Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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pisciculture (suite)

Les alevins et truitelles sont élevés en auges, puis en bassins cimentés à section rectangulaire ou circulaire ; lorsqu’ils sont destinés au repeuplement, on préfère les habituer préalablement à la vie sauvage en les plaçant dans de petits étangs amendés de quelques ares ou dans des rigoles d’alevinage (ruisseaux pépinières) où la nourriture naturelle peut être complétée par des aliments d’appoint.


Élevage de la Carpe ou carpiculture

Dans la famille des Cyprinidés, hôtes des eaux calmes, la Carpe* (Cyprinus carpio L.) est l’espèce le plus fréquemment élevée. Sous nos climats, elle se reproduit vers la fin du printemps et le début de l’été lorsque la température de l’eau atteint 20 °C environ. C’est un Poisson omnivore dont l’élevage se fait en général en trois ans dans trois sortes d’étangs, pêchés chaque année : étangs de reproduction et d’alevinage destinés à produire des alevins d’un été appelés feuilles, seilles ou seillées ; étangs de deux années chargés de donner des sujets de deux étés nommés nourrains, panots ou pénards ; étangs de trois années ou d’embouche apportant des Poissons marchands. En utilisant des races sélectionnées à croissance rapide, aux individus trapus, râblés et charnus, on peut gagner une année. La Carpe la plus appréciée est la Carpe de 1 kg, mais parfois on cherche à obtenir des produits de toutes tailles en déversant des alevins d’un été avec ceux de deux étés et même quelques reproducteurs. Pour utiliser au mieux les possibilités de l’étang, on ajoute généralement des sujets d’autres espèces, Tanche et Brochet surtout, plus rarement Gardon, Rotengle, Perche, Black-bass et même Anguille.

Il est nécessaire d’entretenir soigneusement l’étang, la digue qui retient l’eau, la bonde qui permet d’assurer son écoulement et sa vidange (le meilleur type est le « moine », qui, en permettant un écoulement par la partie profonde, assure une meilleure hygiène des fonds). La pêche se fait généralement en automne dans une cavité profonde bordant la digue et appelée « thou » ou « poêle ». Des viviers doivent être aménagés pour le triage des Poissons ainsi que des bassins de stockage pour les sujets de consommation et des bassins d’hivernage pour les géniteurs.

Les Truites et les Carpes ne sont pas les seules espèces de Poissons d’eau douce objet d’un élevage. On procède aussi, mais beaucoup plus rarement, à la pisciculture du Gardon et du Rotengle, du Brochet, du Black-bass et du Sandre. L’Anguille est pêchée à l’état de jeune sujet (Civelle) dans les estuaires et expédiée pour le repeuplement dans des paniers en osier garnis de toiles humides.


Notions élémentaires d’aménagement

On doit tirer d’un plan d’eau le rendement le plus avantageux avec un revenu annuel et constant. Le revenu normal détermine la quantité de Poissons que la pêche rationnelle peut prélever chaque année sans appauvrissement du cheptel piscicole.

Un tel milieu est en équilibre, mais cet équilibre est instable : il dépend en particulier de la capacité de reproduction des différents Poissons, de l’existence de frayères appropriées, de la nourriture offerte et des abris ; il est perturbé par de brusques variations de température, des taux d’oxygène trop faibles, des déversements industriels et urbains, des dépôts de vase ou de sable, des prises d’eau des barrages et des variations de niveau qui en découlent et aussi par la compétition et la prédation entre espèces. La pêche abusive est également une cause de troubles.

Dans les eaux closes (étangs vidangeables), les moyens d’améliorer le rendement, qui est parfaitement connu, sont techniques : épandage d’engrais chimiques, pratique du faucardement, mise en assec avec ou sans culture intercalaire, nourrissage artificiel (non pratiqué en France), utilisation d’un peuplement mixte de Poissons carnassiers et de Poissons-fourrage.

Dans les petits cours d’eau, il est maintenant possible de se faire une idée assez précise du rendement grâce aux inventaires de population pratiqués à la pêche électrique, au marquage des Poissons, à leur recapture ou, à défaut, à la « lecture » de leur croissance par prélèvement d’écailles. Les procédés d’amélioration dans les rivières et dans les lacs sont à la fois réglementaires (interdictions variées) et techniques (aménagements divers, passes à Poisson, repeuplements). Dans les eaux à Salmonidés, les repeuplements se font par œufs embryonnés, alevins ou truitelles, l’essentiel étant de les placer dans les portions de cours d’eau qui leur conviennent et où normalement ils vivent.

La formule la plus usitée de rendement (on dit aussi productivité) est celle de Léger-Huet : W = B × L × K kg par an pour 1 km, B étant la capacité biogénique de la rivière exprimée de 1 à 10, L sa largeur, K un coefficient variable suivant les lieux et la nature du cours d’eau (Salmonidés ou non).


La production française de Poissons d’eau douce

Elle serait de 30 000 t par an : 12 000 en Truites d’élevage, 11 000 en Poissons d’étang, 7 000 en Poissons de nos cours d’eau et de nos lacs ; or, nos étangs s’étendraient sur 110 000 ha, nos lacs sur 75 000 ha et la longueur de nos cours d’eau serait de 299 000 km. C’est là un bien faible rendement : trop d’étangs sont délaissés, trop d’alevinages empiriques. La pollution augmente ses ravages, malgré les efforts entrepris.

Les éleveurs de Truite de consommation (environ un millier, dont la moitié, les plus gros, sont groupés en un « syndicat des pisciculteurs-salmoniculteurs ») doivent faire face non seulement à un défaut d’organisation du marché intérieur, mais à une sérieuse concurrence étrangère, malgré des efforts de rationalisation (Fédération franco-allemande de la pisciculture). La France, le Danemark et l’Italie produisent plus de la moitié des Truites du monde ; notre pays est avec les États-Unis le premier consommateur.

P. V.

 W. Schäperclaus, Grundriss der Teichwirtschaft (Berlin et Hambourg, 1949, 2e éd. : Lehrbuch der Teichwirtschaft, Berlin, 1961 ; trad. fr. Traité de pisciculture en étang, Vigot, 1962). / P. Vivier, Pisciculture (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1949 ; 3e éd., 1972). / M. Huet, Traité de pisciculture (Éd. de la Vie rustique, Bruxelles, 1952 ; nouv. éd. avec la collaboration de J. A. Timmermans, De Wyngaert, Bruxelles, 1970). / R. Vibert et K. F. Lagler, Pêches continentales. Biologie et aménagement (Dunod, 1961). / J. Arrignon, Aménagement piscicole des eaux intérieures (S. E. D. E. T. E. C., 1970).