Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Platon (suite)

Lié à l’aristocratie, Platon trouve sans doute de son goût les critiques que Socrate ne ménage pas contre les principes et les mœurs de la démocratie. Pourtant, malgré les attaches familiales qui le lient avec certains des instigateurs du coup d’État des Trente, l’oligarchie instaurée en 403-402 ne le satisfait pas davantage : « Je m’écartai des abominations qui alors se commettaient », dit-il dans la Lettre VII. La mort de Socrate, même si ses dirigeants n’en sont pas directement responsables, n’améliore pas pour autant les sentiments de Platon pour la démocratie revenue. D’ailleurs (est-ce crainte de représailles contre les anciens amis de Socrate ?), il part alors quelque temps pour Mégare, où Euclide le Socratique et son groupe l’accueillent. C’est de son retour à Athènes que datent vraisemblablement ses premiers dialogues ainsi qu’un premier groupe d’amis et d’élèves, dont il est le centre : c’est une préfiguration de l’Académie.

Commencent alors des années de voyages. Le premier le conduit en Égypte (il s’y rend, dit-on, en négociant avec une cargaison d’huile qu’il veut vendre à Naukratis), puis à Cyrène, où il rencontre l’un des protagonistes du futur Théétète, Théodore le mathématicien, et Aristippe de Cyrène, qui avait été de l’entourage de Socrate. Un deuxième voyage le mène en Italie du Sud, où il veut rencontrer le pythagoricien Archytas, sans doute moins (comme certaines traditions le laissent entendre) pour être initié à quelque doctrine secrète que simplement pour connaître cet homme, qui avait instauré à Tarente un gouvernement dont les principes reposaient sur la philosophie. Invité par Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, Platon gagne ensuite la Sicile. Mais son séjour à la cour du tyran, où règne une vie extrêmement dissolue, sera bref : un conflit sur lequel nous ne savons pas grand-chose, mais qu’il n’est pas difficile d’imaginer, l’oppose bientôt à Denys, qui le met d’office dans un bateau. Cette première aventure sicilienne de Platon va connaître une fin picaresque. Le bateau fait escale à Égine, où Platon est gardé comme esclave, mais, reconnu par un certain Annicéris qu’il avait rencontré à Cyrène, Platon est finalement racheté et libéré. Il est de retour à Athènes en 387.

Il achète alors un gymnase et un parc situés au nord-ouest de la ville et y fonde l’Académie (c’était le nom du lieu), première école de philosophie dont l’existence soit historiquement incontestable. L’Académie est dotée d’un statut juridique propre, a un règlement intérieur, dispose de logements destinés aux élèves et, en plus des salles de cours, d’un muséum où sont conservés livres et objets scientifiques. Xénocrate, Héraclide du Pont, Eudoxe de Cnide, Théétète, Speusippe, Aristote figurent parmi les maîtres. Il ne semble pas que le dialogue socratique y soit la seule méthode d’enseignement en vigueur : le recours au livre n’est pas exclu (comme en témoigne l’existence d’écrits de Platon lui-même) ni l’exposé continu, comme, à ce qu’il semble, c’est le cas des doctrines non écrites de Platon qu’Aristote a transmises. Le rayonnement de l’Académie est considérable. Du monde hellénique entier, on vient y acquérir une philosophie dont le but avoué est politique : établir la justice.

Denys l’Ancien meurt en 367, et son fils, Denys le Jeune, lui succède. Dion, beau-frère du premier, propose alors à Platon (dont il a été l’élève) de revenir à Syracuse. Certains disent que la République vient d’être écrite et que Platon voit dans cette offre l’occasion d’en mettre les principes à l’épreuve en entreprenant de faire du jeune tyran un philosophe. Il confie donc la charge de l’Académie à Eudoxe. Mais à un accueil chaleureux succède vite la méfiance. Dion et Platon sont soupçonnés de vouloir exercer le pouvoir pour leur propre compte. Le premier est alors exilé, et Platon reste quelque temps prisonnier dans le palais royal, jusqu’à ce que, obligé lui-même de partir pour une expédition militaire, Denys se décide à le relâcher. Telle est la deuxième aventure sicilienne.

Platon reste alors six années à Athènes. Mais, en 361, de nouveau Denys le rappelle. « Tandis que du côté de la Sicile comme de l’Italie on me tirait à soi, du côté d’Athènes on me poussait en quelque sorte dehors à force de prières ! » dit la Lettre VII. Platon confie donc l’Académie à Héraclide du Pont et repart pour Syracuse, où c’est de nouveau la brouille avec Denys, qui l’assigne à résidence. Il faut l’intervention d’Archytas de Tarente, qui envoie même un bateau pour le ramener à Athènes, pour qu’il sorte sain et sauf de cette troisième et dernière aventure sicilienne.

Dion, pour sa part, ne renonce pas à ses ambitions. Il lève avec des amis de l’entourage de Platon une petite troupe, débarque en Sicile et entre à Syracuse, où il instaure une dictature. Mais, trois ans plus tard (354), il est, lui en qui Platon n’avait cessé de voir le roi-philosophe qui promettait de réaliser sa République, assassiné par le plus proche de ses amis, Calippos, « platonicien » lui aussi.

Platon est resté à Athènes, où il continue à enseigner et à écrire. Il est en train d’achever les Lois quand il meurt vers 348.


L’œuvre

Si tous les écrits philosophiques de Platon ont été conservés (ce qui constitue un fait exceptionnel pour un auteur de l’Antiquité), tout ce qui nous a été transmis sous le nom de Platon n’est, en revanche, pas toujours d’une authenticité certaine.

Après les excès du xixe s., qui est allé jusqu’à contester l’attribution des Loi, du Parménide, du Sophiste, du Politique et du Philèbe à Platon, on considère généralement aujourd’hui comme apocryphes ou douteux le Second Alcibiade (De la prière), l’Axiochos (De la mort), les Définitions, le Démodocos (De la délibération), l’Epinomis (littéralement : Supplément aux Lois), l’Eryxias (De la richesse), l’Hipparque (Ou l’homme avide de gagner), Du Juste, les Lettres (à l’exception des VIIe et VIIIe), le Minos (De la loi), les Rivaux (De l’amour du savoir), le Sisyphos (De la délibération), le Théagès (Sur le savoir) et De la vertu.