Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Arles

Ch.-l. d’arrond. des Bouches-du-Rhône, à la tête du delta du Rhône ; 50 345 hab. [Arlésiens].


Ville d’art et centre de direction de la riziculture française, Arles exerce ses activités sur la partie ouest du département, de la Durance à la mer. Par sa position à la tête du delta, sur le dernier pont franchissant le Rhône, la ville reste à l’écart de la zone d’influence directe de Marseille, mais subit l’attraction économique de Nîmes et surtout d’Avignon.


L’histoire

Les origines d’Arles sont entourées de mystère. Des colons grecs, en s’y établissant, lui auraient donné le nom de Théliné. Après eux, des Celtes fondèrent Arelate à l’emplacement de l’établissement grec. Enfin, ce n’est qu’avec la venue des Romains que semble être née véritablement la ville. Marius, en effet, pourvut celle-ci d’un canal qui la reliait à la mer, les fosses Mariennes. Arles devenait un port maritime, et peut-être Rome eut-elle quelque envie d’en faire « le port gallo-romain en face du port grec de Marseille » (A. Grenier). Lors du siège de Marseille, en 49 av. J.-C., César y fit construire douze vaisseaux en un mois, et une colonie fondée là par son lieutenant, Tiberius Claudius Nero, reçut les vétérans de la 6e légion : Colonia Julia Patenta Arelate Sextanorum. Sous Auguste, une nouvelle fondation agrandit la colonie. Il y avait plusieurs corporations de marins et mariniers spécialisés (navicularii, nautae, utricularii), des chantiers de construction navale, une préfecture de la navigation. La population était mélangée : l’épigraphie locale compte un tiers de noms grecs. Les produits de la Gaule et d’au-delà (ambre, étain) y étaient embarqués, tandis qu’affluaient ceux de tout l’Orient.

Au Bas-Empire, la faveur de Constantin, qui y résida à plusieurs reprises, notamment en 314, lui valut une prospérité continue. Le palais impérial de la Trouille fut bâti en face de l’actuel faubourg de Trinquetaille, qui était relié à la rive opposée par un pont de bateaux. La Notitia dignitatium signale l’existence d’un atelier monétaire et d’une fabrique d’armes de luxe. Arles fut un moment siège de la préfecture du prétoire des Gaules.

Les évêques d’Arles se prétendaient les successeurs de saint Trophime, disciple des saints Pierre et Paul. Ils obtinrent en 513 le pallium et le vicariat sur la Gaule, après avoir été, dès le ive s., métropolitains de Narbonnaise. L’église primitive du ive s., Saint-Étienne, se trouvait au sud-est. Quant aux Alyscamps, c’était une nécropole formée autour du tombeau de saint Genès, martyr sous Maximien. Différents conciles eurent lieu à Arles, notamment en 314 et en 353.

Arles soutint plusieurs sièges au ve s., et le roi wisigoth Euric en fit une de ses résidences. Les Sarrasins la prirent en 734 et transformèrent l’amphithéâtre en forteresse avant de se faire expulser par Charles Martel.

Le nom de royaume d’Arles fut souvent employé au Moyen Âge pour désigner le royaume de Bourgogne cisjurane, ou de Provence, et surtout à dater de sa réunion avec la Bourgogne transjurane, en 934-935. Ce royaume fut indépendant jusqu’en 1032 et tomba ensuite sous la dépendance des empereurs d’Allemagne, du xie au xive s.

Arles devint de ce fait une ville impériale et se fit confirmer ses privilèges de ville libre. À partir de 1131, elle eut son propre gouvernement, ses consuls ; au début du xiiie s., elle se proclama république et eut un podestat et un viguier. Le comte de Provence Charles Ier d’Anjou la contraignit à lui rendre hommage (1251).

En 1535, l’union d’Arles à la France fut sanctionnée par la création d’une sénéchaussée. Sous Louis XIV, on accusait les Arlésiens, accrochés à leurs souvenirs historiques, de faire preuve de sentiments républicains. Ils se lancèrent avec ardeur dans le mouvement révolutionnaire de 1789. Économiquement, la ville était en déclin depuis longtemps du fait de son inaccessibilité aux gros navires.

R. H.


Les fonctions de la ville

La fonction de transit révèle toute la valeur du passage, mais Arles n’est pas un carrefour. La R. N. 113, qui joint Marseille à Bordeaux, traverse la ville et se double d’une bretelle vers Lunel, permettant d’éviter le passage par Nîmes. La R. N. 7, autre artère maîtresse, abandonne le Couloir rhodanien à Avignon. Par contre, le grand axe ferroviaire de Paris à Nice passe à Arles, mais le carrefour vers le Languedoc se situe plus au nord. Arles ne joue plus le rôle d’un port fluvial, Port-Saint-Louis-du-Rhône, au sud, assurant le transbordement entre le fleuve et la voie maritime. Des projets d’aménagement à Beaucaire prolongeront vers le nord les courants de trafic. Le canal de Port-de-Bouc n’a qu’une activité réduite, mais les installations du complexe de Fos tendront à revaloriser les échanges vers Marseille et l’étang de Berre.

Arles est à la tête d’un vaste terroir agricole s’étendant sur la Crau et la Camargue, pour lesquelles la ville joue le rôle d’un pôle bancaire, d’une place commerciale, d’un centre de conditionnement et d’approvisionnement pour une agriculture très mécanisée, faisant appel à du gros matériel d’équipement. Elle apparaît comme la capitale de la riziculture et le marché du foin de la Crau. Les cultures s’étendent sur 7 500 ha de rizières, 3 500 ha de vignes, 3 000 ha de prairies et 1 000 ha de vergers. Des usines de traitement, des centres de ramassage et de stockage du riz se sont créés : la Coopérative agricole de stockage des Alpes et Provence traite à elle seule le quart de la récolte, et son usine d’Arles est une des plus importantes d’Europe ; la ville assure le conditionnement des trois quarts de la récolte française.

L’industrie s’est développée dans des secteurs très variés : ateliers de construction et de réparation de la S. N. C. F. ; chaudronnerie industrielle avec « les Constructions métalliques de Provence », en relation avec la pétrochimie de l’étang de Berre ; papeteries (emballage et journal). En fait, un deuxième centre industriel se situe à Salin-de-Giraud, à une quarantaine de kilomètres au sud de la ville, mais toujours sur son territoire communal ; la Compagnie salinière de Camargue extrait la moitié de la production française de sel. (C’est une filiale de Pechiney qui le traite sur place pour la fabrication du carbonate de soude ou l’expédie vers son usine de Saint-Auban.)