Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pombal (Sebastião José de Carvalho e Melo, marquis de) (suite)

Celui-ci pratique une politique étatique, un véritable colbertisme, ce qui peut paraître paradoxal au xviiie s. Il est mercantiliste par nécessité. Tout d’abord, il cherche à limiter les importations en mettant en valeur le pays. L’Alentejo, sous-exploité, est l’objet d’une véritable colonisation avec des Açoriens qui quittent leurs îles, surpeuplées ; la riziculture se développe dans le Ribatejo. Le gouvernement encourage les manufactures existantes : la production de tissus de laine de Portalegre double ; sous l’impulsion de la Junta do comércio, des manufactures de soie, de verre ou de tissus sont créées.

Toutefois, cette industrie reste encore artisanale et régionale. D’autre part, Pombal cherche à accroître la valeur des exportations portugaises, surtout à destination de la Grande-Bretagne. La création de la Companhia do Alto Douro a d’abord pour objet de faire pièce aux commerçants britanniques, qui imposaient leurs prix ; pourtant, cette initiative, mal comprise, suscite de graves émeutes. L’ordre d’arracher certains vignobles répond à un double but : augmenter les emblavures dans un pays qui doit importer le tiers des céréales consommées et éliminer les vignes qui se sont développées sur des territoires peu propices depuis le traité de Methuen (1703). Les vins médiocres éliminés, il ne serait resté que des crus de qualité, le porto notamment, qui auraient été vendus plus cher.

Pombal veut éliminer les Britanniques de cette prodigieuse source du bénéfice qu’est le commerce brésilien. C’est ce qui explique qu’il ne peut autoriser la liberté de ce commerce : les Britanniques étant les seuls à avoir des capitaux suffisants, les Portugais n’auraient été que des prête-noms. De là la création de compagnies d’État : Companhia do Grão-Pará e Maranhão en 1755, puis Companhia de Pernambuco e Paraíba en 1759. Ces deux compagnies, surtout la première, ont des effets bénéfiques sur le développement de l’économie brésilienne. Sous leur impulsion, la basse Amazonie devient un gros producteur de denrées coloniales, de cacao essentiellement. Pombal encourage l’émigration des gens des îles atlantiques, favorisant la création d’un nouveau Brésil dans le Sud. Le Brésil connaît un essor prodigieux, mais, par là même, il ne peut vivre dans le cadre étroit du mercantilisme pombalien. C’est une menace à long terme sur la politique que le pays a voulue, d’autant que, dans l’immédiat, il n’a pas réussi à éliminer la menace britannique : la contrebande est toujours intense. Cet essor du Brésil a suscité un regain d’intérêt pour les établissements africains fournisseurs de main-d’œuvre. L’Angola* ne se justifie que par la traite, et c’est sans doute ce qui explique l’échec des tentatives de colonisation de Rodrigo de Sousa Coutinho.

Pendant près de trente ans, Pombal domine toute la vie du Portugal, accomplissant dans divers domaines une tâche considérable : une ville nouvelle naît sur les ruines accumulées par le tremblement de terre de Lisbonne du 1er novembre 1755, le pouvoir royal est restauré et le Brésil connaît un regain d’activité. Mais son œuvre est limitée par l’absence de moyens financiers et elle est trop liée à sa personne. Vers la fin de son gouvernement, à près de quatre-vingts ans, Pombal n’a plus ses réflexes de l’âge mûr : de graves erreurs sont commises, comme l’incendie du village de pêcheurs de Trafaria, soupçonné d’abriter des déserteurs. Il s’agit néanmoins d’une œuvre prodigieuse, mais trop brève dans le temps. Comme le soulignait Dumouriez dans son État du royaume de Portugal en 1766, « il faudrait cent ans de gouvernement comme celui du marquis d’Oeiras [...] ». Pombal a, semble-t-il, ménagé l’avenir, envisageant que le jeune prince de Beira, grand admirateur de son œuvre, succède à son grand-père Joseph Ier. Mais, quand celui-ci meurt en 1777, c’est sa fille Marie qui monte sur le trône et non le candidat de Pombal. Quand le vieux ministre, disgracié dès les premiers jours du nouveau règne, s’éteint en 1782, il a pu déjà voir son œuvre systématiquement détruite et un retour en force, sur le plan politique, de l’Église et de la noblesse face à une monarchie entre les mains d’une souveraine aux facultés intellectuelles déjà affaiblies.

J. M.

➙ Aviz (dynastie d’) / Bragance (dynastie de) / Empire colonial portugais / Lisbonne / Portugal.

 J. de Macedo, A situação económica no tempo de Pombal ; alguns aspectos (Porto, 1951). / J. A. França, Lisboa pombalina e o iluminismo (Lisbonne, 1965 ; trad. fr. Une ville des lumières, la Lisbonne de Pombal, S. E. V. P. E. N., 1965).

Poméranie

En polon. Pomorze, en all. Pommern, région baltique, s’étendant en bordure du littoral méridional de la Baltique, approximativement de l’île de Rügen (à la hauteur de Malmö) jusqu’à l’embouchure de la Vistule, sur une profondeur d’environ 100 km.


Les limites de la région poméranienne ont considérablement varié au fil des siècles, car le pays fut disputé entre les Germains et les Slaves occidentaux, et il fut en partie suédois jusqu’en 1815. Aujourd’hui, cette région est composée d’un territoire appartenant à la R. D. A. (districts orientaux des régions de Rostock, de Neubrandenburg et de Francfort-sur-l’Oder) et surtout à la Pologne (régions de Szczecin, de Koszalin, de Gdańsk et de Bydgoszcz). Il ne convient pas de distinguer entre Poméranie et « Pomérélie », bien que l’histoire ait paru séparer nettement la première, longtemps duché indépendant, de la seconde, simple notion géographique désignant les terres à l’ouest de la basse Vistule.

L’histoire de la Poméranie est typiquement une histoire germano-slave, avec ce que cela comporte de conflits et aussi d’interprétations divergentes. Il n’est guère possible de déterminer quels furent les habitants au temps de la protohistoire (à partir du iie s. av. J.-C.). Au xie s., les tribus slaves de Poméranie se trouvent soumises à des pressions venant du nord (Danois), de l’est (Polonais), de l’ouest (États « germaniques ») ; c’est l’Empire qui l’emporte au moins pour toute la région à l’ouest de la ligne Brda-Wieprz ; le bassin de la basse Vistule passe bientôt sous la domination des chevaliers Teutoniques.