Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

pierre [à bâtir] (suite)

Il existe en effet une infinité de matières rocheuses, qui se distinguent entre elles par l’aspect (contrasté ou uniforme de grain et de couleur, grossier ou fin jusqu’à accepter le polissage), par la résistance (dix fois plus grande pour une roche dure) et aussi par la structure (certaines pierres « marbrières » peuvent être posées en délit comme les roches cristallines ; les calcaires ou les schistes doivent rester dans leur position de carrière). La pierre, dans tous les cas, ne peut résister qu’aux efforts de compression ; aussi doit-on, pour assurer la cohésion entre les éléments d’un mur, utiliser des blocs d’appareil* ou liaisonner des moellons avec du mortier, ou bien encore combiner ces deux techniques en bourrant un noyau de blocage entre des parements appareillés. Pour contenir les tensions éventuelles, on « arme » la maçonnerie d’un chaînage en bois dès l’époque gauloise (et jusqu’au Moyen Âge dans les églises romanes comme dans les temples khmers), en fer à partir de la Renaissance. Pour établir une baie dans un mur et soutenir d’un linteau la partie en surplomb, on fait encore appel au bois ou au fer. Si la portée est faible, ce linteau peut être en pierre, et soulagé par un arc de décharge ; mais il semble plus logique d’employer l’arc seul, qui « travaille » en compression et peut même, s’il est répété sur des appuis isolés, former des arcades et enlever au mur son opacité.

Le plancher et la voûte peuvent être assimilés au linteau et à l’arc ; ils exercent de même, l’un une action simple de pesanteur, l’autre une poussée qui réclame un butement. C’est pourquoi, surtout dans les pays de séismes, l’emploi des voûtes a dû être limité, parfois réduit à l’encorbellement d’éléments en consoles pour former de « fausses voûtes », dont les tombes « à coupoles » de Mycènes nous offrent de magnifiques exemples.


Au compas et à l’équerre

Pour leur réalisation, arcs et voûtes clavésclaveaux) exigent un soutien provisoire en charpente ; c’est l’opération coûteuse et aléatoire du cintrage, que l’on s’est toujours ingénié à réduire, et aussi bien pour les voûtes en brique. Le Moyen Âge, après avoir élevé de lourdes voûtes maçonnées durcissant lentement sur des couchis en planches, en vient à n’appareiller sur cintre qu’une ossature, soutien d’un remplissage mince ; c’est la croisée d’ogives, permettant de couvrir sans difficultés particulières un espace quelconque, puisque ces arcs générateurs sont plans, donc simples à tailler. La stéréotomie — cet « art du trait », du tracé au compas et à l’équerre pour obtenir un solide géométrique en bois ou en pierre — prend alors un nouveau départ, qui se prolongera jusqu’à nos jours grâce aux compagnonnages. Le mérite des appareilleurs gothiques est d’avoir décomposé leurs structures en éléments planaires et d’en avoir tiré les conséquences logiques, parfaitement exprimées, surtout au xiiie s., sur le plan visuel. Dès qu’ils l’ont pu, ils se sont aussi essayés aux tracés tridimensionnels ; la voûte rampante en hélice dite « vis de Saint-Gilles » en témoigne, comme les pénétrations de voûtes de plus en plus savantes du gothique final.

L’art du trait ne dégénère pas à partir du xvie s., même si un nouveau répertoire ornemental peut faire croire à une rupture. Bien au contraire, les appareilleurs (parmi lesquels il faut compter de grands architectes : Delorme*, les Mansart*, etc.) font usage, avant Monge*, d’épurés descriptives, tracent des voûtes surbaissées ou rampantes aux pénétrations complexes, des niches, des trompes et des arrières-voussures audacieuses, explorent toutes les solutions de la stabilité et rendent possibles les travaux d’art des ingénieurs des Ponts (à commencer par Jean Rodolphe Perronet, 1708-1794). L’emploi généralisé des armatures, conséquence de la création des voûtes plates et des linteaux en plate-bande par les Perrault* au Louvre et par Soufflot* au Panthéon, aboutira même, à la fin du xixe s. et grâce à la chimie des silicates, à une technique révolutionnaire : le béton* de ciment armé, qui va supplanter peu à peu la pierre dans ses emplois structuraux.


Les pierres vivantes

La pierre aurait-elle perdu son rôle ? Certes non ; aucun matériau, même au prix d’un traitement de surface, ne saurait rivaliser pour la variété et la richesse d’aspect avec les roches naturelles, désormais débitées en plaques et employées en parement, un peu comme le faisaient les Romains de l’Empire. Il importe seulement d’utiliser chaque matériau, dont aucun n’est inépuisable, le plus rationnellement possible. Pour les mêmes raisons, il est nécessaire d’entretenir un patrimoine architectural qui ne se limite pas aux seuls « monuments historiques » et se trouve menacé de tous côtés. La « maladie des pierres » n’est pas incurable, et les autres matériaux ont aussi leurs maladies ; mais il est des dangers plus insidieux, comme la suppression des enduits ou les grattages et les sablages, qui, en voulant la nettoyer, « tuent » la pierre, selon l’expression même de Viollet-le-Duc*. La pollution ne menace pas seulement les hommes, mais aussi l’architecture ; des spécialistes sont ici et là indispensables non seulement pour donner la vie, mais pour l’entretenir.

H. P.

➙ Appareil / Architecture / Bétonnage / Brique / Construction / Fer.

 P. Noël, la Pierre, matériau du passé et de l’avenir (Institut technique du bâtiment et des travaux publics, 1949) / Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques (Vincent et Fréal, 1961).

Pierre (saint)

Apôtre de Jésus-Christ, chef du collège apostolique, considéré par les catholiques comme le premier pape († Rome entre 64 et 67).



Le disciple

La vie de Pierre nous est très mal connue. Les documents qui nous offrent quelques renseignements d’importance sont les quatre Évangiles et les Actes des Apôtres. On trouve encore dans le Nouveau Testament quelques allusions : dans les épîtres pauliniennes et dans la première épître qui lui est attribuée, sans doute avec raison, même s’il s’est servi d’un secrétaire pour la rédiger. En dehors des textes canoniques, on ne peut guère accorder de crédit aux Actes apocryphes de Pierre, dans lesquels on rapporte le récit de son martyre et de sa crucifixion, la tête vers le sol : seul l’écho du martyre peut être retenu. On peut aussi glaner de minces éléments chez les Pères de l’Église, mais l’utilisation de leur témoignage pose de délicats problèmes de critique.