Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Prusse (suite)

Cependant, grâce à une pléiade d’hommes de qualité prussiens, rhénans ou saxons, ou même étrangers, tels le baron Karl vom Stein (1757-1831) ou Karl August von Hardenberg (1750-1822), la Prusse se reconstruit. Un régime véritablement moderne est mis en place, le servage est abrogé grâce à Stein, et l’Administration est transformée par imitation du système français. On fonde une université à Berlin. Scharnhorst, Gneisenau et Clausewitz* reconstituent l’armée, qui participe à la libération de l’Allemagne du joug napoléonien. Aussi, en 1815, au Congrès de Vienne, si la Prusse perd la Mazovie (la région de Varsovie qui faisait partie du grand-duché de Varsovie, créé par Napoléon en 1807, est réunie à la Russie), en échange, elle annexe la Saxe du Nord, la Westphalie et les territoires rhénans au-delà de la Moselle, soit près de 300 000 km2. Par contre, sous la pression de Metternich*, le gouvernement prussien rejette toute politique libérale ; mais l’État va favoriser la prussianisation des provinces polonaises de Pomérélie, de Posnanie et de Haute-Silésie, le développement de l’armée, la réorganisation de l’Administration et surtout la création d’une union douanière, le Zollverein, qui intègre dans l’espace économique de la Prusse la majeure partie des États allemands. La Prusse demeure coupée en deux, mais cette séparation a, dès lors, beaucoup moins d’importance. Sans doute, l’unité ne peut se faire en 1848, mais elle sera réussie en 1871.

Les mouvements révolutionnaires s’étendent à la Prusse comme à l’ensemble des Allemagnes. Sous la pression populaire, le roi a nommé un gouvernement libéral et convoqué une Constituante. Mais, après l’échec des mouvements révolutionnaires du printemps et de l’été, Frédéric-Guillaume IV (1840-1861) accepte le 5 décembre 1848 une Constitution relativement libérale. Toutefois, les assemblées sont dissoutes rapidement, et, en 1850, une nouvelle Constitution est mise en place, qui établit la domination des classes dirigeantes, puisque le système électoral de la Chambre basse avantage considérablement les électeurs riches. En 1849, le roi de Prusse refuse la couronne de la petite Allemagne que l’Assemblée de Francfort lui proposait. Il essaye, toutefois, de négocier avec les autres princes allemands sa reconnaissance comme empereur ; c’est un échec : la Prusse se résigne à une union restreinte, à laquelle l’Autriche, en novembre 1850, l’oblige à renoncer (reculade d’Olmütz). En 1858, le prince Guillaume devient régent du royaume avant de devenir roi en 1861. Presque aussitôt après, le souverain fait appel à Bismarck*, qu’il nomme ministre président. Aussitôt, le roi et son gouvernement font adopter un budget militaire que les Chambres avaient refusé. Bismarck impose sa politique et ses méthodes autoritaires. Il proclame que l’unité allemande se fera par le fer et par le sang. La Prusse intervient alors dans l’affaire des duchés de Slesvig et de Holstein, qui sont partagés en 1865 (Convention de Gastein) entre la Prusse et l’Autriche. Cela occasionne un conflit entre les deux puissances allemandes en juin 1866. La guerre éclate, mais, en moins de quinze jours, la Prusse l’emporte, décimant l’armée hanovrienne, occupant la Saxe et l’Allemagne centrale. Le 3 juillet, l’armée prussienne bat les Autrichiens à Sadowa. Le traité de Prague marque la prépondérance prussienne en Allemagne, d’autant que les trois États (Hanovre, Hesse et duché de Nassau) qui séparaient la partie occidentale de la partie orientale de la Prusse sont annexés au royaume de Prusse, auquel seront rattachés un peu plus tard les duchés de Slesvig et de Holstein. La population prussienne soutient la politique de Bismarck lors des élections qui suivent la victoire. Cent sièges passent des libéraux, hostiles à Bismarck, aux conservateurs, dont celui-ci est le chef. L’efficacité du gouvernement est louée par tous, et la bourgeoisie se rallie à la politique bismarckienne. Même les Rhénans, jusque-là hostiles et réticents, acceptent du plus profond d’eux-mêmes l’unité avec la Prusse. De plus, le groupe parlementaire libéral prend alors le nom de parti national libéral et devient le plus ferme appui de Bismarck. Celui-ci constitue en 1867 la confédération de l’Allemagne du Nord et cherche à l’élargir aux États du Sud, mais ceux-ci hésitent, et il faudra la guerre de 1870-71 avec la France pour que les États situés au sud du Main (Hesse-Darmstadt [en partie], Bade, Wurtemberg et Bavière) constituent, avec la Confédération de l’Allemagne du Nord, un empire allemand, fondé le 18 janvier 1871 à Versailles et à la tête duquel se trouve le roi de Prusse.

Dès lors, l’histoire de la Prusse se confond avec celle de l’Empire, que celle-ci domine largement, possédant près des deux tiers de la population du Reich et les centres industriels les plus importants : Ruhr, Silésie et Sarre. La Prusse est le moteur de la germanisation dans les provinces polonaises comme dans le Reichsland d’Alsace-Lorraine, et, à l’intérieur du Reich, les junkers, les hobereaux prussiens, alliés à la bourgeoisie industrielle et intellectuelle, jouent incontestablement un rôle déterminant. Pourtant, avec le national-socialisme, le poids de la Prusse diminue partiellement, dans la mesure où le parti a plus de difficultés à surmonter l’opposition d’une classe dirigeante favorable au nationalisme hitlérien, mais hostile aux principes et à l’éthique des nationaux-socialistes, qui tendent, d’ailleurs, à la déposséder de sa puissance. En 1934 lorsque les divers États membres du Reich sont réduits au rôle de districts administratifs, la Prusse disparaît officiellement, et le territoire prussien sera, après la Seconde Guerre mondiale, partagé entre les quatre zones d’occupation, sans compter les territoires annexés par l’Union soviétique (Königsberg devient Kaliningrad) et par la Pologne. Il est très symptomatique que, lorsque des Länder sont constitués en zone orientale, aucun ne porte le nom de la Prusse ; subsiste alors seulement le Land de Brandebourg, qui, aujourd’hui, n’existe plus. Il n’y a même plus de district de ce nom.

F.-G. D.

➙ Allemagne / Berlin / Bismarck / Brandebourg / Frédéric II / Hohenzollern / Pologne / Saint Empire romain germanique.