Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Porto Rico ou Puerto Rico (suite)

À partir de 1880, le mouvement autonomiste portoricain s’amplifie, si bien qu’en 1897 l’Espagne accorde à l’île, qui a maintenant un million d’habitants, son autonomie : un gouverneur général représente la Couronne, mais un Parlement élu à deux chambres assure l’administration interne. Il est trop tard, car les États-Unis, qui convoitent depuis longtemps Porto-Rico, entrent en guerre contre l’Espagne ; une courte campagne aboutit à l’installation des Américains dans l’île dès le 12 août 1898 : il est vrai que la masse de la population leur était favorable. Le traité de Paris du 10 décembre 1898 fait de Porto Rico une île américaine.


L’île américaine

Le contrôle militaire de l’île prend fin dès le 1er mai 1900 et, peu à peu, sous la pression de l’opinion, les États-Unis élargissent les droits des autochtones. Tandis que le Olmsted act (15 juill. 1909) laisse au président des États-Unis et au Conseil exécutif local des responsabilités majeures, le Jones act (2 mars 1917) fait de Porto Rico un territoire « organisé mais non incorporé » de l’Union et confère la citoyenneté américaine à tous les habitants de l’île : celle-ci est en fait dirigée par une administration autochtone.

Modernisé intensivement par les Américains, Porto Rico devient, grâce à eux, un des grands producteurs de sucre, si bien que 75 p. 100 de la population est, plus ou moins directement, motivée par la culture de la canne et par l’industrie sucrière. En deux générations, la population double. Cependant, l’idée d’indépendance fait naturellement son chemin. Tandis que le parti républicain s’en tient au statu quo, le parti unioniste œuvre pour une autonomie élargie. À partir de 1920 se développe un parti nationaliste qui réclame une immédiate indépendance. Dans le cadre du New Deal de F. D. Roosevelt (1932 et années suivantes), le Puerto Rican Reconstruction Administration (PRRA) procède à une redistribution du potentiel économique de l’île, essayant en même temps de rééquilibrer une société encore marquée par les séquelles coloniales. Ces mesures ne mettent pas fin aux violences du mouvement nationaliste.

En 1938, Luis Muñoz Marín, qui souhaite l’indépendance mais croit à la nécessité d’une longue période de transition, forme le parti démocrate-populaire dont la devise est : « Pain, terre et liberté. » Ce parti l’emporte aux élections de 1944. En conséquence, H. Truman, en 1946, nomme gouverneur un Portoricain, Jesús T. Piñero ; un an plus tard, le Congrès américain autorise les Portoricains à élire leur gouverneur ; Muñoz Marín est élu le 2 novembre 1948. L’évolution en cours n’arrête par l’action des nationalistes extrémistes, qui, le 1er novembre 1950, à Washington, tentent d’assassiner le président Truman. La Seconde Guerre mondiale a amplifié le mouvement d’émigration vers les États-Unis : l’exode (50 000 en 1950) crée d’ailleurs, pour les Portoricains installés aux États-Unis et aussi en Grande-Bretagne, des difficultés liées au racisme.

Sur la proposition du Congrès américain, Porto Rico accepte de mettre en place une constitution propre : celle-ci, approuvée par référendum et ratifiée par le Congrès, est proclamée le 25 juillet 1952. Le gouverneur de l’île, élu pour quatre ans au suffrage universel, remplit les fonctions de chef d’État ; l’Assemblée législative est composée d’un Sénat et d’une Chambre des représentants.

Désormais « associé volontaire » des États-Unis — qui assurent la défense de l’île —, le Commonwealth de Porto Rico jouit d’une large autonomie : il n’a pas de représentants au Congrès, ne paie pas les taxes américaines. Deux partis principaux animent la vie politique : le parti démocrate-populaire, partisan du statut actuel et dirigé par L. Muñoz Marín et Roberto Sánchez Vilella, et le nouveau parti progressiste, dirigé par l’industriel Luis A. Ferré, qui réclame l’intégration aux États-Unis. Gouverneur élu de Porto Rico depuis 1948, L. Muñoz Marín est remplacé par R. Sánchez Vilella après les élections de 1964. Le 23 juillet 1967, les Portoricains, sollicités par référendum, se prononcent (60 p. 100 des votants) pour le maintien du statut d’État associé ; l’annexion ne recueille que 38,9 p. 100 des voix, et l’indépendance 0,6 p. 100. Aux élections de 1968, Luis A. Ferré, dont le parti obtient cette fois la majorité des suffrages, est porté au pouvoir. Mais, à celles de 1972, le parti démocrate-populaire l’emporte, et Rafael H. Colón devient gouverneur.

P. P.

➙ Antilles / Empire colonial espagnol.

 G. K. Lewis, Puerto Rico : Freedom and Power in the Caribbean (New York, 1963). / O. Lewis, La Vida. A Puerto Rican Family in the Culture of Poverty (San Juan et New York, 1966 ; trad. fr. la Vida : une famille portoricaine dans une culture de pauvreté, Gallimard, 1969).

portrait

Représentation — par la sculpture, la peinture, le dessin, la gravure, la photographie — d’une ou plusieurs personnes ; genre artistique regroupant ces représentations.



De l’Égypte à Byzance

Le portrait a été l’objet des recherches des plus anciennes civilisations, entre lesquelles, singulièrement, celle de l’Égypte*, qui a exploré toutes les possibilités du portrait sculpté. L’Ancien Empire, dans sa période memphite (2780-2280) a fourni des statues de pierre en ronde bosse dont certaines, comme le Scribe accroupi du musée du Louvre, ont un caractère hallucinant d’individualité. Ce caractère tend plus tard à s’adoucir, et les visages s’inspirent de celui du pharaon alors régnant : visages d’une rare pureté sous le Nouvel Empire (1580-1085), mais qui, au temps de l’hérésie amarnienne, se distinguent par un prognathisme accentué (Aménophis IV*, la reine Nefertiti).

Alors que, dans l’ensemble, la Grèce classique est moins sensible au caractère qu’à la beauté idéale, si ce n’est dans les médailles d’Alexandre et de ses successeurs, les bustes romains (v. Rome) se distinguent par une accentuation des traits qui va, chez certains empereurs, jusqu’à la caricature, tandis que le même souci de saisir le caractère peut donner au visage de quelques impératrices une véritable expression de spiritualité.