Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

arme (suite)

Ainsi se généralise cette « invention maudite », sans laquelle, écrit Monluc, « tant de braves et vaillants hommes ne seraient pas morts le plus souvent de la main de poltrons qui n’oseraient regarder au visage ceux que, de loin, ils renverseront de leurs balles ». Ces transformations modifient la forme du combat, qui, lui-même, va bientôt céder le pas à la bataille multi-armes, jusqu’au jour où celle-ci disparaîtra même du vocabulaire militaire pour ne plus laisser que le gouffre de la guerre*. Le champ d’honneur, peu à peu transformé en champ de bataille, ne sera plus un jour qu’un champ de tir, et le xxe siècle parlera de zones de destruction.

La fabrication des armes est devenue trop délicate et coûteuse pour rester artisanale. Seul l’État a les moyens de fabriquer des armes à feu et leurs projectiles, qui vont se multiplier sans cesse ; cette profusion d’armes obligera à spécialiser les combattants dans l’emploi de telle ou telle d’entre elles. Ainsi s’organiseront à l’intérieur des armées ces corps différenciés par leur armement autant que par leur mission, infanterie*, cavalerie*, artillerie*, auxquels on donnera aussi le nom d’armes. Cette révolution ne reste pas le propre des armées de terre. La défaite de l’Invincible Armada espagnole en 1588 a montré que, sur mer aussi, l’abordage au sabre ne pouvait plus se mesurer avec la bordée d’artillerie (v. marine).


Vers l’apogée des armes à feu classiques

Il a d’abord fallu maîtriser les effets de la poudre et ensuite miniaturiser les armes à feu. Celles-ci sont initialement trop rudimentaires pour prendre en charge toute l’action du champ de bataille : elles coopèrent avec les armes de main. Vers la fin du xviie s.. on arrive à coupler le fusil avec l’arme d’attaque primitive, devenue l’épéebaïonnette, ce qui décuple les possibilités de l’infanterie. Toutefois, le xviie siècle est avant tout celui de la généralisation de l’emploi du canon, qui conquiert définitivement son droit de cité et entraîne la promotion de l’artillerie au rang de troisième arme constitutive des armées.

Au xviiie s., la foi dans la science, l’esprit de recherche et les transformations du travail des métaux font bénéficier les armes d’un progrès technologique considérable. L’époque est dominée par des « ingénieurs », qui, tels Jean Florent de Vallière (1667-1759) et surtout Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789) en France, donnent au matériel d’artillerie une uniformité qui permet sa fabrication en grand nombre et une mobilité qui accroît singulièrement sa puissance. On sort de l’artisanat, et les bases sont jetées d’une véritable industrie des armes : les canons de Gribeauval et le fusil modèle 1777 feront toutes les guerres de la Révolution et de l’Empire.


1815-1914 : un siècle de perfectionnement technique

C’est au xixe s. que l’apport des chercheurs et des ingénieurs sera le plus marquant pour perfectionner l’armement existant. Dans cette évolution, on peut distinguer deux stades.

• De 1820 à 1870 naît en Europe la version moderne des armes classiques. L’apparition de la rayure du tube à partir de 1850 améliore la précision, et celle du chargement par la culasse la cadence du tir. Le projectile se perfectionne en même temps par la mise au point de l’amorce de la cartouche, tandis que les rayures permettent de donner aux balles et aux obus une forme oblongue réduisant leur calibre pour un même poids.

• De 1870 à 1914, Français et Allemands, engagés dans la course aux armements, rivalisent dans leurs recherches techniques pour augmenter leur puissance de feu en améliorant la rapidité du tir. Le but recherché est de diminuer le travail du tireur entre deux coups consécutifs, c’est-à-dire de réaliser un chargement automatique. La première réussite en ce domaine est celle du colonel américain Samuel Colt (1814-1862), qui, en 1840, invente le magasin à munitions cylindrique mobile autour d’un axe. Avec le système tournant (revolving) du revolver naît la première arme à répétition. L’idée se développera en des chemins divers et donnera notamment naissance, en 1886, au fusil français à répétition Lebel.

L’amélioration des armes à répétition conduisit à leur donner un total automatisme. En utilisant soit un emprunt des gaz produits par l’explosion de la poudre, soit le mouvement de recul qu’elle provoque, des armes nouvelles, appelées dès 1870 mitrailleuses*, vont peu à peu transformer le tir d’infanterie. L’arme automatique était née au moment même où, grâce à la découverte de la mélinite (1885), l’efficacité du projectile d’artillerie était décuplée et sa précision augmentée par l’amorçage désormais réglable de sa fusée. Enfin, la. mise au point d’un lien élastique à long recul (frein et récupérateur) fera du canon de 75 mm français modèle 1897 le prototype du canon de campagne à tir rapide et précis sans dépointage.


La Première Guerre mondiale

Mobilité, rapidité du tir, puissance du feu, toutes les acquisitions des armes du xixe s. vont plafonner dans la guerre de 1914-1918. Mais ce qui caractérisera ce conflit, c’est, en raison de sa durée, de l’ampleur des effectifs et des fronts, la quantité massive d’armes et de munitions que dévorera le champ de bataille, dont l’existence quotidienne est liée au rendement de la production industrielle. « C’est en fait la fabrication, écrit Foch dès novembre 1916, qui va régler la marche de l’offensive, c’est-à-dire de la guerre. »

Dans le domaine de l’armement, les nouveautés de ce conflit ne résulteront que de l’utilisation militaire de récentes découvertes. La plus spectaculaire est celle du véhicule à moteur, porteur de canon et recouvert d’un blindage, qui n’est autre que du feu se déplaçant sous protection sur le champ de bataille : les premiers chars de 1916-1918, appelés « artillerie d’assaut », sont les ancêtres d’une nouvelle famille d’armes (v. blindé). Au même moment, l’avion, qui passe du stade sportif de 1914 au stade industriel de 1918, de la carabine à la bombe de 1 tonne, donne au combat une troisième dimension. Avec lui naît non seulement un nouveau système d’arme, mais une véritable armée nouvelle, dont les effets se combineront aussi bien avec le combat terrestre qu’avec le combat naval.