Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Polynésie française (suite)

Les îles Tuamotu (900 km2) sont formées d’une soixantaine d’atolls alignés du nord-ouest au sud-est sur une dorsale sous-marine. Ces atolls ont une taille très variée, mais généralement modeste ; quelques-uns forment des anneaux complets ; la plupart se divisent en plusieurs îlots entre lesquels la mer peut atteindre le lagon. Complètement plats, ils sont beaucoup moins arrosés que les îles volcaniques, et les habitants ont souvent souffert du manque d’eau douce. La population stagne (6 800 hab. avec les Gambier), car l’émigration vers Papeete est intense. Les villages s’étirent généralement en bordure du lagon ; la pêche des coquillages nacriers et l’exploitation des cocoteraies (plus d’un million d’arbres) sont les seules ressources. Certains atolls ne sont habités que temporairement. L’extraction des phosphates de Makatea a cessé, et la population de l’île est tombée de 2 300 habitants à moins de 100. Les atolls isolés de Mururoa et de Fangataufa sont utilisés pour les expériences atomiques françaises. Un aérodrome a été construit à Hao pour les besoins du C. E. P.

Les îles Gambier (30 km2) prolongent les Tuamotu vers le sud-est et leur sont administrativement rattachées. Ce sont de petites villes volcaniques et montagneuses (Mangareva). Les ressources sont limitées (cultures traditionnelles, quelques cocotiers, un peu de pêche). La population ne dépasse pas 600 habitants.

Les îles Marquises (1 274 km2) sont les plus proches de l’équateur : le climat y est chaud, mais les pluies sont très irrégulières, et de longues sécheresses peuvent affecter l’agriculture (tubercules, arbre à pain, cocotiers). Par suite de la rareté des récifs coralliens et des plaines littorales, la vie humaine se localise surtout dans les vallées qui dissèquent les anciens volcans. L’archipel est subdivisé en deux groupes : celui du nord-ouest (3 388 hab.) avec Nuku-Hiva (482 km2) et celui du sud-est (2 116 hab.) avec Hiva-Oa (400 km2), l’île où Gauguin est venu finir ses jours.

Les îles Australes (ou archipel Tubuaï) sont situées au sud des îles de la Société, de part et d’autre du tropique du Capricorne. Les quatre îles principales (Rimatara, Rurutu, Tubuaï, Raïvavae) sont des terres volcaniques assez basses. Relativement isolé, l’archipel a mieux conservé que les autres sa vie traditionnelle ; le taro et le poisson restent les bases de l’alimentation. Les cocoteraies, quelques caféiers et quelques orangers donnent des ressources d’appoint. Alors que les habitants des Tuamotu et des Marquises sont surtout catholiques, ceux des Australes sont protestants. La population est de 5 000 habitants dont les quelques 300 personnes qui vivent dans l’île très isolée de Rapa.

L’île de Clipperton, située à 1 300 km de la côte mexicaine, dépend directement du gouvernement de la Polynésie ; elle est inhabitée.

A. H.  de L.


L’histoire

La colonisation française de la Polynésie — et principalement celle de Tahiti — a été facilitée par la division des indigènes, sous l’influence des querelles religieuses, et par l’action des missions catholiques.

En 1827, une jeune souveraine, Aïmata, monte sur le trône sous le nom de Pomaré IV. L’année suivante, un prêtre nommé Teau crée une secte, celle des Mamaia, qui recommande aussi bien la prière que les danses et les plaisirs charnels, tous ses adeptes devant, en fin de compte, se retrouver au ciel après la mort. Pomaré IV soutient le nouveau mouvement.

Certains chefs d’autres îles de l’archipel de la Société ne l’entendent pas de cette oreille et profitent des troubles religieux pour secouer le joug de la reine de Tahiti ; à partir de 1831, des guerres religieuses éclatent, où la secte des Mamaia et ses antagonistes ont tour à tour l’avantage. Les conséquences ne tardent pas à se faire sentir, et, à Tahiti, comme dans les îles, les chefs locaux reprennent leurs pouvoirs ; la reine Pomaré renonce à gouverner, et c’est l’anarchie.

En 1834, des missionnaires catholiques français, les pères de Picpus, mandatés par le pape Grégoire XVI, s’établissent d’abord à Mangareva, dans les îles Gambier (mission de Mgr Rouchouze), puis à Papeete en 1836 (mission des pères Caret et Laval). Ils y entrent aussitôt en conflit avec les pasteurs protestants anglais — dont l’énergique George Pritchard (1796-1883) —, qui y sont solidement installés depuis une douzaine d’années. Ceux-ci font pression sur Pomaré, et les missionnaires français sont réembarqués de force sur leur vaisseau.

Pour venger cet affront, le gouvernement de Louis-Philippe envoie le capitaine de vaisseau A. Dupetit-Thouars (1793-1864) demander réparation à la reine de Tahiti (août 1838). Une lutte d’influence va mettre aux prises la France et la Grande-Bretagne par missionnaires catholiques et protestants interposés. L’île sombre dans une anarchie due à l’éclatement des structures sociales traditionnelles et à l’absence d’une organisation gouvernementale sérieuse.

En mai 1842, Dupetit-Thouars, devenu vice-amiral, annexe à la France les îles Marquises et revient à Papeete. Inquiète du désordre grandissant et de l’impuissance du gouvernement royal, l’assemblée des chefs tahitiens réclame alors le protectorat français pour rétablir l’ordre.

La reine Pomaré ayant approuvé le projet en septembre, Dupetit-Thouars organise un gouvernement provisoire, avec l’assentiment des consuls de Grande-Bretagne et des États-Unis, en attendant la ratification du traité par la France. Celle-ci a lieu le 25 mars 1843, mais elle n’apporte pas la tranquillité dans l’île, car, à Papeete, Pritchard ne désarme pas et reprend tout son empire sur Pomaré, par qui il fait solliciter l’aide de la reine Victoria contre la France.

À son retour, Dupetit-Thouars occupe l’île militairement et fait construire des forts. En 1844, il expulse Pritchard, et la Grande-Bretagne demande des « réparations » pour le pasteur. L’« affaire Pritchard » s’envenime et manque de déclencher une guerre entre la France et l’Angleterre.