Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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psychothérapie (suite)

Les dissidences de la psychanalyse

Élèves de Freud, Adler* et Jung* ont vite contesté l’essentiel de ses découvertes (en particulier sa conception de l’inconscient). Ils se sont donc écartés l’un et l’autre de la psychanalyse, élaborant, chacun de leur côté, des conceptions psychologiques différentes et des méthodes de psychothérapie qui, pour avoir gardé de la psychanalyse certains détails techniques, en sont cependant très éloignées.


Les nouvelles formes de psychothérapie

• L’analyse existentielle (ou Daseinsanalyse). Elle s’inspire de la phénoménologie en tant que courant philosophique et se désintéresse du côté « pathologique » du symptôme ; le thérapeute s’attache, par une analyse fine, à comprendre le vécu du patient — en tant qu’il est expérience humaine unique, non mesurable à une quelconque échelle de « normalité » — et à aider ledit patient à resituer cette expérience dans son contexte (familial, social, etc.).

• Le courant antipsychiatrique, anglais (D. Cooper et R. Laing). Il est à rapprocher de cette démarche.

• La psychothérapie d’expression libre. Le rôle du thérapeute est ici de stimuler les facultés imaginaires et créatives du patient, de l’aider, par le biais de techniques diverses (art-therapy par le dessin, la peinture, la poterie, l’expression corporelle, la musique, le théâtre, etc.), à exprimer ses fantasmes inconscients et, par là, à mieux les maîtriser.

La technique du rêve éveillé, de R. Desoille, a la même visée.

• La psychothérapie non directive de Hogers*. Ici, l’intervention du thérapeute est réduite au minimum : il se borne à souligner et à reformuler, comme en écho, certaines impressions que le patient lui communique sur son vécu du moment.

• Le psychodrame de Moreno. Il a pour but d’aider le sujet à se dégager des rôles appris, qui masquent sa vraie personnalité, et à retrouver, par le jeu, sa spontanéité.

Au sein d’un groupe, les patients sont invités à « mettre en scène », dans un but cathartique, les problèmes qui les préoccupent. Le thérapeute a un rôle d’animateur et de catalyseur pour l’expression des fantasmes de chacun.

• Autres techniques de groupe. Habituellement utilisées à d’autres fins (formation...), certaines autres techniques de groupe sont parfois employées dans un but thérapeutique (training-group ou T-group).

• La psychothérapie comportementale (behavior therapy). Se fondant sur des données de la psychologie expérimentale et de la théorie du conditionnement, elle vise à obtenir des patients l’abandon forcé de comportements jugés indésirables. Les méthodes utilisées ne peuvent que difficilement être qualifiées de psychothérapiques (cures de dégoût dans l’alcoolisme, les perversions sexuelles ; « désensibilisation » de phobiques...).

Ces diverses formes de psychothérapie, individuelles ou de groupe, sont à leur origine indépendantes des découvertes freudiennes.

En fait, la plupart en ont été ensuite marquées, donnant naissance à des formes hybrides (par exemple le psychodrame analytique).


La psychothérapie institutionnelle

Une place à part est faite à cette forme de psychothérapie hospitalière en raison de son abord « polydimensionnel » de la maladie mentale et de la multiplicité des techniques qu’elle intègre.

Parmi les courants qui l’ont inspirée, on peut citer : la psychiatrie humaniste (Hermann Simon) et la sociologie (Moreno, Lewin, etc.). En fait, ses références théoriques essentielles sont le marxisme et le freudisme, par la valeur particulière qu’ils accordent au travail et au langage. La psychothérapie institutionnelle exige la coopération réelle de techniciens divers et l’instauration d’un milieu vivant grâce à une grande variété d’activités médiatrices, gérées par les malades eux-mêmes (ergothérapie, clubs thérapeutiques, animation culturelle et sportive, etc.).

D’une façon analogue à ce qui se passe dans une cure analytique, le collectif soignant a pour tâche l’analyse du transfert et du contre-transfert dans l’institution, grâce à l’écoute attentive des événements symptomatiques de la vie quotidienne, dans les relations des malades entre eux ou avec les membres du personnel. Cette analyse permanente rend possibles des interventions psychothérapiques sur tel ou tel malade, en général médiatisées par le réseau complexe des réunions, des activités, des circuits d’échange.

La psychothérapie institutionnelle n’exclut aucune technique thérapeutique (chimiothérapie, cure de Sakel, électrochocs, psychanalyse individuelle ou de groupe, art-therapy, etc.), mais elle les intègre dans son champ.

Après avoir ainsi passé en revue les différentes formes de psychothérapie, on doit constater que, si elles s’adressent toutes, grosso modo, au même genre de troubles, elles diffèrent dans leur technique.

Pour définir au mieux telle ou telle forme de psychothérapie, il conviendrait de repérer pour chacune d’elles :
— le mode d’expression qui y est privilégié (la parole, l’expression corporelle, etc.) ;
— le mode d’intervention du thérapeute (directif ou non, médiatisé ou non...) ;
— la place qui y est faite à l’inconscient : est-il méconnu et indésirable (psychothérapie directive) ou bien encourage-t-on son « expression » (art-therapy), ou bien encore est-il le champ même de la recherche (psychanalyse, psychothérapie institutionnelle) ?

C’est par ce repérage que pourrait s’ordonner quelque peu la notion, au départ très floue, de psychothérapie.


Pratique actuelle de la psychothérapie


La psychanalyse

La formation des psychanalystes est relativement codifiée au sein d’« écoles de psychanalyse ». Le futur analyste — qui est souvent, mais non toujours, un médecin psychiatre — doit faire l’expérience par lui-même d’une cure type avant d’entreprendre l’analyse de patients, sous contrôle au début.

Il existe entre les différentes écoles des conflits théoriques qui portent sur les problèmes de la formation, les indications de l’analyse, le statut des analystes non médecins, etc.