Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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provençale (littérature) (suite)

Le félibrige est remonté, oserait-on dire, jusqu’à ses sources provençales en Limousin, où, très tôt, lui a été acquis l’abbé Joseph Roux (1834-1905), prompt à édifier dans sa Chanson lemouzina un « panthéon », à peine un peu cartonneux, des gloires de sa province. À une génération postérieure, mais à une école analogue, appartient Jean-Louis Grenier (1879-1954), dont la poésie, également tournée vers le passé (la Chanso de Combralha, 1927 ; la Dama a l’unicorn, 1931), a su redonner une vie mieux que livresque au limousin classique. Vers le même moment, le très délicat Jean-Baptiste Chèze (1870-1935) a mis en scène la langue limousine elle-même sous la forme d’une Princessa dins la tour (1932), d’une fantaisie charmante. Quant à Albert Pestour (1886-1965), dans lou Rebats sur l’autura (les Reflets sur la colline, 1926) et l’Autura enviblada (la Colline enchantée, 1930), il brille tant par l’excellence de son langage que par la magie d’un vers savoureux et dépouillé.

L’Auvergne, longtemps réduite au répertoire populaire, a trouvé son félibre en Arsène Vermenouze (1850-1910), qui, dans Flour de brousse (Fleur de bruyère) et Jous la cluchado (Sous le chaume, 1909), a fait entrer tous les arômes du Cantal. Louis Delhortal (1877-1933) fait, dans son sillage, bonne figure.

En Rouergue, une figure entre toutes sympathique, celle du curé de campagne Justin Bessou (1845-1918), avec les douze chants d’une œuvre simple et forte, Dal brès a la toumbo (1892), où il décrit en effet « du berceau à la tombe », avec une rare justesse de ton, la vie de ses ouailles rustiques.

À l’autre bout du domaine provençal, le Roussillon, fort à l’écart et quelque peu inféodé au domaine hispanique, trouvera tardivement son grand homme occitanisé en Joseph-Sébastien Pons, à qui une abondante production étalée depuis 1911 (Roses et Xiprers) jusqu’à 1950 (Conversa [Dialogue]) vaudra une renommée considérable.


Les contemporains

On arrive aux poètes des dernières générations, ceux qui sont nés, grosso modo, entre les dernières années du xixe s. et 1940. Il est toujours délicat de parler des vivants. C’est, dans notre cas, particulièrement difficile, du fait de la scission qui, depuis 1919 (date de la fondation, par P. Estieu et A. Perbosc, de l’Escôla occitana) jusqu’à la création, en 1930, de la Societat d’estudes occitans, devenue après la Libération l’Institut d’estudes occitans (I. E. O.) tend à s’aggraver entre les « Provençaux », d’une part, fidèles à un mistralisme plus ou moins intransigeant, et les « Occitans », d’autre part, levant à Toulouse l’étendard d’un Oc affranchi du félibrige. Partie d’une réforme de l’orthographe, la querelle s’est doublée d’un conflit politique. Blancs comme rouges se recrutent d’ailleurs indifféremment à l’ouest et à l’est du Rhône. Des va-et-vient d’un camp à l’autre, des mâtinages, des compromis divers ajoutent à la confusion.

Autres traits de la poésie d’oc vivante : une rupture, particulièrement sévère du côté occitan, avec la prosodie, respectée jusque-là par le plus grand nombre des poètes, et une paradoxale invasion des modes littéraires de Paris, voire de Montparnasse, à mesure que s’affirme la protestation de l’Oc colonisé. Devant la variété chaotique de la forme et de l’inspiration, on ne peut que ranger sommairement par régions et autant que possible dans l’ordre chronologique, avec mention des œuvres principales, les auteurs les plus remarqués.

On mentionnera parmi les Provençaux : Pierre Rouquette (Secret del temps, 1951 ; De paraulo et d’image [Des paroles et des images], 1969) ; Georges Reboul (Sensa relambi [Sans répit], 1932 ; Terraire nou [Terroir nouveau], 1937 ; Chausida [Choix], 1965 ; 4 Contadissas [Quatre Chants], 1971) ; René Jousseau (la Cansou de l’agneu blanc, 1970) ; Louis Bayle (Alba, 1928) ; Charles Camproux (Poemas sens poesia, 1942 ; Bestiari, 1947) ; Pierre Millet (la Draio [le Chemin], 1950) ; Fernand Moutet (Fenestro, 1962) ; Calendau Vianès (Se soubro un pau de iéu [S’il reste un peu de moi], 1966) ; Charles Galtier (Lou créires-ti ? [Le croirez-vous ?], 1949 ; Dins l’espèro dóu vènt [Dans l’attente du vent], 1965) ; Max-Philippe Delavouet (Quatro Cantito per l’âge d’or, 1950 ; Uno pichoto tapissarie de la mar [Une petite tapisserie de la mer], 1951 ; Istori dou rei mort qu’anavo a la desciso [Histoire du roi mort qui descendait le fleuve], 1961) ; Henri Espieux (Telaranha, [Toile d’araignée], 1949) ; Serge Bec (Miegterranea, 1957), fondateur félibréen, avec Pierre Pessemesse, de l’Escolo dóu Luberoun, avant de rallier l’I. E. O.

Parmi les poétesses se distinguent : Marcelle Drutel, dite l’Aubane-Lenco (li Desiranco, 1934 ; Intermezzo, 1964) ; Henriette Dibon, dite Farfantello (lou Mirage, 1925) ; Nouno Judlin (Er de flahutet, 1937) ; Germaine Watton de Ferry (Benoita, 1954).

On notera chez les Languedociens : exceptionnel vétéran, Léon Teissier, né à Vialas-en-Cévennes en 1883 (l’Or di Ceveno, 1929) ; Henri Chabrol (Moun Estelan [Étoiles de mon ciel], 1957 ; la Messorgo dóu mabre [le Mensonge du marbre], 1966) ; René Mejean (lou Tèms clar, 1968 ; Cantadisso di draio et di camin maien [Chant des sentes et des chemins de mai], 1970) ; René Nelli (Arma de vettat [Âme de vérité], 1952 ; Vespèr o la Luna dels fraisses [Vesper ou la Lune des frênes], 1963) ; Max Rouquette (Somnis de la nuoch [Songes de la nuit], 1942 ; la Pietat dau matin, 1964) ; Roger Barthe (la Font perduda, 1934) ; Max Allier (A la raja dau temps [À la rigueur du temps], 1951 ; Solstici, 1965) ; Léon Cordes (Aquarela, 1946 ; Branca tórta [Branche tordue], 1964) ; Pierre Lagarde (Espera del Jorn [Attente du jour], 1953) ; Robert Lafont, (Dire, 1945 ; Poema a l’Estrangieira, 1960 ; Pausa cerdana [Attitude cerdane], 1962) ; Robert Allan (li Cants dau Deluvi [les Chants de Déluge], 1963) ; Yves Rouquette (l’Escriveire public, 1958 ; lou Mal de la Terra, 1958 ; Messa sens nom, sens Dieu, sens pèire ni poble, sens ren, peus porez) ; Jean Larzac (Contristoria [Contre-Histoire], 1967 ; La boca a la paraula [La bouche a la parole], 1971).

Un cas tout particulier est celui de Denis Saurat (1890-1958), qui, né à Toulouse, avec de solides attaches ariégeoises, est entré à soixante-trois ans dans une sorte d’adolescence occitane (Encaminament catar et lo Caçaire, publiés en 1959 et en 1960).