Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Provinces-Unies (suite)

La vie politique

Fédérale et libérale dans son esprit, la constitution des Provinces-Unies sécrète à la fois deux régimes politiques différents, s’exprimant par le canal de deux partis bientôt hostiles l’un à l’autre. Le premier est celui d’une république bourgeoise, marchande, pacifique et tolérante, défendant les intérêts des grands commerçants, des banquiers ainsi que des manufacturiers zélandais et surtout hollandais, et acceptant de donner du protestantisme une interprétation très large : celle de Jacobus Arminius (1560-1609). Son porte-parole est naturellement le grand pensionnaire de Hollande : Johan Van Oldenbarnevelt (de 1586 à 1618), Jean de Witt (de 1653 à 1672), Anthonie Heinsius (de 1689 à 1720).

Le second est celui d’une quasi-monarchie temporairement réalisée par le stathoudérat héréditaire, acquis dans plusieurs provinces notamment en Zélande et en Hollande, par les descendants de Guillaume Ier* le Taciturne, qui monopolisent également à leur profit les fonctions de capitaine général et d’amiral général. S’appuyant sur la noblesse, sur le petit peuple des villes et des campagnes des provinces orientales, sur les marins zélandais, disposant de la force armée, défendant les thèses d’un calvinisme strict — celui de François Gomar (1563-1641), le parti orangiste est animé tour à tour par les stathouders sous Maurice de Nassau (de 1584 à 1625), Frédéric-Henri (de 1625 à 1647), Guillaume II* (de 1647 à 1650) et Guillaume III* (de 1672 à 1702).

Le parti orangiste cède d’abord au parti républicain, qui impose la trêve de Douze Ans en 1609 avec l’Espagne. Mais il reprend le contrôle de l’État à la suite du synode de Dordrecht (1618-19) et de l’exécution pour arminianisme de Johan Van Oldenbarnevelt en 1619. À la faveur de la guerre de Trente Ans, Maurice de Nassau et ses deux premiers successeurs renforcent encore le pouvoir stathoudéral. Cependant, le rétablissement de la paix en 1648 et la décision des États de Hollande de supprimer la charge de capitaine général et d’amiral général incitent Guillaume II à tenter un coup d’État le 30 juillet 1650 dans le dessein d’instaurer une monarchie héréditaire à son profit. Guillaume II échoue devant Amsterdam et meurt le 6 novembre, huit jours avant la naissance de son fils Guillaume III. Dépourvu de chef, le parti orangiste doit accepter la décision d’une assemblée générale des états des sept provinces réunie à l’instigation des états de Hollande. Les charges de capitaine général et de stathouder de cinq provinces, détenues jusque-là par Guillaume II, ne sont pas pourvues de nouveaux titulaires ; chaque province est déclarée souveraine. Dès lors, le grand pensionnaire Jean de Witt a toute liberté pour imposer aux Provinces-Unies l’hégémonie de la Hollande, dont les états votent l’exclusion de la maison d’Orange du stathoudérat de la province en 1654 et décident l’abolition de la charge, en 1667. En 1670, l’Acte d’harmonie interdit même le cumul des charges de capitaine général et de stathouder dans les six autres provinces.

À l’extérieur, malgré les succès remportés sur mer par Cornelis et Maarten Tromp, Michiel A. de Ruyter et Cornelis de Witt, les Néerlandais ne peuvent imposer l’abolition des Actes de navigation au terme des deux premières guerres anglo-hollandaises (1652-1654 et 1665-1667). Plus heureux contre les Danois, ils réussissent à forcer le passage du Sund en 1645. Mais, après l’alliance temporaire de 1662, c’est essentiellement contre la France qu’ils dirigent leurs coups, constituant dans ce dessein, avec l’Angleterre et la Suède, la Triple Alliance de 1668, qui leur permet d’entretenir contre la France une guerre de tarifs douaniers, puis une guerre réelle, « la guerre de Hollande » (1672-1678). L’ouverture des hostilités en 1672, l’abolition de toutes les mesures prises entre 1651 et 1670 contre la maison d’Orange, l’assassinat, le 20 août 1672, des frères Jean et Cornelis de Witt, jugés responsables de la victorieuse invasion française, qui ne peut être jugulée que par l’inondation volontaire des polders, tous ces faits consacrent le retour au pouvoir du parti orangiste, dont le triomphe est apparemment consolidé par l’avènement de Guillaume III au trône d’Angleterre en 1689. En fait, celui-ci doit céder la réalité du pouvoir aux Provinces-Unies au grand pensionnaire Heinsius, qui entraîne dès lors son pays dans une série de guerres contre la France afin de se prémunir contre une invasion analogue à celle de 1672. Dans ce dessein, en 1697, par le traité de Ryswick, il contraint les Espagnols à accepter la présence des troupes néerlandaises dans les places de la « Barrière », qui contrôlent toute la frontière française du Nord. Les traités anglo-hollandais de 1709 et de 1713 ainsi que le traité austro-hollandais de 1715 confirment ce droit des Provinces-Unies.

À la mort de Guillaume III en 1702, les Provinces-Unies n’ont d’ailleurs pas nommé de nouveaux stathouders malgré la volonté du défunt, qui a désigné pour lui succéder son cousin Jean-Guillaume Friso († 1711), déjà stathouder de Frise et de Groningue.

Prolongée jusqu’en 1747, cette situation est d’autant plus facilement acceptée par les orangistes que le grand pensionnaire Heinsius s’avère d’abord le continuateur de la politique de Guillaume III, dont il a été le collaborateur.

En fait, épuisées par la guerre de la Succession d’Espagne, les Provinces-Unies ne sont plus qu’une petite puissance de moins de 2 millions d’habitants, vivant dans la dépendance de la Grande-Bretagne, qui les a empêchées d’annexer les Pays-Bas espagnols et qui les incite à adhérer à la Quadruple Alliance, organisée contre l’Espagne en 1718. Épargnées par la guerre, elles ne restaurent le stathoudérat, déclaré alors héréditaire, qu’en 1747, lorsque leur participation désastreuse à la guerre de la Succession d’Autriche entraîne de nouveau l’invasion de leur territoire par les Français, qui s’emparent de Bergen op Zoom. Les bénéficiaires en sont le fils de Jean-Guillaume Friso, Guillaume IV, prince d’Orange (stathouder de 1747 à 1751), bien secondé par Willem Bentinck, puis son fils Guillaume V (de 1751 à 1806). La longue minorité de ce dernier (1751-1766), sa faiblesse envers sa femme, Wilhelmine de Prusse, provoquent la formation du tiers parti républicain des patriotes, hostile aux abus de l’oligarchie marchande, mais encore plus au stathouder, dont ils redoutent les aspirations monarchiques. Inspiré par les doctrines philosophique et politique du Siècle des lumières, que la France diffuse dans toute l’Europe, ce parti se heurte à celui des Amis du prince, qui regroupe les orangistes et les calvinistes intransigeants.