Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Portugal (suite)

• 1836. Septembrada. Les libéraux (septembristes) prennent le pouvoir, rétablissent la Constitution de 1822 et dirigent le pays pendant six ans malgré les tentatives des partisans de la Charte (révolte des maréchaux en 1837). Sous l’impulsion de Passos Manuel, l’enseignement public est rénové ; Bernardo Sá da Bandeira fait abolir la traite des esclaves, tandis que s’amorce une politique d’implantation de colons en Afrique.

• 1842. Retour à la Charte de 1826 avec António Bernardo da Costa Cabral. Son gouvernement a l’entier soutien des « barons », nouveaux riches anoblis, satisfaits de l’essor économique.

• 1846. La révolte populaire de mars-avril, dite « de Maria da Fonte », dans le Minho, entraîne la chute d’un gouvernement devenu de plus en plus autoritaire et pesant. En septembre éclate une autre révolte plus grave que la première, la Patuleia ; pendant près de deux ans, le pays sombre dans une totale anarchie.

• 1851. Coup d’État du maréchal Saldanha et début de la Regeneração. La vie politique tend à se simplifier et se stabilise avec le rotativismo, alternance au pouvoir des deux partis : Histórico et Progressista.

• 1852. Abolition de la peine de mort pour les délits politiques. Création, sous l’impulsion de A. M. Fontes Pereira de Melo, d’un ministère des Travaux publics, du Commerce et de l’Industrie qui, à la mesure du Portugal, va encourager l’évolution du pays et le renouveau économique. Quatre ans plus tard, la première ligne de chemin de fer est inaugurée.

• 1850-1867. Série de mesures libérales inspirées par le vicomte de Seabra : Code civil, institution du mariage civil, suppression des majorats, achèvement de la sécularisation des biens d’Église, abolition totale de la peine de mort.

• Vers 1870. Coupure théorique, mais qui correspond à une coupure dans la direction de la vie politique. Jusqu’à cette date, les ministères sont composés essentiellement de nobles, de vieille noblesse ou « barons » du début du siècle ; par la suite, les noms plébéiens prédominent.

• 1873. Création du parti républicain, dont l’audience, surtout après 1890, se réduit essentiellement à la bourgeoisie libérale.

• 1875. Fondation d’un parti socialiste qui, en 1895, devient le Partido Socialista Português ; d’une audience réduite, il est en outre longtemps freiné par des oppositions internes d’ordre doctrinal ou tactique.

• 1877. Reprise des explorations en Afrique avec Alexandre Alberto da Rocha, Serpa Pinto, Hermenegildo Capelo, Roberto Ivens...

• 1888-89. Lois douanières protectrices, en particulier pour le blé, ce qui a donné un coup de fouet à la mise en valeur de régions jusque-là délaissées, comme l’Alentejo.

• 1890. Ultimatum britannique. Le Portugal doit renoncer à ses visées impérialistes en Afrique australe.

• 1891 (31 janv.). Échec de la révolte républicaine de Porto et début d’une période d’instabilité politique due aux progrès des républicains et aux divisions des royalistes.

• 1897. La pacification du Mozambique est considérée comme achevée ; celle de l’Angola ne sera acquise que vers 1911.

• 1906. Charles Ier (1889-1908) fait appel à João Franco, qui, en 1907, instaure un régime dictatorial.

• 1908. Assassinat du roi et du prince Luís Filipe.

• 1910. La révolution républicaine triomphe à Lisbonne. Tandis que Manuel II (1908-1910) doit partir pour l’exil, la République est proclamée le 5 octobre.


La République libérale

• 6 oct. 1910 - 3 sept. 1911. Gouvernement provisoire, qui prend rapidement une série de mesures fondamentales : décentralisation, création d’un Crédit agricole, élaboration d’une réforme fiscale, octroi du droit de grève, instruction obligatoire de 7 à 10 ans et création de deux universités à Lisbonne et à Porto, ce qui met fin au monopole de fait de Coimbra. Par réaction contre la collusion qui avait marqué le régime précédent, la république naissante est nettement anticléricale ; séparation de l’Église et de l’État, confiscation des biens des ordres religieux revenus dans le pays depuis 1848.

• 1911 (21 août). Une nouvelle Constitution est promulguée.

• 1911-1926. Longue période d’instabilité et de difficultés sur le plan politique. Sur 8 présidents de la République, 2 ont été déposés, 4 ont abandonné leur charge, 1 a été assassiné et 1 seul est allé jusqu’au bout de son mandat. Des élections législatives générales ont eu lieu 7 fois et 45 ministères se sont succédé depuis celui de Teófilo Braga le 5 octobre 1910 à celui d’António Maria da Silva, qui tombe le 30 mai 1926.

• 1912. Premières difficultés avec d’une part les tentatives des royalistes dans le nord du pays et d’autre part la première grève générale.

• 1913. Paroxysme de la politique anticléricale : il ne reste qu’un seul évêque au Portugal. Rupture des relations avec le Saint-Siège et congrès international de la Libre pensée à Lisbonne.

• 1915 (14 mai). Putsch du général Pimenta de Castro, qui tente d’imposer la dictature à son profit.

• 1916. Intervention du Portugal dans la Première Guerre mondiale, aux côtés des Alliés ; en 1917, un corps expéditionnaire est envoyé en Flandre.

• 1917-18. Gouvernement dictatorial de Sidónio Pais ; mais crises et violences aboutissent à son assassinat.

• 1919. Création de la Confederação Geral do Trabalho ; de tendance anarchiste, la C. G. T. portugaise rejoint l’Association internationale des travailleurs (A. I. T.) en 1924.

• 1921. Fondation du parti communiste portugais.

• 1925-26. Période de troubles et d’anarchie, marquée par de nombreuses violences et de multiples tentatives de coup d’État.


L’« État nouveau » (Estado novo) [1926-1974]

• 1926 (28 mai). Putsch du général Manuel Gomes da Costa, qui, parti de Braga, gagne progressivement tout le pays. Après l’échec de la révolte républicaine de Porto le 2 février 1927, c’en est fini de la république libérale, et une dictature militaire s’impose au pays.

• 1928. Élection à la présidence de la République du général António Oscar de Fragoso Carmona, qui devait exercer ses fonctions jusqu’en 1951. António de Oliveira Salazar* reçoit les pleins pouvoirs en matière financière.

• 1932. Salazar devient président du Conseil, charge qu’il assurera pendant près de quarante ans.

• 1933. Nouvelle Constitution qui établit au Portugal le régime corporatiste de l’Estado Novo. Échec de la grève générale qui marque le dernier grand sursaut du prolétariat portugais.

• 1940. Signature d’un concordat avec le Saint-Siège. Le catholicisme devient religion nationale.

• 1943-44. Le Portugal, qui jusque-là avait gardé une prudente neutralité dans la Seconde Guerre mondiale, loue des bases aux Açores aux Britanniques et aux Américains.

• 1948. Adhésion à l’Organisation européenne de coopération économique (O. E. C. E.) [devenue en 1961 l’Organisation de coopération et de développement économique (O. C. D. E.)] et l’année suivante à l’O. T. A. N.

• 1953. Mise en place d’un premier plan de développement du pays. Le IIe, 1959-1964, et le IIIe, 1968-1973, sont séparés par un plan intermédiaire de deux ans.

• 1958. Lettre de protestation de l’évêque de Porto, première manifestation de la prise de conscience par l’Église de la gravité du problème social. Aux élections présidentielles, le candidat de l’opposition, le général Humberto Delgado, obtient le quart des suffrages.

• 1960. Adhésion à l’Association européenne de libre-échange (A. E. L. E.).

• 1961. Détournement du paquebot Santa Maria par des opposants au régime, désireux d’attirer l’attention mondiale sur les conditions de la vie politique au Portugal. Révoltes dans les provinces d’outremer, en Angola* et en Guinée* portugaise. Occupation de Goa par les troupes indiennes.

• 1962 (1er janv.). Échec de l’insurrection de Beja contre le régime.

• 1968 (sept.). Frappé d’une hémorragie cérébrale, Salazar est remplacé à la présidence du Conseil par Marcelo Caetano.

• 1970 (27 juill.). Mort de Salazar.

• 1974 (25 avril). Un groupe de militaires renverse le régime salazariste, restaure les libertés démocratiques et entreprend la décolonisation des territoires d’outre-mer.

J. M.