Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pologne (suite)

Andrzej Munk, Jerzy Kawalerowicz, Andrzej Wajda s’imposent comme les maîtres du nouveau cinéma polonais. Leurs œuvres s’attachent tout particulièrement aux traumatismes moraux, psychologiques et politiques qui ont ébranlé la Pologne de l’après-guerre, mais elles le font avec un recul critique qui eût été impensable quelques années auparavant. Certains thèmes (l’héroïsme inutile mais indispensable, la cruelle logique de l’histoire que les individus sont incapables d’analyser mais dont ils subissent les conséquences dramatiques, le déchirement de l’homme qui vit au milieu d’une communauté nationale décimée et divisée) sont traités avec une facture stylistique réaliste ou baroque, pathétique ou ironique, selon les tempéraments des auteurs, mais qui témoigne dans tous les cas d’une profonde maîtrise artistique.

Jerzy Kawalerowicz (Cellulose, 1954 ; l’Ombre, 1956 ; Train de nuit, 1959), Andrzej Munk (Un homme sur la voie, 1956 ; Eroica, 1957 ; De la veine à revendre, 1959) et surtout Andrzej Wajda (Une fille a parlé [ou Génération, 1954] ; Kanal, 1957 ; Cendres et diamant, 1958 ; Lotna, 1959) tournent les meilleurs films de cette époque, qui voit aussi l’accession à la mise en scène d’une pléiade de cinéastes dont Wojciech Has, Kazimierz Kutz, l’écrivain Tadeusz Konwicki, Stanisław Lenartowicz, Tadeusz Chmielewski, Stanisław Różewicz, Janusz Nasfeter, Jerzy Passendorfer, Czesław et Ewa Petelski, Janusz Morgenstern.

Au début des années 1960, le cinéma polonais domine la production de toute l’Europe centrale : Wajda signe les Innocents charmeurs et Samson, Kawalerowicz Mère Jeanne des Anges, Munk la Passagère, Has, Kutz et Konwicki s’imposent comme d’authentiques personnalités, tandis que se révèlent quelques jeunes talents comme Roman Polanski (le Couteau dans l’eau, 1962) et le scénariste Jerzy Skolimowski, qui passera quelque temps plus tard à la mise en scène (Walkover, 1965 ; la Barrière, 1966).

Mais curieusement, dès 1962, le cinéma polonais dans son ensemble marque le pas, laissant la place aux « nouvelles vagues » hongroise et tchécoslovaque. Polanski quitte son pays pour continuer sa carrière en Grande-Bretagne et aux États-Unis (il sera imité ultérieurement par Skolimowski), Wajda (Cendres, 1965) et Kawalerowicz (Pharaon, 1965) sacrifient — avec un certain talent — à la tradition des adaptations littéraires (Stefan Żeromski pour le premier, Bolesław Prus pour le second), qui réclament des mises en scène fastueuses. Le meilleur film de l’époque est le Manuscrit trouvé à Saragosse (1964) de Has, qui utilise avec brio le plus célèbre comédien polonais de l’après-guerre, Zbigniew Cybulski, découvert dans les films de Wajda et dont la personnalité aura marqué toute sa génération (l’acteur meurt accidentellement en 1967).

Ce n’est qu’à la fin des années 1960 que certains jeunes metteurs en scène qui cherchent à se démarquer de leurs aînés en choisissant des sujets moins tributaires de la guerre et de ses conséquences, plus ancrés dans la réalité contemporaine, parviennent à faire sortir la cinématographie polonaise de son ornière. Krzysztof Zanussi (la Structure de cristal, 1968 ; la Vie de famille, 1971 ; Illumination, 1973), Andrzej Żuławski (la Troisième Partie de la nuit, 1971, L’important c’est d’aimer, 1974, réalisé en France) paraissent les valeurs les plus sûres, mais d’autres noms (Wojciech Solarz, Henryk Kluba, Andrzej Kondratiuk, Marek Piwowski, Wladysław Ślesicki, Witold Leszczyński, Krzysztof Kieslowski) apparaissent doués d’un talent très diversifié. Cette flamblée de jeunes metteurs en scène s’accompagne d’un égal renouveau chez les aînés, notamment chez Andrzej Wajda, qui tourne quelques-unes de ses plus belles œuvres (Tout est à vendre, 1968 ; Paysage après la bataille, 1969 ; le Bois de bouleaux, 1970 ; Pilate et les autres, 1971, pour la télévision allemande ; les Noces, 1972 ; la Terre de la Grande Promesse, 1974 ; la Ligne d’ombre, 1976 ; l’Homme de marbre, 1976) et chez le cinéaste-romancier Tadeusz Konwicki (Si loin, si près, 1971).

La cinématographie polonaise a réorganisé ses structures en 1968 et semble à partir de 1972 favoriser l’éclosion d’une « troisième génération » de cinéastes, qui s’impose petit à petit dans les festivals internationaux.

Il faut faire une place de choix dans la production polonaise aux réalisateurs de courts métrages et de documentaires et également aux très brillants représentants de l’animation*. Ces derniers (Zenon Wasilewski, Bronisław Zeman, Jerzy Zitzman, Wacław Wajser, Daniel Szczechura, Miroslaw Kijowicz, Witold Giersz, Walerian Borowczyk [qui poursuivra en France sa carrière dans le long métrage], Jan Lenica, Stefan Schabenbeck, Edward Sturlis, Włodzimierz Haupe, Halina Bielińska, Władysław Nehrebecki), à l’instar de leurs homologues tchèques, yougoslaves, hongrois et bulgares, se sont brillamment imposés sur les écrans mondiaux depuis le début des années 1960.

J.-L. P.


Quelques grands réalisateurs polonais


Aleksander Ford

(Łódź 1908). Après quelques courts métrages, il tourne en 1930 Mascotte, son premier film de fiction, puis la Légion de la rue (1932), qui remporte un grand succès. Parmi ses films suivants, citons Sabra (1933), le Réveil (1934), Nous arrivons (ou la Route des jeunes, 1936), Gens de la Vistule (1936). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il organise la section cinématographique de l’armée polonaise, tourne en 1944 un documentaire (Majdanek) et prend la direction de l’Office national du film (Film Polski). Il réalise ensuite La vérité n’a pas de frontières (1949), la Jeunesse de Chopin (1952), les Cinq de la rue Barska (1954), le Huitième Jour de la semaine (1958), les Chevaliers Teutoniques (1960), le Premier Jour de la liberté (1964).


Wojciech Jerzy Has

(Cracovie 1925). Diplômé de l’Institut du cinéma de Cracovie en 1946, il débute par des courts et moyens métrages documentaires et éducatifs. En 1958 sont projetés ses deux premiers filins de fiction : le Nœud coulant et les Adieux ; suivront Chambre commune (1959), Adieu jeunesse (1960), l’Or (1962), l’Art d’être aimée (1963), le Manuscrit trouvé à Saragosse (1964), les Codes (1966), la Poupée (1968), la Clepsydre (1972).


Jerzy Kawalerowicz