Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Prud’hon (Pierre Prudon, dit Pierre Paul)

Peintre français (Cluny 1758 - Paris 1823).


D’origine modeste (dixième enfant d’un maçon), on s’intéresse à lui, en particulier les moines de Cluny, et c’est en voyant les tableaux qui ornent le couvent qu’il prend goût au dessin. L’évêque de Mâcon le remarque et l’envoie à l’académie de Dijon, dirigée par le peintre François Devosge (1732-1811), sous la protection de qui il progresse et à qui il vouera toujours une grande affection. À dix-neuf ans, ne voulant pas se dérober à une « réparation », Prud’hon contracte un mariage qui perturbera son existence entière.

En 1780, il vient à Paris, recommandé au graveur Jean Georges Wille (1715-1808), et entre à l’école de l’Académie ; il donne alors des dessins nettement influencés par Boucher. Mais, comme tant d’artistes, il désire connaître l’Italie. L’espoir d’un prix ne lui étant guère permis à Paris, il prend part en 1784 au concours quadriennal fondé par les états de Bourgogne. Il en remporte le prix, un séjour à Rome, et il étudiera là-bas avec ivresse, à partir de 1785, Raphaël, Andrea del Sarto et, dans la mesure où il pourra se déplacer en Italie, Léonard de Vinci et surtout le Corrège*, dont la manière le fascine (on l’appellera « le Corrège français »).

Il exécute pour les états de Bourgogne une copie interprétée du célèbre plafond de Pierre de Cortone au palais Barberini (musée de Dijon). Il se lie avec Canova* et se familiarise avec l’antique en sa compagnie, tout en rejetant l’intellectualisme néo-classique.

De retour à Paris en 1789, il demeure pauvre, inconnu ; les économies qu’il a réalisées à Rome ont vite fondu entre les doigts mal ordonnés de Mme Prud’hon. Il est réduit à composer des vignettes, des en-têtes de lettres, des adresses pour les commerçants... Il exécute pourtant quelques portraits, des illustrations et décore le salon du comte de Harlay, qui lui commande des portraits à la plume. Ce pourrait être la chance, mais le noble personnage le paie fort mal. Quelques-uns de ces dessins, reproduits et gravés, font un peu connaître le peintre.

1794 : la misère est grande, et Prud’hon se réfugie en Franche-Comté. De retour à Paris en 1796, son dessin la Vérité descendant des deux, conduite par la Sagesse lui procure en 1798 un prix d’encouragement et la commande d’une peinture de plafond sur le même sujet, qui sera placée au palais de Saint-Cloud (auj. au musée du Louvre). L’artiste décore ensuite l’hôtel d’un fournisseur aux armées du nom de Lanois (la Richesse accumulant autour d’elle toutes les jouissances).

Après des déboires causés par la jalousie de confrères et la vie infernale que lui fait mener sa femme, le sort tourne enfin : en 1801, Prud’hon peint une Allégorie à la Paix qui lui vaut la faveur de Bonaparte ; Joséphine lui commande son portrait. En 1808, il expose au Salon son œuvre la plus connue, la Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (Louvre) ; plus tard, professeur de dessin de Marie-Louise, il peint un important plafond pour l’une des salles des Antiquités du Louvre (Diane implorant Jupiter).

La Restauration le prive de ses charges, mais sa gloire n’est pas moins acquise. Talleyrand lui passe des commandes. C’est vraisemblablement grâce à lui que Prud’hon peint l’Assomption pour la chapelle des Tuileries (Louvre). Il est nommé membre de l’Institut malgré Gros* et le baron Gérard, qui ne l’aiment pas. L’une de ses dernières œuvres, un Christ (Louvre), est peinte en 1822.

La fin de sa vie fut assombrie. Séparé de sa femme en 1803, Prud’hon vivait en harmonie avec l’une de ses élèves, Constance Mayer. La tendresse et la mélancolie préromantique qui imprègnent son œuvre ne faisaient qu’un avec la vie même de l’artiste vieillissant. Mais Constance, devenue folle, se suicida en 1821, et Prud’hon en mourut de lassitude et de chagrin.

Il ne subit jamais l’influence de David* — qui le reconnaissait, mais en termes dédaigneux —, étant imprégné surtout de la Renaissance et du xviiie s. Le Louvre conserve vingt-trois peintures de lui. Au musée Condé de Chantilly figure une collection de ses célèbres dessins au fusain et à la craie sur papier gris-bleu, qui expriment dans une manière à la fois nerveuse et ouatée la suavité un peu distante de son art.

M. B.

 J. Guiffrey, l’Œuvre de Pierre-Paul Prud’hon (A. Colin, 1924). / M. Régamey, Prud’hon (Rieder, 1929). / G. Grappe, P.-P. Prudh’on (A. Michel, 1958).

prurit

Sensation poussant à se gratter, démangeaison.


Le prurit, d’observation courante, peut être minime, intense, voire intolérable. De causes très variées, il pose souvent un problème étiologique difficile. Il est le signe majeur des prurigos (v. dermatoses), mais innombrables sont les affections cutanées prurigineuses : eczéma, lichen, urticaire, maladies de Dühring, de Fox Fordyce, mycosis fongoïde.


Prurit généralisé

Le prurit généralisé de cause externe peut être parasitaire (gale, phtiriase), dû au froid (prurit d’hiver) ou à la chaleur (miliaires, prurits professionnels « a calore »), ou encore provoqué par des erreurs de soins hygiéniques (malpropreté ou excès de bains et de savonnages).

Les causes internes sont nombreuses : parasitaires (helminthiase, échninococcose), alimentaires (conserves, thé, café, alcool), médicamenteuses (bromures, barbituriques, alcaloïdes), gastro-intestinales, endocriniennes, sanguines (leucémie myéloïdes, maladies de Hodgkin ou de Vaquez), nerveuses (tabès, anxiété, nervosisme).

Le prurit sénile est plus fréquent chez l’homme que chez la femme.


Prurit localisé

Les prurits régionaux atteignent le cuir chevelu (pédiculose, pityriasis capitis), la nuque (surtout chez la femme), les oreilles (clips, lunettes), les paupières (rimel, fards, vernis à ongles), les lèvres (rouge, dentifrices), la paume des mains (dyshidrose, dermites ménagères ou professionnelles), les jambes (épilation à la cire, bas de Nylon), les pieds (épidermomycoses, Nylon), l’anus, surtout chez l’homme (diabète, intoxications, oxyures, hémorroïdes, déséquilibre neurovégétatif).

Les prurits génitaux, isolés ou associés au prurit anal, sont d’une grande fréquence. Leur persistance est en rapport avec le déséquilibre nerveux des malades.

Le prurit balano-préputial de la verge peut être dû au diabète, à un lichen discret, au savon de toilette, aux préservatifs, au produit gynécologique de la conjointe.

Le prurit scrotal et périnéal est dû à un caleçon ou à un slip trop serré, de laine colorée ou de Nylon. Le prurit vulvaire a une origine locale, de voisinage ou générale et peut être conditionné par la phtiriase inguinale (morpion), la leucorrhée, les trichomonas, l’intertrigo, les produits gynécologiques, l’hypofolliculinie, la ménopause, les chocs émotifs.