Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pitt (William) (suite)

La politique extérieure, qui a réservé à Pitt tant de satisfactions au début de son ministère (bonne entente avec la France, conclusion d’une Triple-Alliance avec la Prusse et la Hollande), devient cause de graves soucis. Certes, la crise hollandaise qui voit l’affrontement du parti républicain, soutenu par la France, et du parti du stathouder Guillaume V, soutenu par la Prusse et l’Angleterre, a un rapide dénouement, le parti républicain s’étant effondré sitôt les troupes prussiennes entrées en Hollande : mais les relations franco-anglaises s’aigrissent. Surtout, en 1789, éclate la Révolution* française. Si Edmund Burke, par exemple, la dénonce aussitôt et prône contre elle une véritable croisade, Pitt manifeste une grande prudence, car il ne veut pas renoncer à sa politique d’entente avec la France, dont les avantages économiques et financiers sont grands. Pourtant, les rapports entre les deux pays se détériorent rapidement. Lorsque la Convention* déclare la guerre à l’Angleterre et à la Hollande le 1er février 1793, elle ne fait que précipiter l’inévitable. Au reste, l’exécution de Louis XVI est moins grave aux yeux de Pitt que l’occupation des Pays-Bas autrichiens et les menaces qui pèsent sur la Hollande : la guerre n’est pas la croisade idéologique souhaitée par Burke ; le réaliste Pitt entend surtout détendre le commerce britannique et ses débouchés.


Pitt et la guerre contre la République (1793-1801)

L’entrée en guerre précipite un certain nombre de modifications dans la vie politique anglaise. Tout d’abord, elle entraîne l’élimination du mouvement radical. La misère des ouvriers, l’inadaptation du système parlementaire anglais et surtout l’exemple français ont provoqué la naissance de nombreuses sociétés politiques hostiles à l’égard des whigs comme de Pitt, et qui sont favorables aux révolutionnaires français. Sitôt la guerre déclarée, ce mouvement est décapité par une retentissante série de procès : la plupart des leaders des sociétés radicales sont en effet accusés de haute trahison, du fait de leur sympathie pour la France. S’ils sont tous acquittés en Angleterre (procès Hardy, Horne Tooke), il n’en va pas de même en Écosse (déportation de Thomas Muir et de Thomas Palmer). Ces mesures, jointes à la poussée nationaliste consécutive à la guerre, causent la disparition du mouvement radical.

La guerre fait une autre victime politique : le parti whig. Si Fox, en bon whig soucieux de voir les prérogatives de la Couronne réduites, a d’emblée salué la Révolution française, Burke au contraire a tout de suite réalisé qu’il était absurde de croire que les Français faisaient enfin « leur révolution de 1688 » ! Fox et Burke se brouillent. Dès le début de la guerre, Burke, William Windham, James Harris, comte de Malmesbury, le baron de Loughborough et une vingtaine d’autres députés rejoignent le parti gouvernemental. En 1794, le duc de Portland et le comte de Fitzwilliam entraînent la majorité du parti dans cette voie. L’ascendant de Pitt sur le ministère n’en est nullement modifié : son extraordinaire connaissance des dossiers, sa compétence universellement reconnue et son application constante le maintiennent bien au-dessus de ses nouveaux collègues whigs auxquels il a offert des postes ministériels. Fox reste seul dans l’opposition.

Pitt peut donc mener la guerre comme il l’entend. Les deux points cruciaux sont la marine et les finances, l’Angleterre n’ayant ni les moyens ni l’envie d’intervenir sur le continent : aussi assiste-t-elle impuissante aux victoires des armées de la République. Du moins la mer reste-t-elle sous contrôle britannique. Les convois de ravitaillement américains destinés à la France sont pourchassés sur l’Atlantique. En février 1797, l’amiral Jervis détruit la flotte espagnole au cap Saint-Vincent. Mais, peu après, une terrible mutinerie immobilise la flotte anglaise.

La prompte intervention du gouvernement, maniant tantôt les réformes (flotte de la Manche), tantôt la rigueur (flotte de la mer du Nord), permet de surmonter l’épreuve avant que les Français et leurs alliés hollandais aient pu profiter de l’occasion. En octobre 1797, la flotte hollandaise est écrasée à Camperdown. L’année suivante Nelson* coule à Aboukir la flotte française de la Méditerranée, ruinant du même coup les espoirs orientaux du général Bonaparte. À la domination continentale exercée par la France répond l’empire de l’Angleterre sur les mers.

La guerre est pourtant un gouffre financier. L’effort de redressement entrepris depuis 1783 par Pitt porte ici ses fruits. La suspension des paiements de la Banque d’Angleterre en 1797, l’introduction du papier-monnaie, la création de l’impôt sur le revenu, l’augmentation des autres impôts, autant de mesures que seul Pitt est capable de prendre sans provoquer trop d’oppositions. Grâce à son renom et à sa vigilance, la confiance du public ne manque jamais, et, malgré l’alourdissement considérable du prélèvement fiscal, il est possible d’obtenir près de 3 millions de livres de souscriptions volontaires. Pourtant, Pitt sent le besoin d’une pause : il fait son possible en faveur de la paix, et il approuve la conclusion du traité d’Amiens en 1802. Mais il n’est plus alors au gouvernement : la question irlandaise a entraîné sa chute.


Le dernier combat (1801-1806)

Pitt ne s’oppose pas au ministère Addington qui lui succède : il le soutient même, malgré l’avis de ses jeunes émules, Canning*, Castlereagh* et le marquis de Cornwallis, qui lui reprochent de plus songer à son honneur qu’au salut du pays. Mais, lorsque la guerre reprend, l’attitude de Pitt change : la politique financière et navale d’Henri Addington apparaît en effet parfaitement inepte. D’ailleurs, tout le monde veut voir le « Pilote » reprendre la barre : ce n’est que lorsqu’il a réalisé que George III n’acceptera jamais qu’il prenne la tête d’un gouvernement d’union nationale où figurerait Fox que Pitt met fin aux négociations qu’il a entreprises et revient au gouvernement (mai 1804) sans plus attendre.