Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Arras (suite)

La ville actuelle

Le centre actuel est formé de deux noyaux : la « cité », à l’ouest, sur la colline de Baudimont, et la « ville », à l’est, où les boulevards Carnot, Faidherbe et de Strasbourg remplacent l’enceinte. Vauban construisit une citadelle à l’écart, au sud-ouest, et au xviiie s. le quartier de la place Victor-Hugo, au plan en damier, la rattacha à la ville.

La ville se développa peu ; souvent ravagée par les guerres, elle fut peu touchée par la première révolution industrielle. Depuis 1945, l’expansion est remarquable (15 ha par an). De 1955 à 1969, ce fut la « montée vers l’ouest » (immeubles et zone industrielle). De 1969 à 1973, c’est vers l’est que vont être aménagés un nouveau quartier résidentiel et une nouvelle zone industrielle.

La structure professionnelle et sociale montre bien la singularité d’Arras dans le Nord. La ville est à large prépondérance tertiaire (environ 60 p. 100 des actifs). Les classes aisées et moyennes y sont majoritaires (le revenu moyen est supérieur de moitié environ à celui de la région du Nord), et l’évolution récente accentue encore ce caractère.

Arras doit son rôle presque permanent de capitale à sa situation de carrefour. Entre le Bassin parisien et les pays bas, au nord, s’élèvent des hauteurs en forme de V : l’Artois à l’ouest, l’Ardenne à l’est ; à la pointe du V, les altitudes s’abaissent, c’est le seuil de Bapaume ; Arras est sur ce passage entre les Pays-Bas, la France, l’Italie. Dans le sens ouest-est, le rebord nord de la craie artésienne était le support de la grande voie romaine Angleterre-Cologne. Aujourd’hui, les principales voies ferrées du Nord y convergent, ainsi que de nombreuses routes ; l’autoroute du Nord (A1) passe à proximité, et l’autre branche du carrefour (Londres-Cologne) peut être revalorisée par le tunnel sous la Manche et l’autoroute A26. La Scarpe canalisée fait la jonction avec le canal Dunkerque-Valenciennes.

Dans ce chef-lieu d’un important département, 22,5 p. 100 des actifs (28 p. 100 à Arras seul) appartiennent à l’Administration et aux services publics. La fonction bancaire, ancienne, occupe 4 p. 100 des actifs. Six mille personnes habitant hors de l’agglomération viennent y travailler chaque jour. Par contre, on relève une légère faiblesse dans l’équipement et le rayonnement commercial et même touristique.

Ville peu industrialisée, Arras a pourtant un passé glorieux (draperies et tapisseries). Mais, au xixe s., malgré la proximité du bassin houiller (15 km) et l’ombilic industriel de la vallée de la Scarpe qui l’y rattache, Arras resta à l’écart de la révolution industrielle. On y trouvait, en 1960, de la métallurgie (constructions mécaniques et électriques, matériel ferroviaire, chaudronnerie, fonderie), de la confection, des industries alimentaires et agricoles. De 1955 à 1969, dans la première zone industrielle, 1 500 emplois industriels ont été créés ; la nouvelle zone à l’est, édifiée entre 1969 et 1973, doit couvrir 330 ha. Ce développement récent assure à Arras une autre originalité : les branches traditionnelles du Nord y sont peu représentées (si le textile est présent, c’est par la bonneterie ou la fabrication de fibres chimiques). La qualification est plus élevée.

Certes, le développement va être concurrencé par les efforts faits pour la reconversion du bassin houiller, mais la ville peut accueillir les effectifs ainsi libérés. Arras possède des atouts : des terrains, de l’eau, un cadre non souillé par l’industrie du xixe s. et une situation de carrefour dont l’importance peut encore s’accroître.

A. G.

➙ Artois / Tapisserie.

 E. Lecesne, Histoire d’Arras depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 (Sueur-Charruey, Arras, 1880 ; 2 vol.). / G. Bigwood, le Régime juridique et économique du commerce de l’argent dans la Belgique au Moyen Âge (Lamertin, Bruxelles, 1921-1922 ; 2 vol.). / Congrès archéologique de France, XCIXe session (Picard, 1936). / J. Lestocquoy, Deux mille ans d’histoire. Arras au temps jadis (Impr. de la Nouv. Soc. anonyme du Pas-de-Calais, Arras, 1943-1946 ; 3 vol.) ; Patriciens du Moyen Âge. Les dynasties bourgeoises d’Arras du xie au xve siècle (Impr. de la Nouv. Soc. anonyme du Pas-de-Calais, Arras, 1945) ; la Vie religieuse d’une province, le diocèse d’Arras (Brunet, Arras, 1949). / J. Lestocquoy et A. de Selliers de Moranville, les Patriciens d’Arras sous la Renaissance (Impr. centrale de l’Artois, Arras, 1954). / M. Ungureanu, Société et littérature bourgeoises d’Arras aux xiie et xiiie s. ; la Bourgeoisie naissante (Impr. centrale de l’Artois, Arras, 1955). / H. Gruy, Histoire d’Arras (Dessaint, Doullens, 1967).


Arras, ville d’art

Sur la colline de Baudimont ont été retrouvés, à l’occasion de travaux à la préfecture (ancien palais épiscopal de la fin du xviiie s.), les restes d’une enceinte romaine quadrangulaire en ciment rose, sur assises de grès et pilotis, ainsi qu’une partie des fondations de l’ancienne cathédrale gothique Notre-Dame de la Cité (xiie-xvie s.). Vendu pendant la Révolution, puis démoli progressivement, ce vaste édifice s’apparentait aux cathédrales de Thérouanne, de Saint-Omer (v. Artois) et surtout de Laon.

C’est dans la « ville » formée autour de l’abbaye de Saint-Vaast que se situent, réunies par la rue de la Taillerie, la Grand-Place (près de deux hectares) et la Petite-Place, dominée par le beffroi de l’hôtel de ville, haut de 75 m. Ces anciens marchés furent bordés primitivement de maisons en bois, rebâties en brique et pierre, pour la plupart au xviie s., selon une ordonnance régulière. De style « Renaissance flamande », ces 155 maisons forment au rez-de-chaussée une galerie à arcades — une à trois par maison — définissant autant de travées qui se retrouvent, délimitées par des pilastres, aux deux étages principaux ; un pignon à volutes et un fronton arrondi surmontent chaque façade. La décoration sculptée comporte des enseignes qui permettaient l’identification des maisons. Chacune possède plusieurs étages de caves, parfois à belles voûtes appareillées.