Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pise (suite)

Les institutions urbaines

Créée par une association privée d’armateurs dont les consuls absorbent les fonctions vicomtales à la fin du xie s. et qui exercent à l’origine une autorité illégale, la commune de Pise n’est sans doute reconnue pour la première fois par l’empereur Lothaire II qu’en 1132 et confirmée que le 6 avril 1162 par son successeur, Frédéric Ier Barberousse, lorsque celui-ci concède à la ville l’exemption des droits commerciaux dans l’empire et la juridiction civile et criminelle sans restriction.

Symbolisée par l’apposition d’un sceau sur tous les actes officiels au moins dès 1165, cette autonomie de Pise repose depuis la fin du xie s. sur l’entente de l’archevêque et des consuls, issus également des consorterie de grande noblesse foncière indifférente au commerce (Visconti, Opezzinghi, etc.) ou des consorterie de moyenne noblesse, pour lesquelles la marchandise est une indispensable source de revenus (Assopardi, Lanfranchi, etc.). À la base, le Parlamentum civitalis, assemblée générale des habitants, peut exprimer des plaintes collectives, mais ne peut en fait contrôler le pouvoir.

Celui-ci est en réalité détenu par les consuls, qui décident de la paix et de la guerre, de la levée des troupes, de l’armement des flottes, de la désignation de leurs successeurs, des officiers de la commune et des sénateurs. Ces derniers constituent le consilium credentiae, ou senatus, organe de 40 membres qui ne s’oppose qu’en théorie aux décisions des consuls qui l’ont créé et qui se recrute d’ailleurs dans le même milieu social. Quant au pouvoir judiciaire, il est détenu soit par des juges impériaux, soit par des provisores, qui jugent, les premiers, selon le droit romain, les seconds selon le droit coutumier en se référant au Constitutum legis ou au Constitutum usus, codes rédigés sur l’ordre de la commune et appliqués par les deux juridictions à partir de 1162 sous la surveillance d’un consul spécialisé.

Disposant en outre d’un service administratif important dirigé par un chancelier, profitant par ailleurs du conflit qui oppose les pays aux empereurs, sur lesquels ils s’appuient, bénéficiant enfin de la complicité du chapitre cathédral, les consuls finissent par éliminer du gouvernement de la ville l’archevêque, le privant au bénéfice de la commune des droits de rivage (ripaticum) en 1163, séquestrant ses biens pour dettes en 1166, limitant même l’exercice de la justice que le tribunal épiscopal rend sur les terres du contado. Dès lors, la commune est en fait seule responsable du destin de la ville.

P. T.

➙ Corse / Florence / Gênes / Italie / Toscane.

 G. Rossi-Sabatini, l’Espansione di Pisa nel Mediterraneo, fino alla Meloria (Florence, 1935). / M. A. Bragadin, Republiche italiane sul mare (Milan, 1951 ; trad. fr. Histoire des républiques maritimes italiennes, Venise, Amalfi, Pise, Gênes, Payot, 1955). / D. Herlihy, Pisa in the Early Renaissance. A Study of Urbangrowth (New Haven, Connect., 1958). / E. Cristiani, Nobilità e popolo nel comune di Pisa dalle origini del podestariato alla signoria dei Donoratico (Naples, 1962).


L’art à Pise

Port florissant au xiie s., la ville s’agrandit et manifeste sa richesse dans la création architecturale. Les Pisans achèvent la construction de leur cathédrale, située au nord-ouest et un peu à l’écart de l’agglomération : ce monument, dont le style résulte d’influences byzantines et lombardes, sera un modèle pour les architectes de la région (Lucques). La république réédifie dans le même style et revêt de marbre la plupart de ses églises (telle San Paolo a Ripa d’Arno). Ainsi naît l’architecture romane pisane, qui rayonnera en Toscane et en Sardaigne. À côté de la cathédrale s’élèvent ensuite le baptistère, le campanile et le Camposanto, ensemble de la piazza dei Miracoli qui témoigne toujours avec éclat de la grandeur ancienne de Pise.

Commencée en 1063 par l’ingénieur et architecte Buscheto et continuée par Rainaldo, la cathédrale fut consacrée en 1118, mais son achèvement complet se situe vers la fin du siècle seulement et elle a subi d’importantes restaurations après l’incendie de 1595. Au-dessus des grands arcs engagés de l’étage inférieur se développe l’invention pisane d’une façade entièrement couverte de galeries superposées à petites arcatures. Seule la porte de bronze du transept sud est du xiie s. (Bonanno Pisano). À l’intérieur, le plan est celui des basiliques romaines : immense croix latine divisée en cinq nefs à arcs en plein cintre et colonnes corinthiennes, terminée par une grande abside. Les deux bras du transept, traversés par les tribunes qui surmontent les nefs latérales, sont eux-mêmes à trois nefs et se terminent par des absides. Commandant toute cette organisation, une coupole surmonte la croisée du transept, tandis que la nef principale a un plafond Renaissance à caissons dorés. Les nefs latérales, voûtées, sont séparées par des colonnes en porphyre et granit rouge, portant des arcs en plein cintre de marbre blanc et noir. Du décor original subsistent quelques mosaïques, dont celle de l’abside principale (le Christ, la Vierge et Saint-Jean-Baptiste), exécutée autour de 1300.

Le baptistère, rotonde de marbre blanc couverte d’une coupole, fut commencé en 1153 sur les plans de Diotisalvi, repris à partir de 1250 environ et achevé au xive s. À l’extérieur, l’étage inférieur est une muraille circulaire renforcée, comme à la cathédrale, d’arcs portant sur des colonnes. Gables et pinacles gothiques tapissent les étages suivants. Les restes de la sculpture monumentale qui illustrait cet ensemble ont été recueillis par le Museo Civico de Pise, notamment les statues d’évangélistes de Giovanni Pisano (v. Nicola et Giovanni Pisano), dont la contribution aux portails de la cathédrale fut aussi importante. L’intérieur est à deux étages de douze arcades en plein cintre, le premier comprenant, outre des piliers, des colonnes antiques réemployées ; l’originale terminaison conique de la coupole renforce encore l’impression d’une dilatation de l’espace dans le sens vertical. Les fonts baptismaux, bassin octogonal à panneaux de marbre ciselés et incrustés que trois marches exhaussent, datent de 1246 et sont l’œuvre de Guido Bigarelli, de Côme. À côté de ce décor abstrait et délicat, la chaire de Nicola Pisano, terminée en 1260, marque de façon révolutionnaire la naissance de la grande sculpture pisane, et même toscane, influencée par le naturalisme gothique.