Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Arras (suite)

Au Moyen Âge s’élevaient au milieu de la Petite-Place la pyramide et la chapelle de la Sainte-Chandelle, construites vers l’an 1200 pour commémorer une intervention de la Vierge à l’occasion du « mal des ardents ». Le xixe siècle a reconstruit, dans un autre quartier, une église Notre-Dame-des-Ardents, qui conserve le reliquaire de la Sainte-Chandelle (début du xiiie s.).

Très endommagé durant la guerre de 1914-1918, l’ensemble des deux places a été reconstitué depuis. Le beffroi (1463-1554) a retrouvé son élégance gothique, chaque détail fidèlement restitué, jusqu’au lion des Flandres qui le couronne. L’hôtel de ville, adossé au beffroi à partir de 1501, dresse de nouveau sa façade gothique sur la Petite-Place (ailes Renaissance).

Au début du xviie s., les Jésuites édifièrent à Arras un collège à la chapelle encore gothique (détruit). Au xviiie s. furent construits le palais des États (devenu palais de justice) et le théâtre, mais surtout la nouvelle abbaye Saint-Vaast. L’abbatiale, aujourd’hui cathédrale, est un noble édifice classique entrepris en 1755 par Pierre Contant d’Ivry (1698-1777), consacré en 1833. Long de 102 m, le vaisseau principal est délimité non par des piliers, mais par une colonnade (corinthienne) qui répond à un choix « antiquisant ». La monumentale abbaye (220 m sur 80) fut élevée un peu plus tôt, de 1746 à 1783, sur les plans du Parisien Jean-François Labbé (v. 1695-1750). Elle abrite notamment le musée municipal, ses collections de sculptures médiévales et classiques, de peintures françaises, de porcelaines de Tournai et d’Arras. Une salle regroupe les œuvres de paysagistes nés ou fixés à Arras, l’ami de Corot* Constant Dutilleux (1807-1865) et ses élèves.

G. G.

Les tapisseries d’Arras

Si générale était au Moyen Âge la renommée des tapisseries murales d’Arras qu’en Italie toutes les tentures des Flandres, tant à basses lisses qu’à hautes lisses, étaient dénommées arrazi, et que celles qui venaient d’ailleurs étaient qualifiées « façon d’Arras ». Des ateliers furent probablement montés dès 1310 ; ils exécutaient à hautes lisses. Les princes régnants étaient leurs principaux clients : pour Philippe le Hardi, en 1387, Michel Bernard tissait la colossale Bataille de Roosebeke, prototype des compositions aux motifs enchevêtrés dont subsistent deux spécimens, épisodes de l’Histoire du roy Clovis, appartenant à la cathédrale de Reims. Dans le somptueux mobilier des ducs de Bourgogne se trouvaient nombre de compositions allégoriques tirées du Roman de la Rose ou des « Moralitez », comme le Dict de Banquet et de Souper dont les cinq pièces sont conservées à Nancy. Le musée de Berne possède les tentures de Charles le Téméraire, trouvées dans le bagage du prince, tué en 1477 ; l’une d’elles reproduit une œuvre de Rogier Van der Weyden.

L’une des plus anciennes tapisseries d’Arras conservées est l’Histoire de saint Piat (1402), appartenant à la cathédrale de Tournai. Pierre Féré, qui la tissa, a combiné des effets différents pour animer son ouvrage : telle draperie tombant à gros plis traduits par de longues hachures s’oppose à telle cotte de mailles rendue par un pointillé. De cette habileté, le Daniel et Nabuchodonosor du musée de Cluny, d’environ 1495, porte encore la trace. Mais Arras, à la fin du siècle, avait perdu sa primauté, même son existence, en tant que foyer d’art ; la gilde était dissoute et les praticiens survivants dispersés.

G. J.

Arrhenius (Svante August)

Physicien et chimiste suédois (château de Wijk, près d’Uppsala, 1859 - Stockholm 1927).


Arrhenius nous est surtout connu pour avoir imaginé la théorie de la dissociation ionique des électrolytes. Si, sous sa forme originelle, cette hypothèse n’est plus aujourd’hui considérée comme valable, elle a cependant ouvert la voie à un grand nombre de chercheurs et demeure à la base des théories plus modernes.

Après des études classiques, Svante Arrhenius entre, à l’âge de dix-sept ans, à l’université d’Uppsala. Il y travaille d’abord sous la direction du chimiste Per Teodor Cleve (1840-1905), qui l’oriente vers l’étude des terres rares. Mais il est surtout attiré par la physique théorique et, en 1881, il se rend auprès d’Eric Edlund (1819-1888), professeur de physique à l’Académie des sciences suédoise.

Il consacre presque aussitôt son activité à l’étude de la conductibilité électrique des solutions. Les propriétés des mélanges liquides sont alors à l’ordre du jour : Van’t Hoff* vient d’observer les analogies existant entre les corps dissous et les substances gazeuses ; Friedrich Kohlrausch (1840-1910) a mesuré la résistance des électrolytes ; Raoult a découvert les lois de cryométrie, d’ébulliométrie et de tonométrie, et en a déduit autant de méthodes de détermination des masses molaires pour les substances dissoutes. À Arrhenius reviendra d’élaborer une théorie générale des solutions électrolysables.

Celui-ci affirme que les acides, bases et sels dissous se dissocient en anions et cations, cela même en dehors de tout passage du courant électrique. Cette dissociation réversible, qui aboutit à un équilibre entre molécules et ions, a un taux très élevé pour les électrolytes forts, et moindre pour les électrolytes faibles. Dans tous les cas, la fraction dissociée augmente avec la dilution.

C’est dans sa thèse de doctorat, en 1884, qu’il donne un premier exposé de cette « théorie des ions ». Jugée très audacieuse, elle se heurte d’abord au scepticisme général. Mais, comme elle permet tout à la fois d’expliquer les lois de l’électrolyse, d’interpréter les anomalies présentées par les électrolytes à l’égard des lois de Raoult et de faire toute la lumière sur les propriétés chimiques des solutions acides, basiques et salines, elle attire l’attention de certains savants, notamment celle de Wilhelm Ostwald, alors professeur de chimie à Riga. La protection d’un personnage aussi illustre confère à son auteur quelques avantages, en particulier, en 1885, l’obtention d’une bourse de voyage de cinq années, qui va lui permettre de collaborer, à Riga, Würzburg, Graz et Amsterdam, avec les nombreux chimistes travaillant dans le même domaine.

À son retour, en 1891, il obtient une maîtrise de conférences à l’université technique de Stockholm. Ce poste ayant été converti en une chaire en 1895, Arrhenius, encore discuté, n’y est nommé qu’en l’absence de tout autre candidat notable.

Mais ses idées finissent par s’imposer, et, en 1903, il se voit attribuer le prix Nobel de chimie. Craignant alors de le voir partir en Allemagne auprès de Van’t Hoff, l’Académie suédoise crée l’Institut Nobel des sciences en 1905, et lui en offre la présidence.

Outre la théorie des ions électrolytiques, Arrhenius a, dès 1887, expliqué par l’ionisation la conductibilité qu’acquièrent les gaz raréfiés quand ils sont parcourus par une décharge électrique ou éclairés par des radiations ultraviolettes.