Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

psychose (suite)

Traitement

Le traitement, dont les progrès immenses se sont affirmés durant les deux dernières décennies, utilise de manière conjuguée toutes sortes de moyens : les chimiothérapies (neuroleptiques, antidépresseurs, sels de lithium), l’électrochoc (qui malgré son ancienneté n’a rien perdu de sa valeur dans les psychoses aiguës), l’insulinothérapie (réservée aujourd’hui à quelques cas bien particuliers), les psychothérapies, très différentes dans leur type et leurs modalités d’application selon les malades, les méthodes de déconditionnement. L’hospitalisation est presque toujours indispensable avec, au début, une période d’isolement, souvent bénéfique pour les malades. L’essentiel réside dans la resocialisation du malade psychotique grâce aux hôpitaux de jour ou de nuit, aux foyers de postcure, aux ateliers protégés, aux centres d’apprentissage spécialisés, aux établissements dans lesquels une psychothérapie au long cours peut être menée dans le cadre d’activités collectives (possibilités pour les étudiants de continuer leurs études sous contrôle médical permanent ou, pour les travailleurs manuels, de se perfectionner ou de s’orienter différemment).


Psychoses collectives

Ce sont des troubles mentaux atteignant un ensemble de personnes unies par des liens plus ou moins serrés de lieu, d’époque, de conditions ou d’intérêts communs. La « folie à deux » en est la forme la plus simple et la plus répandue. Il s’agit, par exemple, de convictions délirantes à thème de persécution que partagent deux époux, une mère et son fils, un frère et une sœur, deux amis, etc. Il existe des délires familiaux à trois ou quatre personnes ou plus. Hypnotiseurs, magnétiseurs, spirites, astrologues et certains idéalistes fanatiques peuvent faire délirer malades et malheureux, psychopathes et faibles d’esprit par des affirmations extraordinaires et des promesses mirifiques. Quant aux psychoses de foule, qui touchent davantage à la sociologie, à l’ethnologie, à la politique, on en distingue les formes passagères (hallucinations collectives, panique et hystérie collectives, excitation délirante ou agressive, lynchages, massacres raciaux) et les formes prolongées (mouvements généralement plus graves encore, philosophiques, politiques, mystiques aberrants).

La foule est impulsive, mobile, irritable, menée plus par un état affectif ou passionnel que par le raisonnement ou l’intelligence. Suggestible ou crédule, sensible à toute excitation extérieure, elle pense en images, sans critique momentanée suffisante. Ses sentiments tendent à se simplifier et à s’exagérer. Elle ne connaît ni le doute ni l’incertitude, mais se laisse dominer par l’autorité forte. L’affirmation, la répétition, la contagion sont les moyens les plus efficaces des meneurs. L’identification au chef, considéré symboliquement comme un père, la libération des instincts agressifs (les foules sont souvent unies par la haine ou l’amour) ne suffisent pas toujours à expliquer les psychoses collectives dont l’histoire est pourtant si riche.

G. R.

 E. Kraepelin, Psychiatrie. Ein Lehrbuch für Studierende und Ärtze (Leipzig, 1833, nouv. éd. en 4 vol., 1927 ; trad. fr. partielle Leçons cliniques sur la démence précoce et la psychose maniaco-dépressive, Privat, Toulouse, 1970). / H. Baruk, Psychoses et névroses (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1946 ; 11e éd., 1973). / H. Ey, Études psychiatriques, t. III : Structure des psychoses aiguës et déstructuration de la conscience (Desclée de Brouwer, 1954). D. W. Woolley, The Biochemical Bases of Psychoses or the Serstonin Hypothesis about Mental Diseases (New York, 1962). / P. Demoulin, Névrose et psychose. Essai de psycho-pathologie phénoménologique (Nauwelaerts, Louvain, 1967). / G. Heuyer, Psychoses collectives et suicides collectifs (P. U. F., 1973). / C. Chiland et P. Bequart, Traitements au long cours des états psychotiques (Privat, Toulouse, 1974).


Psychose et névrose du point de vue psychanalytique


Histoire des idées sur la névrose et la psychose

C’est au xixe s. que le terme de psychose apparaît, se substituant dans l’histoire de la folie* à la malédiction religieuse ou à la condamnation sociale attachée à la maladie mentale. La psychanalyse a profondément modifié les conceptions de la psychose et de la névrose, et sans doute plus encore la ligne de partage entre les deux.

Initialement, c’est dans la théorie des névroses que Freud* cherche l’appui scientifique pour le champ qu’il veut établir : c’est l’hystérie* qui met Freud en contact avec l’origine sexuelle des troubles mentaux, et c’est autour d’elle que vont graviter ses premiers travaux. Ayant constaté, au spectacle des thérapeutiques de J. M. Charcot, la place aveuglante de la « chose génitale », il élabore, pendant toutes les années de sa longue correspondance avec Wilhelm Fliess, une étiologie des névroses en rapport avec l’affect, par exemple lorsqu’il distingue trois mécanismes d’édification de la névrose : la conversion des affecta (hystérie), le déplacement de l’affect (obsessions) et la transformation de l’affect (névrose d’angoisse, mélancolie) [lettre à Wilhelm Fliess, 25 mai 1894]. Dès 1895 il s’intéresse à la paranoïa, la confusion hallucinatoire, et à la psychose hystérique... Son but n’est pas tant de classer — l’histoire des topiques successives démontre bien que Freud savait abandonner une classification périmée — que de partager entre deux structures différentes le terrain de la causalité sexuelle (du côté des névroses) et le terrain du conflit psychique (psychonévrose de défense). Il reste, pour l’ensemble, que les définitions de Freud s’éloignent peu des classifications cliniques et retrouvent les grandes distinctions entre deux modalités de perturbation : la névrose, trouble mineur, viable en société, avec des moments graves, mais sans perte de réalité ; la psychose, trouble grave, demandant l’enfermement quand il devient insupportable au groupe où il se déroule.