Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pologne (suite)

De 1830 à nos jours

Le xixe s., après l’échec de l’insurrection de 1831, n’est fécond que pour la peinture — l’architecture, éclectique et officielle, étant presque uniquement allemande ou russe. Les peintres, eux, cherchent la liberté en Italie ou en France, et ceux qui restent sont surtout attirés par Cracovie, qui bénéficie d’un régime autrichien, relativement libéral. Les uns et les autres reflètent, avec honneur, les courants successifs du siècle. Un Piotr Michałowski (1800-1855), peintre militaire plein de verve, mais avant tout baroque épris de belle matière et de mouvement, compte parmi les maîtres du romantisme européen. Jan Matejko (1838-1893) se rend populaire en exaltant le passé national ; son élève Maurycy Gottlieb (1856-1879) est l’évocateur nostalgique des mœurs et des rites des communautés juives. Henryk Rodakowski (1823-1894) est un portraitiste d’une distinction mélancolique, très estimé par Delacroix, Józef Szermentowski (1833-1876) un paysagiste sensible. On notera la résonance relativement faible de l’impressionnisme, malgré le talent d’artistes comme Aleksander Gierymski (1850-1901) ou Józef Pankiewicz (1866-1940). Les Polonais semblent beaucoup plus attirés par un symbolisme ardent de couleur et plein d’angoisse spirituelle : celui de Wladysław Slewinski (1854-1918), l’ami de Gauguin, celui du journal de la « Jeune Pologne » cracovienne de 1897, avec le peintre et grand dramaturge Stanisław Wyspiański (1869-1907) et son ami Józef Mehoffer (1869-1946), dont l’œuvre majeure est la suite de vitraux qu’il réalisa pour la cathédrale de Fribourg (Suisse). On peut rattacher aux mêmes prédilections le pointillisme lyrique d’Olga Boznańska (1865-1940), le « présurréalisme » de Jacek Malczewski (1854-1929), l’expressionnisme plein de mystère de Witold Wojtkiewicz (1879-1909) ou l’art proche des fauves, mais avec un substrat populaire, de Tadeusz Makowski (1882-1932).

La résurrection de la Pologne en 1918 ramène les artistes dans leur cadre national, sans que la terrible « parenthèse » des années 1939-1945 interrompe des recherches qui se poursuivent alors en grande partie dans la clandestinité. Avant et après cette période, les villes polonaises sont le théâtre d’une activité architecturale intense, qui s’exerce le plus souvent dans le sens de la sobriété fonctionnelle. Édifices publics, établissements d’enseignement, complexes industriels ont donné un visage à des villes nouvelles comme le port de Gdynia, renouvelé celui de villes reconstruites comme Varsovie ou Gdańsk, remodelées comme Łódź. Ce dernier centre, où avant 1939 était créé le premier musée européen d’art abstrait, joue à partir de 1945, à côté de Varsovie et de Cracovie, un rôle décisif dans l’essor de la sculpture et de la peinture.

Quelque respect que méritent des sculpteurs ralliés à la tradition comme Edward Wittig (1879-1941) ou un grand solitaire, le michelangelesque August Zamoyski (1893-1970), c’est dans la création d’« environnements », dans les problèmes de distribution de formes colorées et mobiles dans l’espace que se rejoignent peintres et plasticiens. À travers une succession de mouvements souvent confus — « Formistes » de 1917, « Bloc » de 1924, « Métaphores » de 1950 —, l’art polonais a oscillé entre deux pôles principaux. L’un est expressionniste, issu du dramaturge et peintre Stanisław Ignacy Witkiewicz (1885-1939), créateur de formes éclatantes et tourmentées ; il se poursuit après la guerre avec Stanisław Przybyszewski, avec les tableaux métaphoriques, les « emballages » en matériaux divers et les happenings de Tadeusz Kantor (né en 1915), avec le fantastique poétique (influencé par la tradition des icônes populaires) de Jerzy Nowosielski (né en 1923) ou les assemblages inventifs et rustiques de Jerzy Bereś (né en 1930). L’autre courant, résolument abstrait, a pour protagonistes Henryk Stażewski (né en 1894) et Władysław Strzemiński (1893-1952), théoricien « radicalement anti-baroque » de l’« unisme », réalisateur de « surfaces plates, limitées, extra-temporelles », qui, avec sa femme, le remarquable sculpteur Katarzyna Kobro (1898-1950), se trouvait en flèche par rapport à l’avant-garde parisienne de 1930 (relations avec le groupe « Cercle et Carré »). Après la guerre, dans la même ligne et une fois surmontée la crise du « réalisme socialiste » imposé sans succès vers 1950, des artistes comme Zbigniew Gostomski (né en 1932), Edward Krasiński (né en 1925), Ryszard Wilniarski (né en 1936) travaillent en liaison avec des centres industriels à projeter des formes pures en mouvement, voire à traduire visuellement des distributions statistiques. Une réaction se dessinait dès 1967 chez les jeunes « Néo » (Jerzy Zieliński, Jan Dobkowski), refusant les « décalogues », revendiquant le droit de l’artiste à « peindre l’homme, les plantes, les objets ».

On n’oubliera pas, d’autre part, le remarquable et original essor de la gravure polonaise au xxe s. — très variée, mais fortement tributaire d’une tradition de gravure populaire sur bois —, qui transpose volontiers dans une atmosphère quasi fantastique de violents contrastes de noirs et de blancs. Parmi de nombreuses œuvres de qualité se détache par son acuité, sa diversité, sa tendance monumentale celle de Władyław Skoczylas (1883-1934). Enfin est à remarquer l’originalité de l’affiche et de la tapisserie polonaises contemporaines.

P. G.

 J. Topass, l’Art et les artistes en Pologne au Moyen Âge (Alcan, 1923) ; l’Art et les artistes en Pologne de la prime Renaissance au préromantisme (Alcan, 1926) ; l’Art et les artistes en Pologne du romantisme à nos jours (Alcan, 1928). / M. Walicki, la Peinture d’autels et de retables en Pologne au temps des Jagellons (les Belles Lettres, 1937) ; Pologne, la peinture du xve siècle (en pol., Varsovie, 1938 ; trad. fr., Unesco, 1964). / C. Filipowicz-Osieczokowska, P. David et P. Guinard, Art polonais, art français, études d’influences (les Belles Lettres, 1939). / Journées internationales d’études dans le cadre de l’exposition « Trésors d’art polonais » à Bordeaux (Impr. Delmas, Bordeaux, 1961). / L’Art populaire polonais (trad. du pol., Éd. Polonia, Varsovie, 1962). / P. Trzeciak, Églises de Pologne (Nouv. Éd. latines, 1967).
CATALOGUES D’EXPOSITIONS : Mille Ans d’art en Pologne (Petit Palais, Paris, 1969). / Peinture moderne polonaise, sources et recherches (musée Galliera, Paris, 1969).