Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pologne (suite)

La Renaissance (xvie s.) est très brillante en Pologne à tous égards, et nous en conservons une riche production de musique sacrée et profane, vocale et instrumentale. La célèbre tablature écrite par Jean de Lublin de 1537 à 1548 contient les documents les plus anciens de la musique d’orgue polonaise, mais aussi 36 danses instrumentales et 2 madrigaux. D’autres tablatures nous offrent des messes à cantus firmus et des motets. Parmi les compositeurs, on citera Sébastien de Felsztyn, Nicolas de Cracovie, Nicolas de Chrzanów, Marcin Leopolita, et, parmi les luthistes, Wojciech Długoraj (v. 1550 - v. 1619), Diomedes Cato (v. 1570 - v. 1615) d’origine vénitienne, Krzysztof Klabon (v. 1550 - v. 1616) et Jakub Polak (v. 1545 - v. 1605). On assiste d’autre part à une floraison de chansons polyphoniques sur textes latins et polonais. La seconde moitié du xvie s. voit apparaître des compositeurs de plus grande envergure encore, tels Venceslas (Wacław) de Szamotuły (apr. 1520 - v. 1560), auteur d’admirables Motets et Psaumes, Cyprian Bazylik (v. 1535 - v. 1600) de Sieradz, Mikołaj Gomółka (v. 1535 - v. 1591), auteur d’un célèbre Psautier à 4 voix, et enfin Mikołaj Zieleński (v. 1550 - v. 1615), dont les Offertoria totius anni et Communiones totius anni, publiés à Venise en 1611, marquent les débuts en Pologne du style polychoral et concertant.

C’est dans ce sens que se développe le baroque polonais (de 1620 à 1740 env.), dominé par les Jésuites, qui entretiennent l’essentiel de la vie musicale. Dès 1621, un premier opéra italien est représenté dans le pays. Le xviie s. polonais nous présente des compositeurs comme Piotr Elert († en 1652), auteur du premier opéra polonais, hélas perdu, Marcin Mielczewski († en 1651), auteur d’une vaste production religieuse polyphonique et concertante, Adam Jarzębski, (v. 1590-1648 ou 1649), violoniste et pionnier de l’art instrumental (Canzoni e Concerti, 1627) et Bartłomiej Pękiel († en 1670), auteur du premier oratorio polonais, Audite mortales (v. 1649). Stanisław Sylwester Szarzyński, qui écrit la première sonate d’église polonaise vers 1700, et Grzegorz Gerwazy Gorczycki (v. 1665-1734) assurent la transition vers le classicisme, qui s’épanouit à partir de 1740 environ : de cette année précisément date la première symphonie polonaise, due à Jacel Szczurowski (1718 ou 1721 - v. 1773). Jakub Gołąbek (v. 1739-1789), Jan Wański et Franciszek Ścigalski sont les symphonistes les plus marquants du xviiie s., tandis que Feliks Janiewicz (1762-1848), fixé à Londres, cultive surtout la musique de chambre et subit l’influence de J. Haydn*. Cependant, en 1778, Maciej Kamieński (1734-1821) avait fait représenter le premier opéra en langue polonaise Nędza uszczęśliwiona (la Misère rendue heureuse). Parmi ses successeurs cultivant le théâtre lyrique, il faut citer au moins le prince Antoni Henryk Radziwiłł (1775-1833), qui fut le tout premier compositeur à mettre en musique le Faust de Goethe (il y travailla de 1806 à sa mort).

Nous parvenons ainsi à l’orée du romantisme et du xixe s. : les Polonaises pour piano de Michał Kleofas Ogiński (1765-1833), les nombreuses Mazurkas et pages lyriques de Maria Agata Szymanowska (1789-1831) préfigurent directement l’art de Frédéric Chopin*. Le génie de ce dernier a éclipsé le talent de ses contemporains, qu’il s’agisse de Franciszek Lessel (1780-1838), de Karol Józef Lipiński (1790-1861), de Józef Elsner (1769-1854) ou de Karol Kurpiński (1785-1857), fécond compositeur d’opéras italianisants. Il importe pourtant de ne pas oublier les pages pianistiques de Józef Nowakowski (1800-1865), ni surtout les remarquables Symphonies d’Ignacy Feliks Dobrzyński (1807-1867). Cependant, le premier compositeur polonais dont la notoriété ait franchi les frontières après Chopin fut Stanisław Moniuszko (1819-1872), qui fut pour l’opéra national de son pays ce que Glinka fut à la Russie, Ferenc Erkel (1810-1893) à la Hongrie et Smetana* à la Bohême. Halka (1848) et le Manoir enchanté (1865) vivent toujours sur les scènes polonaises. Dans un autre domaine, le grand virtuose du violon Henryk Wieniawski (1835-1880), dont on connaît encore la brillante Tarentelle et les deux Concertos, fit lui aussi briller la Pologne au firmament de la musique européenne. Parmi les compositeurs du postromantisme, certains parmi les plus doués n’eurent malheureusement pas le temps de donner leur mesure. Ce fut le cas de Juliusz Zarębski (1854-1885), dont la dernière œuvre, un admirable Quintette avec piano, s’égale aux chefs-d’œuvre de la musique de chambre de son temps. Ce fut davantage encore le cas de Mieczysław Karłowicz (1876-1909), tué par une avalanche dans les Tatras qu’il aimait, l’un des membres les plus éminents, aux côtés de Szymanowski, du groupe « Jeune Pologne ». Les six grands Poèmes symphoniques, la Symphonie (1902), le Concerto pour violon (1902), les Mélodies avec orchestre font amèrement regretter sa fin prématurée et se situent au sommet de la musique polonaise de l’époque, tout en s’inscrivant au rang des plus belles et émouvantes réussites du symphonisme postromantique. À côté du génie de Karłowicz, ses contemporains pâlissent, et cependant il ne manque pas de pages de valeur dans l’abondante production d’un Władysław Żeleński (1837-1921), fécond compositeur d’opéras, d’un Zygmunt Noskowski (1846-1909), auteur notamment de l’excellent poème symphonique la Steppe (1896), d’un Witold Maliszewski (1873-1939) ou d’un Ludomir Różycki (1884-1953). Et il ne faut pas oublier la haute figure d’Ignacy Jan Paderewski (1860-1941), éminent pianiste et auteur, parmi une trentaine d’autres ouvrages, d’une monumentale symphonie (1908).

Le génie étrange, raffiné, morbide de Karol Szymanowski domine la musique polonaise de la première moitié du xxe s. Szymanowski (1882-1937), parti de R. Strauss et de M. Reger, subit ensuite l’ascendant de Debussy et d’A. Skriabine, pour atteindre enfin, grâce à l’étude intensive du folklore des montagnards des Tatras, à un classicisme universaliste rappelant celui de la maturité de Bartók. L’opéra le Roi Roger (1924, création en 1926), le ballet Harnasie (1931, création en 1935), le Stabat Mater (1926), les quatre Symphonies, les deux Concertos pour violon (1917 et 1933), les pages de musique de chambre, les œuvres pour piano et les nombreuses mélodies sont aujourd’hui classiques en Pologne.