Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pingouin (suite)

Exploitation et destruction

Les colonies (ou rookeries) ont toujours été une source de nourriture pour les habitants des contrées nordiques, qui en utilisent les œufs ou les animaux capturés sur les « nids » au prix d’acrobaties dangereuses. Cette exploitation n’est qu’une piètre menace à côté du danger mortel que constituent pour ces pêcheurs les nappes de pétrole brut déversées dans les mers au rythme de 50 Torrey Canyon par an. Le plumage collé par l’huile ne retient plus l’air isolant et les Oiseaux meurent de froid. L’effectif des colonies a ainsi diminué de façon dramatique : 250 000 Pingouins ont disparu en deux ans du Saint-Laurent ; la colonie bretonne est passée de 700 à 100, et les Macareux de 5 000 à 600 après la « marée noire » de 1967. Ainsi nos espèces d’Alcidés ont-elles plus à craindre de l’Homme contemporain que des navigateurs arctiques qui anéantirent le Grand Pingouin. Petit Pingouin (Alca torda), Guillemot de Troïl (Uria aalge) ou à miroir (Cepphus grylle), Mergule-Nain (Plautus alle) et Macareux (Fratercula arctica) risquent de rejoindre les autres espèces animales, victimes de l’action de l’Homme.

M. H.

 E. A. Armstrong, Birds of the Grey Wind (Londres, 1940). / F. Salomonsen, The Atlantic Alcidæ (Göteborg, 1944). / R. M. Lockley, Puffins (Londres et New York, 1953).

Pinnipèdes

Ordre de Mammifères carnassiers adaptés à la vie aquatique, comprenant 3 familles : les Phoques, les Otaries et les Morses.


Ils ont le corps couvert de poils plutôt ras, se mouillant facilement. Une épaisse couche de lard sous la peau les enrobe complètement, ce qui les protège remarquablement du froid.

On les rencontre dans toutes les mers du monde, et beaucoup vivent dans les régions circumpolaires. D’autres vivent en eau douce dans certains estuaires et dans de grands lacs comme le Ladoga, la mer d’Aral et le Baïkal, en pleine Sibérie.

Tous ces animaux semblent avoir leurs 4 membres insérés dans le corps jusqu’aux coudes et aux genoux, et terminés par 5 doigts munis de griffes et réunis entre eux par une palmure. Ce sont là d’excellentes nageoires.

Leur tête est un peu aplatie, le museau porte des moustaches de poils très raides, ondulés ou perlés, qui sont en réalité des poils tactiles en relation avec des terminaisons du nerf trijumeau. Ils joueraient un grand rôle dans la détection des proies et dans l’orientation des animaux en profondeur.

Ils ont de grands yeux, surtout les Phoques, ce qui leur donne une expression très douce. Ces yeux ont une cornée transparente et un cristallin sphérique. C’est une adaptation à la vue sous-marine.

Les oreilles externes, visibles mais rudimentaires chez les Otaries, sont absentes chez les Phoques, qui ont leurs conduits auditifs capables de s’obturer pendant les plongées. Ils débouchent à l’extérieur par un simple orifice, soit circulaire soit en forme de fente.

Contrairement aux carnassiers terrestres, la dentition des Pinnipèdes montre une régression, en raison de leur régime piscivore. Les incisives sont simples, les molaires et prémolaires se ressemblent toutes et sont tricuspidées avec leurs pointes alignées. De plus, ils n’ont qu’une seule dentition fonctionnelle, les germes de leur dentition de lait avortant avant même d’avoir effectué leur percée. Les canines sont puissantes, et celles de la mâchoire supérieure des Morses sont démesurées, à croissance continue, descendant au-devant de la mandibule inférieure et peuvent atteindre chez les vieux mâles 80 cm de long.

Ils ont tous une remarquable aptitude à la vie sous-marine, même à de grandes profondeurs, grâce à certaines dispositions anatomiques qui leur sont propres.

Avant la plongée, ils effectuent 5 ou 6 inspirations successives, puis ferment leurs narines après une dernière inspiration et plongent. Le larynx étant fermé, il se produit parfois des mouvements rythmiques opérant un brassage de l’air dans les poumons.

Leur capacité pulmonaire est très légèrement supérieure à celle des Mammifères terrestres, à dimensions égales. Mais ce sont surtout les modifications et les particularités de l’appareil circulatoire qui leur permettent de séjourner longtemps sous l’eau.

Une des plus importantes est une dilatation de la veine cave postérieure, qui est en outre munie d’un sphincter pour modifier le flux sanguin qui la traverse.

Dès que l’animal est en plongée, le rythme cardiaque tombe au dixième de sa valeur normale. La circulation est ralentie ou stoppée dans les régions périphériques du corps, mais n’est pas modifiée au niveau des organes vitaux tels que cerveau et cœur. Le sphincter de la veine cave s’oblitère plus ou moins pour mettre en réserve le sang veineux, qui retourne vers le cœur droit. Grâce à ces dispositifs, le Phoque peut diminuer sa consommation d’oxygène jusqu’au cinquième de sa valeur normale. L’arrêt de la circulation sanguine provoque au niveau des fibres musculaires une accumulation des déchets de la consommation du glycogène par le muscle (gaz carbonique et acide lactique). Ces déchets ne seront déversés dans la circulation générale que lorsque la respiration aura repris son rythme normal. Le rétablissement normal du rythme cardiaque enverra alors le sang lessiver les muscles de tous les déchets qui y auront été accumulés.

De plus, leur hémoglobine a un pouvoir oxyphorique 2 fois supérieur à celui des autres Mammifères, et leur myoglobine (l’hémoglobine musculaire) a une affinité pour l’oxygène 10 fois supérieure à celle de leur hémoglobine.

On a remarqué aussi que l’air pulmonaire des Pinnipèdes est mieux renouvelé (80 p. 100) que chez l’Homme (où il ne l’est que de 10 à 20 p. 100), et la sensibilité de leurs centres nerveux au gaz carbonique contenu dans le sang bien moins grande que chez les autres Mammifères.

Il n’est donc pas surprenant que leurs temps de plongée soient parfois très élevés. Les voici :
— le Phoque de Weddell (Leptonychotes Weddelli) plonge 43 mn à 600 m de fond ;
— le Phoque Veau marin (Phoca vitulina) plonge 20 mn à 90 m de fond ;
— le Phoque gris (Halichœrus grypus) plonge de 15 à 20 mn à 140 m de fond ;
— les Otaries plongent de 15 à 20 mn à 70 m de fond ;
— le Morse (Odobenus rosmarus) plonge 20 mn à 90 m de fond.

On ne comprend pas encore bien comment ces animaux peuvent résister aux énormes pressions régnant à ces grandes profondeurs.

Ils résistent cependant au « mal des plongeurs » provoqué à la formation de bulles d’azote se dégageant dans le sang au moment de la décompression, pendant la remontée, et qui occasionne des embolies gazeuses très graves chez l’Homme par exemple.