif, constituant vraisemblablement une petite pyramide, était entouré de deux étages de portiques et de terrasses ; quant à sa tombe même, elle se trouve sous la montagne, à l’extrémité d’une longue galerie souterraine partant de la cour située derrière le monument.

Des pyramides importantes ne réapparaîtront ensuite qu’à la XIIe dynastie, dans la région memphite. Les deux premiers rois, Amenemhat Ier et Sésostris Ier, édifièrent les leurs à Licht. Quant à leurs successeurs, ils les construisirent à Dahchour ou, en dernier lieu, non loin de là, à Mazghouna — à part Sésostris II, qui choisit le site d’Illahoun, à l’entrée du Fayoum, et Amenemhat III, qui édifia sa seconde pyramide dans cette province à Hawara.

En vue d’accélérer la construction de ces pyramides (de dimensions variables) et de renforcer la protection de la tombe royale, les architectes modifient profondément la structure du massif ainsi que le plan de l’appartement funéraire. À la pyramide de Sésostris, ils imaginent un système de murs rayonnant depuis le centre du massif, avec des murs secondaires branchés en nervures, les compartiments ainsi formés étant comblés de déchets de taille de pierre et de sable. À Illahoun, les murs rayonnants, sauf à la base, seront en briques crues. Cette structure sera abandonnée par Sésostris III, qui reviendra à la construction par assises continues, mais en briques crues avec revêtement épais de pierre de taille comportant au sommet un pyramidion de granit monolithe, dont un magnifique spécimen poli et gravé au nom d’Amenemhat III a été trouvé près de sa pyramide de Dahchour (au musée du Caire). Quant à la disposition des chambres et des couloirs, elle se modifie dès les pyramides de Licht, où la chambre sépulcrale, enfouie bien plus profondément que sous la VIe dynastie, n’a pu être atteinte en raison de l’élévation du niveau de la nappe phréatique depuis l’Antiquité.

À partir de Sésostris II, lorsqu’on eut reconnu que le départ de la descenderie, toujours au nord et sur l’axe de la pyramide, facilitait trop la tâche des profanateurs, on plaça cet accès de n’importe quel côté de la pyramide et hors de ses axes. S’efforçant de multiplier les obstacles jusqu’à la chambre sépulcrale, les architectes perfectionneront les systèmes de herses et imagineront des plans variés, avec des couloirs ne conduisant à rien et même des caveaux factices. À Hawara, la chambre sépulcrale, disposée dans une vaste cuve monolithe couverte par trois énormes dalles, dont l’une, laissée soulevée jusqu’aux funérailles, était abaissée ensuite par une savante manœuvre au sable, ne présentait finalement plus d’accès visible. Dans une pyramide anonyme de ce type et inachevée, située à Dahchour et attribuable à la XIIIe dynastie, la cuve monolithe en quartzite ne pèse pas moins de 150 t, et la dalle de fermeture, encore dans sa position d’attente, pèse quelque 70 t ! Après quoi, on ne connaît plus dans la région memphite que la petite pyramide presque arasée d’Ameny Aamou (l’Asiatique), sans doute l’un des rois hyksos des XVe ou XVIe dynasties, qui dominèrent sur le delta, tandis que les souverains de Thèbes (XVIIe-dynastie) contrôlaient la Haute-Égypte.


À partir du Nouvel Empire

Ahmosis Ier, le réunificateur des deux pays et le fondateur de la XVIIIe dynastie vers 1580 av. J.-C., édifia à Abydos un cénotaphe en forme de pyramide, mais sa tombe reste à découvrir. Son petit-fils Thoutmosis Ier, ayant, semble-t-il, tenu compte de la forme pyramidale de la cime de la montagne de Thèbes*, décida de faire creuser sa tombe sous celle-ci, à partir du cirque où prend naissance ce qui allait devenir la célèbre « Vallée des Rois ». À sa suite, tous les pharaons du Nouvel Empire feront creuser leurs hypogées dans les flancs de cette pyramide naturelle, tandis que leurs temples de culte funéraire seront édifiés dans la plaine.

Mais, si les rois renoncent ainsi pour leur tombe à la pyramide construite, celle-ci devient, au contraire, un symbole de protection solaire dans les tombes privées. On en trouve dès le Moyen Empire à Abydos ; au Nouvel Empire et jusqu’à l’époque romaine, des tombes en forme de maisons comporteront sur leur terrasse une petite pyramide en briques crues à forte pente. À Deir el-Medineh, dans la nécropole thébaine, certains exemples montrent ces pyramides couronnées par un pyramidion de pierres gravées, où le propriétaire est figuré adorant le Soleil.

Au viiie s. av. J.-C., Piankhi, roi de Napata, au Soudan, ayant conquis l’Égypte et fondé la XXVe dynastie, revint à la forme pyramidale pour sa tombe édifiée en pierre à Kourou (Kuru ou Kurru), nécropole de Napata. Cette petite pyramide d’une douzaine de mètres de côté, à pente de 68° environ, surmontait un caveau creusé dans le sol, où l’on accédait de l’est par un escalier. Des pyramides analogues, souvent plus élaborées, furent construites par les successeurs de Piankhi. La capitale ayant été transférée plus tard au sud, à Méroé, une cinquantaine d’autres petites pyramides royales y furent dressées jusqu’à l’anéantissement de ce royaume par les Aksoumites, vers 350 apr. J.-C. Enfin, dans les nécropoles de cette période méroïtique, des pyramides en briques crues marqueront souvent les tombes de notables.

Par comparaison avec les pyramides d’Égypte, celles de l’Amérique* centrale ou du Mexique se présentent comme des édifices en gradins ou des troncs de pyramide dont aucun ne comporte de pointe pyramidale. Érigées au cours des civilisations maya et aztèque du ive au xvie s. de notre ère, elles comprennent essentiellement un sanctuaire à leur sommet, auquel on accédait par un ou plusieurs grands escaliers droits appliqués contre leurs faces, perpendiculairement aux bases de celles-ci. La conception de ces édifices, énormes substructures de petits temples, fut ainsi beaucoup plus proche de celle des ziggourats d’Orient que de celle des pyramides d’Égypte, superstructures de caractère symbolique assurant la protection de tombes royales.

J.-Ph. L.

 I. E. S. Edwards, The Pyramids of Egypt (Baltimore, 1947, nouv. éd., Londres, 1963 ; trad. fr. les Pyramides d’Égypte, Libr. générale fr., 1967). / J. P. Lauer, Observations sur les pyramides (I. F. A. O., Le Caire, 1960) ; le Mystère des pyramides (Presses de la Cité, 1974). / R. O. Faulkner, The Ancient Egyptian Pyramid Texts (Oxford, 1969 ; 2 vol.).