Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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prix (suite)

Cette différenciation rapproche la situation de chaque vendeur en concurrence monopolistique de celle du monopoleur, mais il y a des différences appréciables, l’une est due au fait que le produit de chaque firme a des substituts représentés par les produits des autres offreurs : l’élasticité de la demande du produit X par rapport au prix du produit Y peut être élevée, une partie des acheteurs habitués au bien X renonçant à l’utiliser si le prix de Y baisse, et inversement. Une autre différence, essentielle, avec le monopole vient de ce que, en concurrence monopolistique, il est toujours possible à de nouveaux offreurs d’entrer dans la branche soit comme producteurs, soit comme distributeurs du bien. La multiplicité des offreurs fait que, la dimension de chacun d’eux et sa part dans l’offre totale étant relativement faibles, l’entrée dans la branche n’est pas entravée. Surtout le fait que les produits vendus par l’ensemble des offreurs soient non parfaitement interchangeables donne aux firmes des possibilités pour développer leur chiffre d’affaires et leurs profits : elles peuvent chercher à se faire concurrence en jouant sur le prix auquel elles vendent le produit ou en pratiquant une politique de promotion des ventes (rôle de la publicité*). La formation du prix est donc, ici, un fait volontaire, à portée de chacun, plus nettement que dans les situations trop absolues analysées par L. Walras.

Cette analyse de la concurrence monopolistique semble beaucoup plus proche de la réalité que la théorie de la concurrence pure. La différenciation des produits, la politique de ventes, en particulier la publicité, le fait que les entreprises ont une réelle marge de liberté dans la fixation de leurs prix sont des phénomènes plus véridiques que l’existence d’un prix unique pour un produit homogène ou la possibilité pour une firme de vendre tout ce qu’elle veut au « prix du marché ». Le modèle de la concurrence monopolistique est donc plus fidèlement représentatif de la réalité contemporaine. Cependant, il n’explique pas de façon totalement satisfaisante le fonctionnement concret des marchés : d’abord, ce n’est encore qu’un schéma, qui demeure simplifié par rapport à la vie réelle ; de plus, il repose surtout sur le postulat d’un nombre important de vendeurs et de leur liberté d’entrée (concurrence atomistique). De telles hypothèses ne sont pas totalement irréalistes ; elles peuvent, en particulier, être considérées comme une schématisation acceptable de ce qui se passe dans le commerce de détail et sur les marchés de biens qui ne requièrent pas une production en grande série par des firmes de vastes dimensions ; mais, si le nombre des vendeurs se réduit en fait à quelques-uns, on se trouve alors en présence d’une situation d’oligopole.


L’oligopole

Lorsque les entreprises qui produisent un bien sont en nombre assez restreint pour que le comportement de chacunes d’elles puisse exercer une influence sensible sur le fonctionnement du marché, on parle d’oligopole, de concurrence entre quelques-uns ou de marché de petit nombre. Le trait caractéristique de cette forme de marché réside d’ailleurs moins dans le nombre des offreurs (il est pratiquement impossible de dire à partir de quel nombre de producteurs un oligopole devient une concurrence monopolistique) que dans les relations qui s’établissent entre eux par le marché : il y a oligopole lorsque chacun des producteurs sait que sa propre stratégie peut altérer les conditions du marché, donc provoquer une réaction de la part de ses concurrents, qui peuvent, eux aussi, influencer le marché et qui le suivent. Alors qu’en concurrence monopolistique chaque producteur lutte contre une masse encore relativement impersonnelle de concurrents, l’oligopoleur sait qu’il est engagé avec quelques autres fabricants du bien considéré dans une rivalité personnelle. Le problème de la détermination du prix et de la production par chaque firme acquiert alors, suivant R. E. Lipsey, une nouvelle dimension : la politique de chaque firme dépend de ce que celle-ci pense des réactions probables de ses concurrents, et le résultat de cette politique dépend du point de savoir comment ces concurrents, en fait, réagissent.

Cette influence réciproque des firmes les unes sur les autres introduit entre les oligopoleurs des effets de circularité ou, suivant la formule consacrée, place chacun des intervenants dans une situation d’interdépendance conjoncturale, le comportement des adversaires ne pouvant à peu près jamais être anticipé avec certitude. Cette forme de marché diffère sensiblement de toutes les autres, en raison des relations qui s’établissent entre les différentes firmes. Chaque firme, écrit R. Dorfman, observe ses rivaux et sait que ceux-ci l’observent. Au lieu de s’intéresser à leurs courbes de coût et de demande, les oligopoleurs se préoccupent de stratégie sur le marché : techniques de vente, points de vente, actions et réactions des rivaux deviennent des questions de première importance. L’analyse fondée sur les courbes de recettes et de coûts, qui suffisait pour expliquer le comportement des marchés monopolistiques et la formation des prix, n’est plus ici appropriée.

G. R.


La réglementation des prix

La réglementation des prix dans la période contemporaine apparaît lors des hostilités de 1914-1918 ; après la crise économique de 1929, l’État intervient de plus en plus dans ce domaine et, à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale, il supprime même la liberté de fixation des prix et des services, rationne les denrées, régit la répartition des produits industriels. Deux ordonnances du 30 juin 1945 établissent une véritable législation relative aux prix et à la répression des infractions* afférentes. La disparition de la pénurie ne fait pas disparaître la nécessité d’une réglementation : pour la seule année 1970, 23 000 procès-verbaux sont dressés en matière de prix.

Les exceptions à la réglementation des prix

Échappent à la réglementation des prix et sont donc fixés librement les prix des immeubles et des fonds de commerce, les salaires, les prix des véhicules d’occasion, les ventes aux enchères, les prix originaux d’objets d’art, les collections rares, les autographes, les droits d’auteur et, dans une certaine mesure, les honoraires des professions libérales : médecins, artistes, avocats.