Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Protistes (suite)

Sporozoaires

Les Sporozoaires sont des parasites strictement intracellulaires, se multipliant selon un double mode : sexué et asexué. Ils comprennent des Coccidies, parasites digestifs des Vertébrés, et des Hémosporidies, qui se différencient des précédentes par leur parasitisme absolu, sans aucune possibilité de stade libre, par leur évolution chez deux hôtes, par leur tropisme pour le sang, où ils élaborent un pigment, et qui sont représentées par le genre Plasmodium, agent du paludisme*. On y rattache les Toxoplasmidés, parmi lesquels Toxoplasma Gondii est l’agent de la toxoplasmose, infection bénigne chez l’adulte, mais grave chez le nouveau-né et cause de malformation pour l’embryon ou le fœtus.

On voit ainsi la variété des Protozoaires parasites de l’Homme, chez lequel ils déterminent des Protozooses sanguicoles, digestives ou génitales ayant chacune leur aspect propre, mais ne s’accompagnant pas, en principe, d’une hyperéosinophilie sanguine souvent retrouvée au cours d’autre parasitoses humaines, notamment celles d’origine vermineuse.

M. R.

 L. Lamy, Diagnostic des parasitoses à protozoaires et helminthes au laboratoire (Éd. de la Tourelle, Saint-Mandé, 1964 ; nouv. éd., 1970).

Proudhon (Pierre Joseph)

Socialiste français (Besançon 1809 - Paris 1865).


Comme Fourier*, Proudhon est franc-comtois, issu d’une province, a fait remarquer Eugène Fournière, qui, si elle conserva, dans les abbayes, des serfs jusqu’au xviiie s., vit dès le Moyen Âge des paysans libres s’associer aux coopératives fromagères (ou fruitières) et qui, dans le dernier tiers du xixe s., devait offrir un bon terrain de recrutement à l’anarchiste russe Bakounine*. Lui-même se disait issu d’une lignée de paysans qui avaient tous été depuis un temps immémorial « laboureurs francs ».


Une jeunesse besogneuse

Proudhon était le fils d’un garçon tonnelier qui, en 1814, voulut s’installer à son compte, mais fit de mauvaises affaires. La famille dut se retirer à la campagne et tenter de vivre dans une petite exploitation.

Pierre Joseph Proudhon, qui, auparavant, servait les clients, passe le plus clair de son temps à garder les vaches. Il est élevé dans la religion catholique par sa mère, pour laquelle il nourrit la plus grande admiration.

Après avoir fréquenté l’« école mutuelle de MM. Ordinaire », dont les méthodes déposent peut-être en lui le germe de l’idée mutuelliste, il se voit attribuer à douze ans une bourse d’externe au collège de Besançon où il entreprend des études classiques dans des conditions difficiles.

Toute sa vie, il conservera la forte empreinte de cette vie paysanne. Mais, dès l’âge de seize ans, il perd la foi, accusant, semble-t-il, l’Église d’être « du côté des riches ». Obligé d’abandonner ses études la dernière année, parce que la situation de la famille est trop précaire, il travaille dans l’imprimerie, parfois comme typographe et parfois comme correcteur.


Autodidacte

Du moins, ces métiers lui permettront-ils de continuer à s’instruire, mais au hasard des travaux. Au hasard des voyages aussi, car, peut-être parce qu’il ne trouve pas toujours d’emploi, peut-être pour voir du pays, il se déplace en 1831-32, puis en 1833 successivement à Paris, à Lyon, à Marseille, à Draguignan, à Toulon. En 1832, écrit-il, à Paris : « Sur quatre-vingt-dix imprimeries, pas une n’avait pu m’embaucher. » Ainsi grandit en lui le sentiment que la société telle qu’elle est aujourd’hui n’est pas juste. Au cours de ces années, deux lectures provoquées par ses travaux d’imprimerie semblent avoir exercé sur lui une influence : celle de la Bible — que plus tard il annotera en vue d’une publication — et des Pères de l’Église (il apprend l’hébreu) et celle de Fourier, son compatriote.

En 1836, Proudhon s’établit à son compte avec un de ses camarades. Mais il ne réussit pas à équilibrer l’entreprise. Une chance s’offre alors à lui : l’académie de Besançon met au concours une pension, pour trois ans, au profit d’un bachelier en difficulté et afin qu’il poursuive ses études. Proudhon n’a pas son baccalauréat. Qu’à cela ne tienne ! Il le passe à vingt-neuf ans, pose sa candidature et est choisi le 23 août 1838. Il arrive dans la capitale pour reprendre ses études. Jusque-là, il semblait s’intéresser surtout à la linguistique (en 1837, il a publié un Essai de grammaire générale). C’est vers l’économie qu’il se tourne désormais : il lit Adam Smith, J.-J. Rousseau, F. Bastiat, suit les cours d’économie de la faculté de droit et du Conservatoire des arts et métiers, où professe Adolphe Blanqui, le frère du révolutionnaire, fréquente le Collège de France.


« La propriété, c’est le vol » (juin 1840)

En février 1839, participant à un concours sur le thème De la célébration du dimanche considérée sous les rapports de l’hygiène publique, de la morale, des relations de famille et de cité, Proudhon n’obtient qu’une mention honorable : on lui reproche des attaques contre la civilisation industrielle et contre l’évangile.

Un autre ouvrage va lui valoir une brusque notoriété. En juin 1840, il publie un premier mémoire sur la propriété. À la question « Qu’est-ce que la propriété ? », il répond : « La propriété, c’est le vol », formule que Brissot avait lancée en 1780. Édouard Droz n’aura pas tort d’écrire : « L’ouvrage de Proudhon Qu’est-ce que la propriété ? a la même importance pour l’économie politique moderne que celui de Sieyès, Qu’est-ce que le Tiers État ?, a pour la politique moderne. » « Pénétrant ouvrage », juge Karl Marx le 16 octobre 1842 dans la Gazette rhénane.

Un deuxième mémoire sur le même thème, de ton plus modéré, mais qui fait tout autant scandale, paraît en 1841 sous la forme d’une lettre à Adolphe Blanqui. Il est suivi en 1842 d’un troisième, qui, sous le titre d’Avertissement aux propriétaires, s’adresse à Victor Considérant, rédacteur de la Phalange. Sur un ton volontairement provocant, qui dénote un grand talent de polémiste, Proudhon exprime souvent des vues modérées. Mais il se réclame de l’égalité dans tous les domaines. L’évangile a posé le principe de l’égalité devant Dieu. Le xvie et le xviiie s. ont ouvert la porte à l’égalité devant le savoir. 1789 a instauré l’égalité devant la loi. Maintenant, il faut obtenir l’égalité dans l’économie.