Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Prusse (suite)

 H. C. L. von Sybel, Die Begründung des deutschen Reiches durch Wilhelm I (Munich et Leipzig, 1889-1874 ; 7 vol.). / G. Ritter, Stein, eine politische Biographie (Berlin, 1931, 2 vol. ; nouv. éd., Stuttgart, 1958). / J. Droz, le Libéralisme rhénan (Nouv. Éd. latines, 1945) ; les Révolutions allemandes de 1848 (P. U. F., 1957). / H. Brunschwig, la Crise de l’État prussien à la fin du xviiie siècle et la genèse de la mentalité romantique (P. U. F., 1947) ; Société et romantisme en Prusse au xviiie siècle (Flammarion, 1973). / E. N. Anderson, The Social and Political Conflict in Prussia, 1858-1864 (Lincoln, 1954 ; nouv. éd., New York, 1968). / W. Hubatsch, Hohenzollern in der deutschen Geschichte (Francfort, 1961). / H. Haussherr, Hardenberg, eine politische Biographie (Cologne, 1963-1965 ; 3 vol.). / R. Dietrich (sous la dir. de), Preussen. Epochen und Probleme seiner Geschichte (Berlin, 1964). / C. Hinrichs, Preussen als historiches Problem (Berlin, 1964) ; Preussentum und Pietismus (Göttingen, 1971). / R. Koselleck, Preussen zwischen Reform und Revolution (Stuttgart, 1967). / G. Vogler et K. Vetter, Preussen (Berlin, 1970). / E. Opgenoorsh, F. Wilhelm, der grosse Kurfürst (Göttingen, 1971). / R. Odam, Preussen (Bonn, 1972).


L’armée prussienne

Sa naissance traduit au xviie s. la volonté des Hohenzollern* de protéger et de réunir en un État unique leurs possessions dispersées à travers l’Allemagne, du Rhin à la Vistule. Son fondateur est le Grand Électeur Frédéric-Guillaume, qui crée de toutes pièces une armée dont il fait un instrument d’unification intérieure et d’affirmation à l’extérieur de la puissance montante de la Prusse : l’armée prussienne s’illustre notamment lors de son éclatante victoire de Fehrbellin sur les Suédois en 1675. Forte de 30 000 hommes, elle est, au moment de la mort du Grand Électeur, supérieure à celle de tous les autres princes allemands.

Soldat dans l’âme, le Roi-Sergent Frédéric-Guillaume Ier pose le principe de l’armée nationale (« Tous les habitants du pays sont nés pour les armes ») en décidant, en 1733, que chaque Kreis fournirait à l’armée un certain nombre de recrues. Héritant, en 1740, d’une force de 83 000 hommes, son fils Frédéric II va lui donner une doctrine qui, liant intimement la stratégie à la politique, unira en une même volonté et en une même discipline d’esprit une lignée d’hommes d’État et de généraux qui, tels Clausewitz*, Bismarck*, Moltke* et Alfred von Schlieffen (1833-1913), se référeront constamment à son exemple. Mais, alors que le prestige de son chef en a fait la première d’Europe, l’armée prussienne tombe, après la mort de Frédéric II, en une décadence que sanctionnera en 1806 son effondrement à Iéna et à Auerstedt.

Ces désastres seront pourtant l’origine d’un prodigieux renouveau. Dès 1807, un groupe d’officiers animé par Gerhard von Scharnhorst (1755-1813) prépare la résurrection de l’armée et la revanche. En 1808 sont créés le ministère de la Guerre et le grand état-major. Le système de recrutement est entièrement renouvelé : chaque soldat de l’armée, dont Napoléon a limité l’effectif à 42 000 hommes, ne reste sous les drapeaux que le temps de son instruction et est aussitôt remplacé. Sous la direction de Hermann von Boyen (1771-1848) et de August Neidhardt von Gneisenau (1760-1831), l’armée prussienne jouera un grand rôle dans la guerre de « libération » de 1813-14.

Après 1815, les brigades sont remplacées par des corps d’armée territoriaux mobilisés par amalgamme aux unités d’active de régiments de réserve (Landwehr). Mais le progrès le plus décisif se situe dans le domaine du commandement. Pour concrétiser, suivant le vœu de Scharnhorst, l’unité entre le peuple, l’État et l’armée, le corps des officiers est ouvert largement à la bourgeoisie. Un renouveau de la pensée militaire s’affirme d’autre part avec l’Académie de guerre et Clausewitz, dont le célèbre ouvrage De la guerre (Vom Kriege) sait intégrer à l’héritage frédéricien les leçons des campagnes napoléoniennes. Cette formation du commandement s’incarnera dans le grand état-major, qui jouera jusqu’en 1945 un rôle déterminant dans l’histoire de l’Allemagne.

Assurant à l’armée une unité de direction et de pensée faite de modestie autant que de rigueur, Moltke, qui est son chef durant trente ans (1858-1888), se montre pour Bismarck un collaborateur d’une rare qualité durant cette période cruciale où la guerre et la diplomatie se relaient pour faire de l’État prussien le fédérateur de l’Allemagne. En moins de dix ans, Moltke transforme l’armée prussienne en un instrument de combat moderne de 350 000 hommes, dont l’armement est renouvelé (fusil Dreyse, canon rayé Krupp) et qui saura, la première, utiliser les chemins de fer. La valeur de cette armée s’impose en 1866 aux Autrichiens à Sadowa, puis, grâce à l’habileté de Bismarck et de Moltke, aux États allemands qu’elle vient de combattre et qui, dès 1867, s’engagent secrètement aux côtés de la Prusse. L’appoint de trois corps d’armée (un saxon et deux bavarois) et de trois divisions (hessoise, wurtembergeoise et badoise) que ces États apporteront à Moltke sera décisif tant sur le plan politique que sur le plan militaire dans la guerre franco-allemande* de 1870-71. Celle-ci consacrera la prééminence incontestée du commandement prussien, dont la victoire permettra la restauration, au profit du roi de Prusse, du Reich allemand et la création, par le grand état-major, d’une armée qui prendra cette fois le nom d’armée allemande.

P. D. et H. de N.

➙ Clausewitz / Frédéric II / Moltke.

psaume protestant

Paraphrase en langue vernaculaire des psaumes de David, accompagnée des mélodies destinées à en permettre le chant par l’assemblée au cours du culte des Églises issues de la Réforme.



La situation historique

Si le choral est l’apanage de la musique protestante en langue allemande, le psaume est la forme de prédilection de la musique protestante de langue française. Vers 1519, les idées de Martin Luther* sont connues en France. Jean Calvin* (1509-1564) collabore en 1533 au discours du recteur Nicolas Cop, favorable aux thèses du réformateur allemand. Chassé de Paris, il se rend à Genève ; expulsé de la cité helvétique, il séjourne à Strasbourg entre 1538 et 1541. Il y rencontre des humanistes, des réformateurs, notamment Martin Bucer* et W. Capiton (1478-1541), et des musiciens comme Mathias Greiter, Wolfgang Dachstein († 1553), W. Musculus... Rappelé en Suisse, il se souviendra de la liturgie strasbourgeoise (allemande et française). Le premier psautier huguenot paraît en 1539 dans la capitale alsacienne : la partie littéraire s’élabore jusqu’en 1562 ; pour la partie musicale, les principaux jalons se situent en 1564-65, en 1580 et dans les premières années du xviie s. La France connaît une série de luttes religieuses (environ du 24 août au 3 octobre 1572) aboutissant au massacre de la Saint-Barthélemy, qui coûta la vie, entre autres, à l’amiral Gaspard de Coligny et au musicien Claude Goudimel (à Lyon). L’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598, accorde aux protestants l’exercice du culte réformé. À cette date, le psautier est déjà entièrement paraphrasé et mis en musique. Appliqué de façon de plus en plus restrictive sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, l’édit de Nantes sera révoqué par ce dernier en 1685. L’essor du psaume huguenot dans les pays de langue française (France, Suisse, Alsace) est donc sérieusement compromis en raison de la situation historique spécifique. Mais les musiciens du xxe s. sauront revaloriser l’héritage hymnologique issu de la Réforme.