Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

prophétisme biblique (suite)

Le message des prophètes

Amos est le premier prophète dont les oracles aient été réunis dans un livre. Berger de son état, il exerce son ministère prophétique vers 750 dans le royaume du Nord. Il est par excellence le prophète de la justice de Dieu. Il stigmatise les injustices sociales, l’hypocrisie du formalisme religieux dans une langue rude qui frappe par sa spontanéité et sa force.

Quelques années plus tard (date limite, prise de Samarie en 722) apparaît Osée, le prophète de l’alliance entre Yahvé et son peuple : une alliance dont il décrit les vicissitudes à partir de ses infortunes conjugales. Israël, par son péché, est devenu comme une épouse adultère ; mais Yahvé, dans sa miséricorde, reprendra à son foyer son peuple pénitent. On ne retrouvera dans l’Évangile rien de plus fort sur le pardon divin.

Michée prêche à la fois en Israël et dans le royaume de Juda entre 740 et 687. Il est l’annonciateur du jugement divin qui va châtier les infidélités du peuple de Dieu ; la fin tragique de Samarie en 722 donne à ses oracles une impressionnante résonance.

Mais la personnalité de Michée est éclipsée par celle de son contemporain Isaïe, dont le ministère s’étend sur une cinquantaine d’années (740-687). Aristocrate et lettré, il jouit d’une large audience auprès des rois de Juda, Achaz (736-716) et Ézéchias (716-687), qu’il ne cessera de mettre en garde contre le danger d’une alliance avec l’Assyrie (v. Hébreux). Il est le prophète de la sainteté de Yahvé, de la foi et de la justice. Mais l’essentiel de son message réside dans l’espérance messianique (Isaïe, vi-xii). Pour la première fois dans l’histoire biblique est évoquée la figure du Roi-Messie fils de David, que Yahvé suscitera pour le salut de son peuple : l’Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ». L’influence qu’exercera Isaïe sur les générations suivantes sera telle qu’il inspirera de nombreux disciples. On peut parler d’une véritable « école », qui sera à l’origine de nouveaux oracles que l’on placera sous le nom d’Isaïe jusqu’au ve s. (v. Testament). En fait, l’œuvre proprement dite du prophète occupe dans le livre d’Isaïe les trente-neuf premiers chapitre.

Vers 640-630, Sophonie prépare la voie à la réforme religieuse de Josias (622).

Quelques années plus tard, Nahum chante la chute de Ninive (612), qui marque le triomphe de la puissance de Yahvé.

Habacuc, vers 600, apporte une note nouvelle. Il pose sur le plan de l’histoire le problème du mal : si Israël a péché, pourquoi Yahvé fait-il des Chaldéens les instruments de sa vengeance ? Pourquoi punir le méchant par un plus méchant que lui ? C’est encore le scandale qui demeure après vingt siècles de christianisme.

Mais c’est la personnalité de Jérémie qui domine cette fin du viie s. et le début du vie s. Né près de Jérusalem, vers 645, il entend l’appel de Yahvé en 627 : sa mission prophétique se prolongera jusqu’aux environs de 580. Témoin de la fin de Jérusalem (587), il a préparé la voie à une religion plus spirituelle, davantage détachée du Temple et de son culte. Le judaïsme de l’Exil se réorganisera loin des ruines de Sion. Jérémie aura donné à la religion d’Israël l’orientation décisive qui lui permettra de traverser l’épreuve de l’Exil et de conserver sa cohésion et son âme.

L’époque de l’Exil (587-538) est tout entière dominée par deux hautes figures. Ézéchiel est un prêtre exilé à Babylone en 598 lors de la première déportation. Sa mission sera de soutenir les exilés, de leur expliquer le sens des tragiques événements qu’ils viennent de vivre et de maintenir l’espérance en la restauration du peuple élu. Poète d’une grande puissance, il est un extraordinaire visionnaire qui aurait bien sa place dans une anthologie du fantastique. À côté du livre d’Ézéchiel, les chapitres xl-lv du livre d’Isaïe sont l’œuvre d’un inconnu que les exégètes appellent le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe, et leur horizon politique se situe avant 538. Pourquoi ces textes ont-ils été rattachés au livre d’Isaïe ? Sans doute parce que leur auteur était issu de ces cercles qui prolongeaient la pensée et l’influence du véritable Isaïe. Comme son contemporain Ézéchiel, il apporte aux exilés un message d’espérance. La délivrance sera un nouvel Exode qui conduira à une Sion renouvelée. Quatre poèmes évoquent un mystérieux personnage, le « Serviteur de Yahvé », présenté comme l’artisan du salut à venir ; son destin sera tragique : persécuté, c’est par sa mort et sa souffrance qu’il fera œuvre de salut. De bonne heure, les Juifs, et après eux les chrétiens, ont vu en lui une figure du Messie.

Avec Ézéchiel et le Second Isaïe, la grande période prophétique est close. Une ère nouvelle s’ouvre où les prophètes ne joueront qu’un rôle modeste. Aggée et Zacharie (520-515) sont tournés vers la restauration matérielle et spirituelle du Temple et de la communauté juive revenue de l’Exil.

À cheval sur les vie et ve s. se place l’œuvre très composite de l’auteur ou des auteurs du livre dit le Troisième Isaïe, qui représente une tentative d’adaptation des idées du Second Isaïe aux circonstances nouvelles. Vers le milieu du ve s., Malachie s’attaque aux désordres dont pâtit la communauté juive, et Abdias (que les critiques promènent, comme d’ailleurs Malachie, à des dates fort différentes) exalte la justice et la puissance de Yahvé à partir des tribulations du peuple édomite.

Au ive s., Joël clôt la liste chronologique des prophètes d’Israël. Il annonce le jugement de Yahvé et l’effusion de l’Esprit divin sur le peuple de Dieu à l’ère messianique. Il a été appelé pour cela le « prophète de la Pentecôte ».

Mais déjà le prophétisme s’est transformé et il évolue vers un genre nouveau, l’apocalypse (v. Testament). Au iie s., au temps de la persécution d’Antiochos IV Épiphane, un auteur anonyme prenant pour porte-parole un homme du passé, Daniel ou Danel, apporte aux opprimés un message d’espoir et de victoire. Le livre de Daniel est le manifeste des révoltés de l’époque des Maccabées. Sa doctrine marque une étape importante de la religion juive. C’est chez lui qu’apparaît pour la première fois, et d’une façon explicite, la doctrine de la résurrection des corps et de la rétribution après la mort.

I. T.

➙ Bible / Hébreux / Judaïsme / Testament (Ancien et Nouveau).