Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pitt (William) (suite)

À l’époque, il est physiquement à bout de force. Pourtant, c’est plein d’énergie qu’il aborde son dernier combat. Il a beaucoup médité pendant sa retraite forcée : il a compris qu’une victoire navale ne suffit pas pour vaincre la France. Au moment où, du camp de Boulogne, l’Angleterre paraît seule menacée, Pitt comprend qu’il ne faut surtout pas se concentrer sur la défense de l’île. Il a l’audace de concevoir un vaste plan : les puissances continentales devront d’abord attirer les troupes françaises vers l’est. Pendant ce temps, la flotte britannique regagnera le contrôle de la haute mer, et, maîtresse de la Méditerranée, permettra par un débarquement en Italie de prendre les Français à revers. Le plan est bon, mais prématuré : seules l’Autriche et la Russie osent se dresser contre Napoléon* ; et leurs généraux n’ont pas encore compris la leçon napoléonienne. Si la victoire de Trafalgar offre à Pitt l’une des plus grandes joies de sa vie, la plus amère déception survient bientôt avec la nouvelle d’Austerlitz. Épuisé, déçu, il meurt peu après.

La stratégie européenne de Pitt a incontestablement échoué. Pourtant, Trafalgar écarte définitivement d’Angleterre la menace napoléonienne. Cette victoire permet aussi la réussite de la politique de Blocus* continental, décisive dans l’échec final de Napoléon. Mais le plus grand mérite du Second Pitt fut sans doute d’avoir, par son souci d’une bonne administration, son habileté financière, son immense honnêteté et son solide bon sens, permis à l’Angleterre d’aborder la lutte décisive contre l’Empire dans les meilleures conditions possibles. Le Second Pitt ne fut pas un génie éblouissant et déroutant comme son père (on a dit qu’il était plus Grenville que Pitt !). Il n’eut pas moins d’influence sur le destin de sa patrie.

J.-P. G.

➙ Directoire / Empire (Premier) / Grande-Bretagne.

 D. G. Barnes, George III and William Pitt, 1783-1806. A New Interpretation based upon a Study of Their Unpublished Correspondance (Stanford, Calif., 1939). / J. W. Derry, William Pitt (Londres 1962). / J. Ehrman, The Younger Pitt (Londres, 1969).

Pittsburgh

V. des États-Unis, en Pennsylvanie.


L’importance stratégique des « Fourches de l’Ohio » (rivière formée par la confluence de l’Allegheny et de la Monongahela) se révéla dès le xviiie s., lors des rivalités franco-anglaises en Amérique du Nord. Les Français y bâtirent Fort-Duquesne en 1754 ; les Anglais s’en saisirent en 1758 et lui donnèrent le nom de Pittsburgh. Après les traités de 1763, les colons britanniques y affluèrent. Tête de la navigation sur l’Ohio, Pittsburgh fut la principale porte de l’Ouest jusqu’à la construction du canal de l’Érié en 1825, qui détourna les routes de colonisation vers les Grands Lacs.

Deux des industries majeures de Pittsburgh apparurent très tôt, la construction navale à la fin du xviiie s. et la sidérurgie au début du xixe s. Celle-ci disposait de minerais de fer locaux, du calcaire du plateau Allegheny et du charbon de bois tiré des forêts encore vierges. En 1829, on comptait huit fonderies produisant 6 000 t de fer par an.

Une succession d’événements favorables allaient donner une impulsion remarquable à la sidérurgie. L’exploitation de la houille au flanc des vallées permit la fabrication du coke, utilisé pour la première fois dans un haut fourneau en 1859. Pittsburgh put également s’approvisionner en minerai du lac Supérieur grâce à l’organisation de moyens de transport par eau et par rail. La guerre de Sécession transforma Pittsburgh, comme d’autres villes du Nord, en arsenal des armées de l’Union. La construction des chemins de fer dans le Centre et l’Ouest entraîna une demande d’acier considérable, dont des hommes d’affaires avisés, tels Andrew Carnegie et Henry Frick, surent faire profiter Pittsburgh. La puissance des magnats de l’acier leur permit de maintenir un quasi-monopole et de protéger des investissements coûteux en imposant aux producteurs des autres centres sidérurgiques le prix dit « Pittsburgh plus » (prix égal à celui de l’acier de Pittsburgh, majoré des frais fictifs du transport de la capitale de l’acier au centre producteur concurrent ; ce tarif, modifié en 1924, fut aboli en 1948).

Pittsburgh est toujours un des grands centres producteurs d’acier (le deuxième après Chicago depuis quelques années), livrant de 30 à 32 Mt par an ; c’est le siège des puissantes usines de l’U. S. Steel (fondé par Carnegie) et de Jones and Laughlin. Mais la sidérurgie primaire y est presque une « mono-industrie » (elle occupe de 40 à 45 p. 100 des emplois industriels) avec les dangers que comporte cette orientation. En effet, l’abolition du « Pittsburgh plus », la migration de la sidérurgie vers l’ouest, la concurrence des aciers étrangers, l’usage de matériaux nouveaux et la demande décroissante de main-d’œuvre peu qualifiée mettent la sidérurgie, les travailleurs et la ville même dans une situation difficile, d’autant plus que les possibilités de conversion sont peu nombreuses. Les autres industries comprennent le textile, la construction mécanique, l’appareillage électrique (Westinghouse), l’électronique, l’industrie alimentaire (Heinz) et la construction navale. Au total, l’emploi industriel s’élève à 290 000 personnes, ce qui place Pittsburgh au huitième rang des centres manufacturiers ; mais, à cause du poids relatif de la sidérurgie, Pittsburgh n’est qu’au dixième rang pour la valeur ajoutée par l’industrie (env. 4 milliards de dollars).

Les autres activités comprennent les services, des laboratoires de recherche industrielle, la fonction scientifique et technique (Carnegie Institute of Technology, University of Pittsburgh). Une part importante du trafic de l’Ohio (80 Mt), de la Monongahela (30 Mt) et de l’Allegheny (4 Mt) correspond à l’approvisionnement et aux expéditions des industries de Pittsburgh (charbon, coke, minerai, fonte, acier, produits pétroliers).