Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

préfabrication (suite)

Orientation actuelle de la préfabrication


Préfabrication lourde

En matière de bâtiments d’habitation, celle-ci s’efforce de fabriquer en usine des éléments essentiels, tels que les ossatures de façades et les blocs fixes des installations intérieures. Elle présente le caractère d’une préfabrication d’usine dans le domaine de l’industrialisation la plus avancée. En revanche, elle exige, pour être rentable, de pouvoir opérer en grandes séries. Si, en fait, elle utilise avant tout des matériaux traditionnels, leur mise en œuvre sous la forme industrialisée à grand rendement exige du matériel coûteux et des engins perfectionnés, tant pour la production accélérée que pour le contrôle en cours de fabrication ; elle réclame également de vastes installations et des terrains appropriés pour le stockage. Son utilité est incontestable, car, en plus des avantages économiques, l’industrialisation réalisée par la préfabrication lourde est un moyen rationnel et efficace d’absorber les transferts et surplus de main-d’œuvre, après un stage accéléré de réadaptation. Parmi les exemples de préfabrication lourde, outre la préfabrication en grand du béton prêt à l’emploi et livré par camions malaxeurs jusqu’au lieu d’utilisation, figure la préfabrication des poteaux, des planchers, des sheds, et des poutres en béton armé ou en béton précontraint. L’emploi de la méthode de précontrainte par adhérence permet d’exécuter des séries importantes de poteaux de lignes électriques, de poutres et de planchers, d’une manière pratiquement automatique ou avec une main-d’œuvre extrêmement réduite. Enfin, la technique de préfabrication de pièces en béton dans un autoclave à la vapeur sous pression, à 170 °C, fait réaliser des gains de temps de durcissement considérables.


Préfabrication légère

Elle concerne surtout l’exécution en usine des pièces métalliques, principalement en acier, mais aussi en métaux légers (Duralumin) ou en alliages inoxydables. Il s’agit d’une part de la menuiserie métallique (huisseries, portes, vantaux et fenêtres basculantes, châssis de cloisons, cloisons démontables, persiennes, etc.), d’autre part de la charpente métallique (éléments de charpente rivés ou soudés et en particulier charpente n’exigeant qu’un simple boulonnage sur le lieu d’édification).

Deux des techniques les plus intéressantes en construction sont celles du mur-rideau et du panneau-façade pour l’habillage des bâtiments modernes à plusieurs niveaux, établis avec ossature porteuse en acier ou en béton armé.

• Le mur-rideau est un élément extérieur de fermeture, complet en lui-même, avec sa finition intérieure et extérieure, son isolation, son indépendance par rapport aux autres parties de la construction et ses moyens propres de fixation à l’immeuble. Il ne doit résister qu’aux effets du vent et à son propre poids. Ne participant pas à la résistance générale ni à la répartition des efforts imposés à l’immeuble, il permet par sa faible épaisseur d’accroître la surface de plancher utilisable ; l’isolation qu’il procure est excellente et son montage extrêmement rapide. De plus, la pose de ses éléments par l’intérieur autorise la suppression des échafaudages. Enfin, les matériaux utilisés, en feuilles ou en plaques (métal inoxydable ou protégé, verre, amiante-ciment, aluminium, acier émaillé et même certaines matières plastiques appropriées) sont incombustibles. Le mur-rideau s’adapte à tous les genres d’immeubles et il en existe différents types, depuis le simple revêtement jusqu’au mur autoporteur complet.

• Le panneau-façade laisse apparente l’ossature principale du bâtiment et sert uniquement à obturer des espaces vides entre ossatures de béton armé ou ossatures métalliques. Remplaçant le classique mur de façade, il n’est en fait qu’un cas particulier du mur-rideau, mais dans ce qu’il a de plus complet.

Aspects esthétiques de la préfabrication

La façade d’un édifice est la partie exposée à la vue de tous, les non-spécialistes jugeront donc (à tort) de sa valeur sur le seul aspect extérieur. D’autre part, les façades, par leur juxtaposition, donnent son aspect à la rue, voire à la ville. Les architectes ont, en général, tenu compte de ce fait que le caractère artistique de la création architecturale apparaît le mieux dans les façades. L’emploi d’éléments préfabriqués pose donc le problème de la liberté de l’architecte, la préfabrication supposant l’exécution en série.

Les éléments porteurs lourds en béton ne se prêtent qu’à un nombre restreint de combinaisons, l’important outillage nécessaire à leur fabrication n’admettant que peu de variations ; toutefois, le rythme répétitif d’un module bien choisi peut donner des résultats agréables.

Les éléments moyens en béton permettent une grande liberté ; ils sont non porteurs, partiellement porteurs ou, plus rarement, porteurs. On voit intervenir, dans leur élaboration par le « préfabricant », l’architecte et même parfois le sculpteur. Ces éléments peuvent constituer une baie (avec allège et piédroits), où les parties de la baie (éléments « croix »), ou n’être que des parties d’allège et de piédroits.

La façade peut aussi laisser apparaître des éléments de structure eux-mêmes préfabriqués (métal ou béton), qu’il s’agisse soit d’une structure reportée entièrement à l’extérieur, soit de poutres faisant saillie.

L’emploi des cellules donna naissance, au début, à des édifices monotones. Depuis quelques années, on a fait disparaître cet inconvénient par la pratique des retraits, du porte-à-faux, de la variation de position d’éléments parallélépipédiques, c’est-à-dire que ce n’est plus la seule façade qui est en cause, mais tout le jeu des volumes. Au reste, si ceci apparaît plus clairement dans ce dernier cas, on ne doit jamais oublier que l’esthétique architecturale est à trois dimensions.

J.-B. A.

M. D.

➙ Bétonnage / Charpente / Cloison / Construction / Mortiers et bétons / Mur / Normalisation / Ossature / Plancher.

 I. Jossifort, Techniques américaines du mur-rideau (trad. de l’amér., Eyrolles, 1962). / E. H. L. Simon, l’Industrialisation de la construction (Éd. du Moniteur des travaux publics et du bâtiment, 1962). / J. B. Ache, Acier et architecture (Arts et métiers graphiques, 1966). / Éléments d’une histoire de l’art de bâtir (Éd. du Moniteur des travaux publics, 1970).