Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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psychothérapie (suite)

L’hypnose, qui supprime la plupart des résistances, ne permet pas d’étudier celles-ci, donc de les vaincre. Freud lui préfère bientôt la technique de l’association libre ; il invite son patient à exprimer ses pensées telles qu’elles se présentent à lui, autant que possible sans réticence. L’écoutant avec une attention flottante, il s’attache alors à repérer, dans les failles du matériel verbal qui lui est ainsi présenté, l’existence d’un autre discours, témoin d’une activité mentale inconsciente.

Il découvre aussi que s’instaure, du fait de cette technique, une relation particulière : le patient tend à transférer sur la personne de son thérapeute des sentiments déjà vécus dans l’enfance, qui n’ont rien perdu de leur intensité et qui, justement, font problème. Freud, loin de refuser cette régression temporelle comme gênante, la considère comme très éclairante, et c’est du maniement, par des interprétations adéquates, de cette relation privilégiée que découlera l’efficacité possible de la cure.

Inconscient, conflit, refoulement, résistance, association libre, transfert : voilà quelques-uns ries outils conceptuels qu’apporte la psychanalyse et qui seront largement utilisés — ou contestés — par les diverses autres formes de psychothérapie.


L’apport de la sociologie et des techniques de groupe

Dès les débuts du xixe s., les psychiatres humanistes (Pinel, Esquirol...) avaient admis la possibilité de faire de l’établissement psychiatrique, de la vie collective qui s’y pratique un instrument de soins : des activités diverses (travail, distractions, etc.) avaient été proposées, visant à la réhabilitation morale, à la rééducation du malade.

Négligée après 1850, cette perspective est reprise par Hermann Simon au début du xxe s. Celui-ci insiste sur la valeur thérapeutique de l’activité et de la responsabilité (par rapport au préjugé d’irresponsabilité du malade mental et à la thérapeutique par le repos au lit forcé, qui avaient cours alors). Le travail, en tant que valeur socialement reconnue, peut avoir une fonction restructurante, à condition toutefois que les activités productives soient soigneusement adaptées à chaque cas pathologique.

Il convient de « soigner » le milieu hospitalier lui-même, afin que celui-ci ne soit pas une cause d’oppression supplémentaire pour le malade, mais au contraire un facteur de désaliénation. Réunions, formation du personnel sont les instruments de cette analyse permanente.

Enfin, ce qui se passe d’un point de vue psychologique dans les divers groupes humains a été largement étudié (sociométrie* par Moreno, dynamique de groupe* avec Lewin*, W. R. Bion, H. S. Sullivan, etc.).

De nombreuses applications psychothérapiques sont issues de ces recherches.


Les diverses formes de psychothérapie


Les techniques préanalytiques et leurs dérivés

Elles n’ont pas complètement disparu et on retrouve l’esprit de la psychothérapie morale et de la suggestion hypnotique dans certaines formes de psychothérapie.

• L’influence de la psychothérapie morale se rencontre dans les différentes modalités d’aide psychologique qui mettent l’accent sur la nécessité d’une conduite rationnelle vis-à-vis des problèmes : information, conseils (éducatifs, conjugaux, etc.), rééducation de la volonté, certaines « psychothérapies de soutien ».

• Si l’hypnose ne se pratique plus guère, la suggestion directe est souvent employée dans les psychothérapies de soutien. La narcoanalyse, elle, a les mêmes effets que l’hypnose : levée des résistances sous l’action d’un narcotique léger, facilitation de l’expression des conflits et des souvenirs traumatiques. Elle en a aussi les limites. Quant au training autogène de J. H. Schultz, il permet au malade lui-même, par un entraînement approprié, d’atteindre un état de relaxation corporelle voisin de l’hypnose, qui peut ensuite être utilisé de la même manière par le thérapeute pour induire par suggestion la disparition de certains symptômes.


La psychanalyse

• La cure type. Telle qu’elle fut mise au point par Freud, elle est largement utilisée. Elle s’adresse, en général, a des adultes névrosés qui, au-delà d’une amélioration de leurs symptômes, désirent acquérir une meilleure connaissance d’eux-mêmes et de leurs possibilités. Elle se pratique à raison de deux à quatre séances par semaine, d’une durée de 30 minutes en moyenne. L’analyste ne dispose que du matériel verbal que, par le jeu des associations libres, lui fournit son patient, allongé sur un divan.

Il intervient peu, se bornant à guider la démarche analytique du patient par les quelques points de repère et interprétations qui lui paraissent nécessaires.

Une telle cure est longue — plusieurs années — et, dans les conditions actuelles, coûteuse, ce qui en restreint les indications.

Il existe divers courants au sein de la psychanalyse, qui, tout en se référant à l’œuvre de Freud, la comprennent différemment. Il s’ensuit des différends théoriques non négligeables.

• Les psychothérapies d’inspiration analytique. Les difficultés pratiques d’utilisation de la cure type ont amené les analystes à inventer des variantes techniques adaptées à certains cas particuliers.

On peut citer :
— des psychothérapies de face à face, cette position étant en général moins anxiogène pour le patient que la position allongée ;
— des séances plus espacées ;
— des cures plus courtes, où l’amélioration symptomatique est le seul but escompté ;
— les psychothérapies d’enfant, qui imposent, d’une part, d’avoir des entretiens — plus ou moins approfondis — avec les parents, d’autre part de se servir, comme matériel d’analyse, d’autres médiations que celles du langage (expression par le dessin, le modelage, le jeu, etc.) ;
— les psychothérapies des psychoses, qui demandent une approche assez différente, souvent médiatisée par une technique (modelage, par exemple) ;
— les psychothérapies analytiques de groupe, où l’analyste se trouve confronté à un groupe de plusieurs patients névrosés ; de nombreuses variantes sont possibles ; le psychodrame analytique en est une.