Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Praxitèle (suite)

Mais la célébrité de Praxitèle est liée — et cela dès l’Antiquité — au renom de ses Aphrodites, en particulier l’Aphrodite de Cnide, pour qui la courtisane Phryné servit de modèle et qui est connue par de nombreuses répliques. La déesse nous est montrée entièrement dévoilée au moment de son bain, déposant son vêtement sur une hydrie contenant l’eau de sa toilette ; elle ramène sa main droite devant son sexe dans un mouvement de pudeur et renouvelle ainsi l’antique geste de fécondité des déesses asiatiques. Le nu féminin n’est pas nouveau dans l’art grec, mais Aphrodite expose la splendeur d’une féminité épanouie, pleine de dignité et de noblesse, aux courbes flexibles et au moelleux modelé. Son visage, à l’ovale délicat, aux yeux allongés et tendres, à la chevelure finement ondulée, exprime une langueur heureuse. Nombreuses sont les figures féminines drapées, telle l’Artémis Brauronia, original de la Diane de Gabies du musée du Louvre, au charme chaste et juvénile, qui attache avec élégance son manteau sur son épaule.

L’influence de Praxitèle fut immense à l’époque hellénistique ; elle s’exerça non seulement sur la grande statuaire avec ses fils — Céphisodote le Jeune et Timarchos — et ses disciples, mais surtout dans des œuvres mineures comme les stèles attiques ou les terres cuites de Tanagra ou de Myrina. Praxitèle fut à l’origine d’un art tendre et charmant, mais qui tendit à s’affadir.

O. P.

Préault (Auguste)

Sculpteur français (Paris 1809 - id. 1879).


Il naît dans une famille de petits artisans du Marais. Après des études au collège Charlemagne, il travaille quelque temps chez un sculpteur d’ornements, puis devient l’élève de Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856) ; dans l’atelier de celui-ci, il fait la connaissance du peintre et sculpteur Antonin Moine (1796-1849), dont il sera toujours l’ami.

Passionné de théâtre — et singulièrement de mélodrame —, il participe à la bataille d’Hernani. Ses premières œuvres dénoncent des tendances violentes et passionnées, nettement romantiques. En témoignent la hardiesse, voire l’extravagance des esquisses qu’il envoie au Salon de 1833 : la Misère, groupe en terre cuite représentant une jeune fille qui expire dans les bras de sa mère ; l’Agonie du poète Gilbert ; la Famine, bas-relief colossal ; le buste de Gabriel Laviron et des médailles de bronze.

Au Salon de 1834, il expose le bas-relief la Tuerie (musée de Chartres), « mêlée de mains crispées, de bouches hurlantes, de chevelures hérissées comme les flammes d’un incendie ». Mais ses autres envois — notamment de grands médaillons d’empereurs romains frôlant la caricature — sont refusés par un jury que scandalisent le désordre et l’exagération de l’école nouvelle. On raconte que le très officiel Jean-Pierre Cortot (1787-1843) n’a laissé passer la Tuerie que « pour punir l’auteur » et comme « exemple effrayant pour la jeunesse ». Cette hostilité exile Préault des Salons durant quatorze ans.

Ses plâtres, non traduits dans le bronze, sont le plus souvent perdus. En 1840, le curé de Saint-Gervais accepte son Christ en croix sculpté dans le bois, une commande de l’État obtenue par l’entremise de David d’Angers. En 1844, Préault fait le buste de l’abbé de l’Épée pour la façade de l’Hôtel de Ville ; il termine la Clémence Isaure du jardin du Luxembourg en 1848.

De nouvelles commandes prennent place après la révolution de 1848 : ainsi un masque du Silence pour la tombe de Jacob Roblès au cimetière israélite du Père-Lachaise, un Christ en bronze pour l’église Saint-Ferdinand-des-Ternes, le tombeau de l’abbé de l’Épée à l’église Saint-Roch, la statue de Marceau en bronze (place des Épars à Chartres) et le groupe en pierre du Cheval et Cavalier gaulois pour le pont d’Iéna — « figure en lutte avec un infini d’espace », dira Michelet. La mort ne cesse de hanter l’œuvre de Préault : Masque funéraire (Salon de 1849), Ophélia (1850), la Mort cueillant une fleur (1854), Hécube (1863), masque du tombeau d’Adam Mickiewicz (1868, Montmorency), Ophélie (1876, Marseille). L’artiste continue à donner des médaillons de grand format : Virgile et Dante, pour la maison de l’empereur (1852 et 1853, Louvre), le médaillon funéraire de Paul Huet (1870). Il exécute divers reliefs ainsi que la statue de Jacques Cœur, en marbre, pour la ville de Bourges (1879).

Salué par Baudelaire, qui a parlé du « plaisir immatériel » que lui donnaient ses « rêves tumultueux, même incomplets », Préault n’a pas connu la gloire. Mais ses audaces de pensée et d’exécution, sa verve baroque, sa recherche expressive, à la fois lyrique et réaliste, ont exercé une influence certaine sur toute la sculpture indépendante jusqu’à Rodin* inclus.

E. M. et G. G.

 E. Chesnau, Peintres et statuaires romantiques (Charavay frère, 1880). / Luc-Benoist, La Sculpture romantique (Renaissance du livre, 1928).

Précambrien

Premiers temps géologiques.


Le terme de Précambrien, ou Antécambrien, désigne l’ensemble des terrains antérieurs au Cambrien. Celui-ci, avec l’apparition des Trilobites et des Archæocyathidés, marque le commencement des temps fossilifères, ou Phanérozoïque.

Les méthodes de datation par radioactivité fixent à moins de 600 millions d’années (MA) l’âge de la base du Cambrien, tandis que celui de la Terre serait de l’ordre de 4 600 MA ; or, les roches précambriennes ont fourni des âges radiométriques allant jusqu’à 3 600 MA. Ainsi apparaît l’immense durée des temps précambriens, qui nous font remonter jusqu’à l’individualisation de l’écorce terrestre.


Caractères généraux

C’est durant les temps précambriens que se sont constituées en majeure partie les grandes aires cratoniques, ossature des continents actuels.

L’étude des terrains précambriens montre qu’ils sont formés par le matériel de plusieurs grandes chaînes plissées, différant par leurs caractères et par leur âge suivant les régions et qui, les unes après les autres, ont été érodées puis reprises dans de nouvelles orogenèses. Dans ces vieilles chaînes profondément érodées, nous ne pouvons guère observer que les zones profondes, intensément transformées par le métamorphisme et le magmatisme. De plus, la continuité des structures a généralement disparu par le jeu des déformations, mais aussi des disjonctions et des soudures des masses continentales.

C’est montrer la complexité des formations précambriennes : ce sont essentiellement des schistes cristallins, des migmatites et des roches éruptives, portant généralement les marques de plusieurs tectoniques superposées.