Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pologne (suite)

Quand, après 1945, s’instaure le gouvernement de la République populaire de Pologne, les romans, nouvelles et récits portent d’abord sur la dernière guerre et l’occupation (la Nuit, 1945, de Jerzy Andrzejewski ; la Ville insoumise, 1946, de Kazimierz Brandys ; Médaillons, 1946, de Zofia Nałkowska ; Au pays du silence, 1946, de Wojciech Żukrowski ; Jan Dobraczyński ; Tadeusz Borowski ; Seweryna Szmaglewska ; Pola Gojawiczyńska), sur l’époque qui les a précédées, ou sont une confrontation des idéologies (Tadeusz Breza ; Kazimierz Brandys ; Cendres et diamants, 1948, de Jerzy Andrzejewski ; Zofia Nałkowska ; Jerzy Putrament).

La poésie trouve ses thèmes dans les tragiques années de 1939-1945 (L. Staff, J. Tuwim, J. Przybós, M. Jastrun, W. Broniewski, A. Ważyk, S. R. Dobrowolski, T. Różewicz) ; K. I. Gałczyński est l’auteur d’une poésie lyrique et multiplie les jeux et la fantaisie. Le drame aborde les questions actuelles (Jerzy Szaniawski, Leon Kruczkowski, Jerzy Zawieyski) et les événements de l’occupation allemande.

Les années 1949-1954 sont marquées par le « réalisme socialiste », utilitaire et dogmatique ; un grand nombre d’ouvrages sans valeur réelle paraissent ; quelques-uns pourtant ont des qualités évidentes, tels Génération (1951) de Bohdan Czeszko, Souvenir de Cellulose (1952) de Igor Newerly. Les chroniques et nouvelles de M. Dąbrowska et les essais de J. Parandowski sont des œuvres d’humanistes. Au théâtre, les Allemands (1949) de L. Kruczkowski sont riches de promesses.

De nouvelles perspectives s’ouvrent à la littérature vers 1956 ; des tentatives originales apparaissent et les contacts avec l’étranger se développent. En prose, les analyses du monde contemporain passent au premier plan (K. Brandys, T. Breza, T. Konwicki, J. Andrzejewski, W. Żukrowski, S. Dygat). On voit sous un jour nouveau certains événements de la lutte contre l’occupant (Avoir vingt ans à Varsovie, 1957, de Roman Bratny). Melchior Wańkowicz (1892-1974) publie des romans et des reportages (Monte Cassino, 1945-1947). La jeune génération compose des romans psychologiques et sociaux (Marek Hłasko, Marek Nowakowski). Les ouvrages de Stanisław Piętak, de Tadeusz Nowak, d’Ernest Bryll et de Julian Kawalec peignent la campagne polonaise.

Le passé et la tradition culturelle attirent l’attention des essayistes (Paweł Jasienica) et des auteurs de vies romancées (Marian Brandys) ; le roman historique est représenté par T. Parnicki et Z. Kossak-Szczucka, la science-fiction par Stanisław Lem. Quant à J. Iwaszkiewicz*, poète, prosateur et auteur dramatique, il témoigne de curiosités et de préoccupations diverses.

La prose évolue ; le roman traditionnel est remplacé par d’autres genres littéraires : le monologue ou l’essai (J. Andrzejewski ; W. Mach ; Lettres à Mme Z., 1960, de K. Brandys ; la Porte de bronze, 1960 de T. Breza), la satire ou le grotesque (Sławomir Mrożek). De nouvelles tendances se font jour en poésie (Zbigniew Herbert, Wisława Szymborska, Miron Białoszewski) ; un désir de nouveauté et d’expériences formelles (Stanisław Grochowiak, Jerzy Harasymowicz, Tadeusz Nowak), un courant satirique ou d’un lyrisme discret (Ernest Bryll, Jarosław Marek Rymkiewicz) sont les témoins d’une vive activité intellectuelle.

En 1960, le théâtre joue le Premier Jour de la liberté de L. Kruczkowski. Le drame réaliste subit une crise ; il est remplacé par le drame poétique (S. Grochowiak, Z. Herbert), philosophique et satirique (T. Różewicz, E. Bryll) et absurde (Tango, 1965, de S. Mrożek), qui apporte une incontestable nouveauté.

L’œuvre des Polonais émigrés comprend les livres de nombreux écrivains, poètes, essayistes et critiques qui ont quitté leur pays avant ou après la Seconde Guerre mondiale. Citons, au premier rang, J. Lechoń, K. Wierzyński, Cz. Miłosz, W. Gombrowicz et, plus récemment, S. Mrożek.

K. S.

 S. Marcel, Histoire de la littérature polonaise des origines au début du xixe siècle (La Colombe, 1957). / M. Herman, Histoire de la littérature polonaise des origines à nos jours (Nizet, 1963). / La Grande Encyclopédie universelle (en polonais, Varsovie, 1962-1970 ; 13 vol.). / C. Jelenski, Anthologie de la poésie polonaise (Éd. du Seuil, 1965). / E. Csató, le Théâtre polonais contemporain (Interpress, Varsovie, 1968). / J. Krzyzanowski, Histoire de la littérature polonaise (en polonais, Varsovie, 1969).


La musique polonaise

Dès ses origines connues, la musique polonaise a été tournée vers l’Occident, dont elle a absorbé les influences pour féconder son propre terroir. En ce qui concerne le Moyen Âge et la Renaissance, beaucoup de documents sont malheureusement perdus, et certains parmi les plus importants ont été détruits durant la Seconde Guerre mondiale. Christianisée dans la seconde moitié du xe s., la Pologne nous livre sa première antienne originale, Magna vox laude sonora, à peine un siècle plus tard. Durant le Moyen Âge le plain-chant grégorien cultivé dans les couvents coexiste avec le fonds populaire. À partir du xiiie s., le rapprochement de ces deux éléments s’effectue dans les séquences et les drames liturgiques représentés par les clerici vagantes. Le premier nom de compositeur qui nous soit parvenu est celui de Wincenty de Kielce (v. 1200 - v. 1261), chanoine de Cracovie. Dès le xiiie s., une mélodie comme le célèbre Bogurodzica (à la Mère de Dieu) révèle l’influence des trouvères français. Les premières polyphonies (un Benedicamus à 2 voix de la fin du xiiie et un Surrexit Christus hodie à 3 voix du milieu du xive s.) suivent les modèles des organa de l’école Notre-Dame*. Le style de l’Ars nova ne pénétrera dans le pays qu’au début du xve s., moment où apparaît le premier compositeur important, Nicolas de Radom, qui vivait à Cracovie (3 Messes à 3 voix, 1 Magnificat). Parallèlement, la musique profane s’émancipe et se polyphonise : on trouve même mention d’un claveciniste à la cour de Cracovie en 1422.